Le Nord à rabais

Amir Khadir
Photo: - Le Devoir Amir Khadir

Québec — L'opposition a accusé, hier, le premier ministre Jean Charest de brader les ressources naturelles du Québec avec son Plan Nord.

«Le premier ministre a décidé de surfer sur le boom minier en négligeant les aspects les plus importants, que ce soit au niveau économique, environnemental ou social», a déclaré la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. Selon elle, Jean Charest déroule le tapis rouge pour les investisseurs étrangers «sans être en mesure de garantir aux Québécois qu'ils obtiendront leur juste part de cette richesse qui leur appartient pourtant».

Pauline Marois a demandé au gouvernement de revoir le régime de redevances qui, selon elle, n'a connu qu'une «révision mineure» l'an dernier et qui demeure «désuet».

Jean Charest s'est plutôt félicité de la couverture médiatique qu'a suscitée la dernière annonce du Plan Nord dans le New York Times — le premier ministre a accordé une entrevue à une journaliste du quotidien — et du Washington Post.

«On n'est pas à New York aujourd'hui, on est à Québec», a lancé Pauline Marois. Et Jean Charest de répliquer: «Si elle voit le Québec comme un petit peuple replié sur lui-même, je peux vous dire que, nous, notre vision du Québec, c'est celui d'un grand peuple qui, oui, est très fier d'aller se promener à New York et de se promener à Londres et dans le monde entier pour dire que, nous, notre avenir, c'est nos ressources naturelles.»

«Conte de fées pour les entreprises»

Tant le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, que le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire, estiment essentielle la tenue d'une enquête publique sur la construction au moment où le gouvernement Charest annonce des milliards d'investissements dans le Plan Nord qui iront à des entreprises de construction et à des firmes de génie-conseil.

Amir Khadir s'est montré le plus virulent. Au-delà du «bling bling de la présentation multimédia» de lundi, le Plan Nord va «constituer un saccage et une exploitation irréfrénés du territoire du Québec», «un conte de fées pour les entreprises» qui ne laissera à la nation québécoise «qu'un maigre plat de lentilles». Amir Khadir a noté que la Fédération des chambres de commerce du Québec tout comme le Conseil du patronat s'étaient empressés d'approuver, comme ils l'avaient fait pour l'exploitation du gaz de schiste, ce «bar ouvert au profit des entreprises multinationales».

«On est pogné avec une loi coloniale et maintenant, il y a un plan de développement colonial qui vient se greffer à la loi coloniale», a-t-il dénoncé. Alors que le gouvernement Charest prévoit dépenser 1,6 milliard en cinq ans pour le Plan Nord, afin de construire de nouvelles routes notamment, l'État ne récoltera que 1,4 milliard en redevances pendant cette période, selon les prévisions du ministre des Finances, Raymond Bachand, a fait remarquer le député.

Amir Khadir s'en est pris au modèle d'affaires des grandes sociétés minières qui visent une exploitation intensive des gisements — sur 10 ou 15 ans, a-t-il dit — afin de maximiser leurs profits. «Ça veut dire qu'au bout de 15 ans, au maximum, il n'y a plus rien, on abandonne les villes, les maisons ne valent plus rien, les communautés sont laissées à l'abandon», a-t-il souligné. Québec solidaire propose plutôt une extraction minière moins intensive, étalée sur 80 ou 100 ans. Une forme de «slow mining», si on peut dire, que seules des sociétés minières d'État, avec ou sans partenaires privés minoritaires, peuvent mener à bien. «Pour que ce soit viable, il faut que ce soit sous contrôle étatique, parce que les investisseurs privés ne se satisfont pas de 5 % à 10 %» de bénéfices.

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