Amphithéâtre de Québec - Risque d'implosion au PQ

Louise Beaudoin<br />
Photo: - archives Louise Beaudoin

Québec — Le caucus du Parti québécois risque l'implosion en raison de la volonté de la chef Pauline Marois d'imposer une ligne de parti en vue de l'adoption du projet de loi sur l'amphithéâtre Labeaume-Péladeau. Au moins quatre députés péquistes sont toujours résolument contre le projet de la loi 204, dont Louise Beaudoin, qui songe à démissionner à cause de sa dissension.

«C'est grave, toute l'histoire du projet de loi 204. Moi, je ne veux pas voter pour ça. C'est clair», a livré au Devoir la députée de Rosemont, Louise Beaudoin, qui a dit qu'elle réfléchissait à son avenir. «Je vais avoir une vraie décision à prendre et d'autres aussi, je ne suis pas seule.»

En effet. Selon nos informations, outre Louise Beaudoin, la députée de Crémazie, Lisette Lapointe, le député de Borduas, Pierre Curzi, et le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, s'opposent fermement au projet de loi 204 qui soustrait à l'application de la loi l'entente survenue entre la Ville de Québec et Quebecor relativement au nouvel amphithéâtre de 400 millions.

Jointe hier, Lisette Lapointe a dit qu'elle commentera la situation lundi. «Je ne veux pas briser une certaine solidarité, mais en même temps, être solidaire si tu es contre, c'est t'arranger pour faire autrement. On va essayer de voir la meilleure façon de faire», a affirmé la députée.

Lisette Lapointe a confirmé au Soleil qu'elle avait employé, dans un courriel envoyé à ses collègues, le mot «pathétique» pour qualifier l'argumentaire avancé par Pauline Marois afin de défendre le projet de loi 204.

Pierre Curzi s'est dit d'accord, hier, avec la venue d'une équipe de hockey à Québec, d'accord aussi avec la construction d'un amphithéâtre financé par l'État et d'accord pour que la gestion soit confiée à Quebecor Media. «Ce sur quoi je ne suis pas d'accord, c'est que l'Assemblée nationale vote unanimement pour empêcher un citoyen d'exercer un droit légitime d'avoir recours à la justice», a-t-il déclaré au Devoir. De son côté, Jean-Martin Aussant a indiqué qu'il n'avait pas de commentaire à faire avant lundi.

À la sortie de la commission parlementaire hier après-midi, la députée de Taschereau, Agnès Maltais, qui parraine le projet de loi controversé, a soutenu que le caucus péquiste était solidaire. Lorsque les journalistes lui ont demandé si «tout le monde au PQ se ralliait à sa décision», elle a toutefois semblé mal à l'aise, puis a répondu, «j'ai fait une demande formelle ce matin». À une journaliste qui insistait pour savoir qu'elle avait été la réponse à cette demande, elle a répondu: «Oui. Écoutez, on travaille en caucus, on travaille solidairement.»

Agnès Maltais s'est de nouveau portée à la défense du projet de loi 204 en demandant au ministre de l'intégrer à un projet de loi omnibus si le refus d'un seul élu empêchait qu'un vote ait lieu lundi. Rappelons que le consentement unanime des députés est nécessaire pour que ce projet de loi privé soit soumis au vote de l'Assemblée nationale.

Cette voie semble être celle qui s'imposera, puisque le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire, a rejeté toute possibilité qu'il donne son consentement pour soumettre le projet de loi 204 au vote.

«On l'a vu dans tout le débat, qu'en fait le Parti libéral et le Parti québécois s'entendent, a-t-il dit lors d'un point de presse. Alors, justement pour ne pas permettre ce genre de jeu politique d'avoir à tout coup raison du bon sens, de l'équilibre démocratique, de pouvoir passer par-dessus le droit des autres, je vais m'opposer par principe démocratique.»

Si le vote sur le projet de loi 204 n'avait pas lieu, le projet de loi omnibus, auquel on ajouterait un «papillon» pour l'amphithéâtre, pourrait être adopté avant la fin de la session par une majorité simple des élus. Les députés dissidents pourraient se faire porter malades au moment du vote si Pauline Marois acceptait de porter son regard ailleurs ce jour-là. Des discussions pourraient avoir lieu en ce sens, a semblé dire, hier, Lisette Lapointe.

Encore hier, l'ancien ministre péquiste et opposant bien connu du projet de loi, Denis de Belleval, n'a pas ménagé ses attaques contre la stratégie de Mme Maltais et le recours à l'omnibus. «Je pense que le Parti québécois fait preuve d'un excès de zèle, d'un mauvais jugement, a-t-il déclaré. Le danger dans tout ça, c'est que ce parti s'étrangle avec son propre zèle et finisse par en subir les conséquences, peut-être même irréversibles.»

Interrogé au sujet des dissensions au sein du caucus péquiste au sujet du projet de loi 204, le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, manifestement mal à l'aise, s'est dit solidaire de la décision de la chef. «Ce qui se dit au caucus reste au caucus et c'est normal qu'on ait des discussions au caucus. On est là pour discuter, on est là pour faire valoir nos points de vue, mais à la fin de la journée, il y a une position qui est prise et puis on est solidaires de la position qui est prise.»

***

Avec la collaboration d'Isabelle Porter et d'Antoine Robitaille
Avec La Presse canadienne

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119 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 juin 2011 00 h 40

    LA CHEF

    Pas pour longtemps. Aux prochaines élections: OUT. Comme avec le BLIOCK et Gilles Duceppe. Et moi qui pensait que les québécois n'avaient pas de mémoire.

    Mme Marois, vous appuyer Maltais pour raffler Québec, aux prochaines élections, passer tout droit rendu chez moi et continuez jusqu'à Québec.

    On n'a débarquer le BLOCK et Paquette dans Joliette, qui semblait insurmontable. Retournez dans vos terres, et admirez votre chateau.

  • Marcel Bernier - Inscrit 4 juin 2011 02 h 08

    Alea jacta est...

    Non! Nous ne sommes pas dupe : le Parti québécois veut profiter de la manne de votes que peut lui amener la position que les députés et députées de cette formation adoptent face à l’implantation d’un amphithéâtre dans la ville de Québec.
    Cependant, n’avons-nous pas vu Pauline Marois, à l’Assemblée nationale, se lever pour pourfendre les accrocs à la bonne gouvernance dans le cas de collusion, de corruption entre les édiles municipaux et les affairistes de tout acabit. En l’espèce, ce qui se trame sous nos yeux est de la même eau entre Labeaume et Péladeau. Qui plus est, le Parti libéral, qui injecte 200 millions dans ce projet à caractère privé, vient jeter de l’huile sur le feu en utilisant les vieilles méthodes de saupoudrage des deniers publics pour s’acheter des votes et reprendre du poil de la bête, en termes de popularité.
    On pourra faire valoir, après-coup, un semblant de dissidence, au Parti québécois, mais le mal est fait dans l’esprit de beaucoup de Québécois et de Québécoises : ce parti est semblable, dans ses procédés, à son vis-à-vis d’en face pour ce qui est de mesures électoralistes, de la démagogie et du populisme. Excepté que les électeurs et les électrices de la région de Québec savent que c’est Charest et son équipe qui ont rendu possible ce projet et ne l’oublierons lors de la prochaine élection. Bilan : le Parti québécois est complètement déconsidéré dans l’opinion publique.

  • Catherine Paquet - Abonnée 4 juin 2011 04 h 37

    On parle en français, mais on pense en anglais...!

    Utiliser l'expression «à la fin de la journée», comme le fait Bernard Drainville, dans le dernier paragraphe de ce texte, démontre qu'avant d'imposer le français à tout le monde, il faudrait bien se demande quel genre de français on imposerait.

    L'expression «à la fin de la journée» est une mauvaise traduction de l'expression anglaise, très utilisée, « at the end of the day» qui contient la notion qu'une décision a été prise à la suite d'un tour de table complet, d'une discussion approfondie, d'un débat sérieux... En français on pourrait dire, «en fin de compte», «en bout de piste», ou «quand tout a été dit». On a le choix.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 4 juin 2011 05 h 18

    Pas une mauvaise idée du tout...

    ...que Louise Beaudoin prenne sa retraite. Son onctuosité condescendante ne manquera à personne dans les chaumières.

  • Nasboum - Abonné 4 juin 2011 05 h 41

    principe

    Il reste encore des hommes et des femmes de principe au PQ. Tout à leur honneur.