Des tests linguistiques pour les immigrants

Québec — La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, imposera sous peu des tests de français «standardisés» aux immigrants afin d'identifier les nouveaux arrivants qui ne connaissent pas suffisamment le français pour exercer leur métier ou leur profession.

«Ce sera un test pour vraiment établir le niveau de français qu'ils ont pour s'assurer qu'ils puissent intégrer le marché du travail», a indiqué, hier, au Devoir Kathleen Weil avant de participer à la commission parlementaire qui se penche sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2012-2015.

De plus en plus d'immigrants au Québec déclarent connaître le français, soit 65 % des personnes admises en 2010 ou 77 % des travailleurs qualifiés sélectionnés. Or, paradoxalement, de plus en plus de ces nouveaux arrivants qui disent avoir une connaissance de la langue de Molière ne maîtrisent pas suffisamment le français pour exercer leur métier ou leur profession. Selon certaines données du ministère, le quart de ces immigrants prétendument francophones seraient dans cette situation, ce qui les empêcherait d'occuper à leur arrivée un emploi dans leur domaine.

Les tests standardisés, qui seront imposés aux candidats à l'immigration avant leur sélection, permettront «de déterminer objectivement le niveau du candidat» en français pour qu'ensuite, on lui recommande de suivre des cours, si besoin est, a-t-on précisé au cabinet de la ministre.

Selon le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représente les 73 conseillers chargés de traiter les quelque 80 000 demandes annuelles d'immigration, la nouvelle grille de sélection, qui est entrée en vigueur en octobre 2009, favorise de façon «disproportionnée» les candidats qui possèdent une formation dans un domaine privilégié. Ainsi, une infirmière, un chimiste ou un statisticien dont la connaissance du français est sommaire ou nulle sera tout de même sélectionné de façon «quasi automatique» même s'il ne peut pas exercer sa profession avant plusieurs années, dénonce le SPGQ.

Son président, Gilles Dussault, a souligné, hier, les lacunes dans la sélection des immigrants, qu'un rapport du Vérificateur général du Québec avaient constatées en 2010. À son avis, le Québec, compte tenu des maigres moyens engagés dans la sélection, ne devait pas accueillir plus de 40 000 immigrants alors que le seuil envisagé par la ministre à l'heure actuelle est de 50 000.

Ce manque de moyens se répercute dans le programme d'immigrants investisseurs. Les candidats subissent un délai de deux ans et demi à trois ans et près de 12 000 dossiers sont en attente, et ce, même si le candidat débourse 4000 $ pour l'analyse, ont signalé, hier, les économistes Pierre Fortin et Pierre Emmanuel Paradis. Selon leurs calculs, le Québec se prive ainsi de retombées économiques substantielles.