Le projet Charest n'est pas applaudi partout

Les écologistes québécois n'appuieront pas le Plan Nord tout comme les membres de deux puissantes associations autochtones, soit l'Assemblée des premières nations et l'Alliance stratégique innue, laquelle représente plusieurs communautés importantes de la Côte-Nord et de la Basse-Côte-Nord, soit un des premiers territoires touchés par le plan du premier ministre Jean Charest.

Par contre, comme c'est généralement le cas, le Conseil du patronat du Québec appuie ce «levier pour la prospérité du Québec» tandis que la Chambre de commerce de Montréal y voit du bon en raison des retombées pour les grandes entreprises de génie-conseil, de construction et pour les sièges sociaux des entreprises d'exploration et d'exploitation des ressources naturelles.

Plus prudente que d'habitude, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) n'applaudit pas automatiquement cette fois à ce grand chantier, elle qui a historiquement accueilli avec enthousiasme la plupart des grands projets énergétiques et miniers.

Pour la FTQ, «il est essentiel que tout ce plan de développement se fasse dans le respect des populations, dont les populations autochtones, et du respect de l'environnement tout en s'assurant que le Québec obtienne sa juste part des redevances. À ce sujet, la FTQ réclame une nouvelle Loi sur les mines qui correspond à la réalité de 2011. Par ailleurs, la FTQ reconnaît l'importance de créer de bons emplois pour les travailleurs et les travailleuses du Québec afin de maintenir le financement des programmes de solidarité sociale qui font que le Québec est différent du reste du Canada.»

Les mauvaises filières

Mais les grands groupes écologistes québécois, sauf Équiterre, ont pris collectivement position hier pour dire d'une seule voix qu'ils n'appuyaient pas ce plan parce que «Québec y fait du développement à l'ancienne» même s'il promet de protéger 50 % des territoires nordiques qu'il entend ouvrir au développement.

Québec «n'y a pas retenu les meilleurs scénarios» de développement. Il aurait dû plutôt s'appuyer, disent-ils, sur le développement de filières énergétiques plus vertes, sur des lois moins désuètes que l'archaïque Loi sur les mines et sur un système de redevances moins inquiétant pour la santé du Trésor public, écrivent-ils dans leur prise de position collective.

À ces lacunes, «s'ajoute l'ouverture de territoires vierges par la construction de nombreuses routes». Cette ouverture ou ce désenclavement des dernières jungles nordiques de la planète était considéré dans l'étude d'impacts sur le projet Grande-Baleine comme dépassant en ampleur par ses impacts écologiques tous ceux des barrages et des grands réservoirs.

Ont signé cette déclaration commune Nature Québec, Québec Meilleure mine, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), la Fondation Rivières, la Société pour la nature et les parcs, Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN-21), Greenpeace-Québec, l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue, le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), Canopée, le Mouvement Au courant et Stop-énergie.

Certains d'entre eux (AQLPA, MCN-21, RQGE, Greenpeace-Québec et la Fondation Rivières) vont plus loin et accusent Québec de lancer de nouveaux mégaprojets sans justification énergétique, en risquant ainsi des milliards de fonds publics alors que le Québec est en période de surplus énergétique, sans étude environnementale stratégique, sans comparaison de la rentabilité des filières, sans application rigoureuse du principe de précaution, sans politique générale de protection de la biodiversité, ni d'équité sociale et transgénérationnelle, et en ignorant les principes de la planification intégrée des ressources.

Autochtones déçus

Le chef de l'Assemblée des premières nations, Ghislain Picard, a fait savoir qu'il n'avait pas participé au lancement du Plan Nord parce qu'il «ne répond pas encore adéquatement» aux attentes des autochtones et parce que Québec n'a pas obtenu leur «consentement» conformément à la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones.

«On ne consulte pas, dit-il, les Premières Nations comme on consulte une chambre de commerce.»

Quant aux Innus de la Côte-Nord réunis au sein de l'Alliance stratégique innue, ils ont déploré ne pouvoir bénéficier d'aucun traité, comme les Cris, les Inuits ou les Naskapis qui, eux, sont protégés par la Convention de la Baie James. Effectivement hier, les Cris et les Inuits ont appuyé le Plan Nord malgré les lacunes que plusieurs y voient, se sentant capables d'utiliser les mécanismes de la Convention pour obtenir gain de cause.

Les seuls applaudissements sont venus de l'Initiative boréale canadienne, un groupe «environnemental» créé par le Pew Environmental Group. Cet organisme étasunien, financé par des pétrolières et des multinationales, s'est vu confier par Québec le soin de représenter la table sur le développement durable à la Table centrale des Partenaires. L'arrivée de ce groupe au Québec date de quelques années à peine.

Quant à Canards Illimités, il espère que les développements prévus ne nuiront pas à la pérennité de la reproduction de la sauvagine.

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