Un ex-député libéral revient hanter Charest

«Il [Jean Charest] a échoué. Il n’a pas réformé le Québec tel qu’il l’avait dit, il n’a pas remis le Québec sur ses rails. Et en particulier, il n’a pas réussi à redonner confiance à la population et à vaincre le cynisme qui commençait déjà à s’installer. C’est son plus grand échec», dit Jean-Claude Gobé.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Il [Jean Charest] a échoué. Il n’a pas réformé le Québec tel qu’il l’avait dit, il n’a pas remis le Québec sur ses rails. Et en particulier, il n’a pas réussi à redonner confiance à la population et à vaincre le cynisme qui commençait déjà à s’installer. C’est son plus grand échec», dit Jean-Claude Gobé.

Québec — L'ancien député de LaFontaine, Jean-Claude Gobé, que Jean Charest avait écarté en 2003 pour lui préférer Tony Tomassi, le fils de son collecteur de fonds, Donato Tomassi, est revenu hanter le chef libéral en s'engageant en politique avec l'Action démocratique du Québec.

C'est aux côtés du chef adéquiste, Gérard Deltell, et de François Vaqué, un homme d'affaires responsable de la région de Montréal pour le parti, que Jean-Claude Gobé a annoncé, hier, qu'il se joignait à l'ADQ. Il occupera le poste de président de la table régionale adéquiste de l'est de Montréal. Il n'a pas encore décidé s'il représentera l'ADQ dans LaFontaine aux prochaines élections.

Se défendant de vouloir régler ses comptes, Jean-Claude Gobé s'est néanmoins montré très critique de son ancien chef Jean Charest. «Il a échoué. Il n'a pas réformé le Québec tel qu'il l'avait dit, il n'a pas remis le Québec sur ses rails. Et en particulier, il n'a pas réussi à redonner confiance à la population et à vaincre le cynisme qui commençait déjà à s'installer, a-t-il déploré. C'est son plus grand échec.»

Élu une première fois en 1985 sous Robert Bourassa, Jean-Claude Gobé a été réélu en 1989, en 1994 et en 1998. «M. Bourassa avait une vision québécoise du Québec», a-t-il dit en comparant les deux chefs libéraux qu'il a côtoyés. M. Gobé a aussi évoqué «le côté humaniste» de Robert Bourassa.

Jean Charest pratique une forme de «clientélisme», selon lui. «Je l'avais dit à l'époque que ça ne nous mènerait nulle part. Tôt ou tard, les Québécois seraient désillusionnés. Agir juste pour attirer des votes, pour essayer de gagner les élections, ce n'était pas des choses de fond et tôt ou tard, ça ne fonctionnerait pas.»

L'influence des grands argentiers sur le gouvernement, les allégations de trafic d'influence, «ça ne me surprend pas», a-t-il dit. Mais il n'a pas voulu citer, à l'instar de Marc Bellemare, des cas particuliers impliquant des collecteurs de fonds. «Disons que je n'étais pas dans les bonnes grâces de tous ces gens-là», s'est-il contenté de dire.

Gérard Deltell a ajouté son grain de sel. «La grave crise de cynisme qu'on vit actuellement a été vraiment générée et sculptée par le Parti libéral du Québec de façon non équivoque. Ç'a été démontré au fil du temps et particulièrement lors de la commission Bastarache.»

Jean Claude Gobé a démissionné de son poste de député de LaFontaine en février 2003 sous d'intenses pressions pour qu'il laisse sa place à Tony Tomassi. «Pendant un an et demi, j'ai subi du harcèlement. J'ai trouvé ça très difficile. À la fin, j'étais rendu quasiment détruit.»

À l'époque, les rumeurs voulaient que Jean-Claude Gobé cède sa place à un candidat-vedette comme John Parisella ou François Macerola. Mais le chef libéral a jeté son dévolu sur le fils d'un collecteur de fonds qu'il l'a soutenu activement quand il était au Parti progressiste-conservateur du Canada et qui a continué à l'aider après son passage au Parti libéral du Québec. Tony Tomassi a «entaché» la fonction de député, a déploré, hier, Jean-Claude Gobé. «Le degré de cynisme augmente. Les gens sont désolés parce qu'en plus, ça rebondit sur la communauté italienne.»

Gérard Deltell en a rajouté: «Vous avez un homme qui a représenté avec dignité et avec respect ses commettants et qui a été tassé par le premier ministre pour faire place à un homme qui, malheureusement, a déshonoré la classe politique.»

Jean-Claude Gobé a dit avoir trouvé à l'ADQ «des gens de même calibre» que chez les libéraux de Robert Bourassa dans les années 80. Gérard Deltell a aussi son «côté humaniste», juge-t-il. «C'est le style parfait de leader qu'on doit avoir maintenant.»

«Gérard, je ne peux pas dire que c'est un homme dogmatique de droite. Gérard, c'est quelqu'un qui agit avec le gros bon sens», l'a-t-il encensé. L'ancien député ne se décrit pas lui-même comme «un gars de droite» et «un gars de gauche, non plus».

«C'est bien beau les grandes réformes, mais il ne faut pas laisser des gens sur le carreau en arrière», croit-il. Il dit écouter «avec un certain intérêt» François Legault. «M. Legault, il pense, il réfléchit et c'est très bien ce qu'il fait.»

Sur la question nationale, Jean-Claude Gobé semble vouloir aller plus loin que son nouveau parti: comme Robert Bourassa, il croit que le Québec devrait obtenir un nouveau statut constitutionnel qui lui permettrait de réintégrer la Constitution canadienne. Il qualifie le Québec de «grande nation». «C'est mon pays», a-t-il dit, bien qu'il se dise fédéraliste en rappelant qu'il a été le président d'un comité du Non en 1995.

Il s'agit du deuxième ancien élu libéral à se joindre à l'ADQ dernièrement. En novembre dernier, Jean-Pierre Bélisle, député libéral de Mille-Îles de 1985 à 1994, adhérait au parti. «C'est la preuve que l'Action démocratique est en mouvement, est en action, est en addition», a avancé Gérard Deltell.
5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 22 avril 2011 03 h 02

    Bonnes volontés et avenir du Québec...

    Ma conviction est que le jour où tous les Québécois de bonne foi s'uniront, l'indépendance ira tellement de soit qu'elle se fera d'elle-même. Comme si jamais personne n'avait cru bon travailler à autre chose que cela pour notre petit peuple.
    Le regroupement de nos intérêts communs dépasseront alors en importance l'isolement de nos petits intérêts particuliers. Et de pair, nous aurons alors un pays et une langue à donner en héritage à nos enfants, ceux d'ici depuis longtemps comme ceux qui viennent ou sont venus s'y joindre.
    Toutefois, deux conditions se posent : un, que le projet national soit propre et deux, que d'une manière ou d'une autre, par stratégie durable et/ou par violence, les droits démocratiques du peuple du Québec ne lui soit pas volé.
    En attendant, le regroupement déterminant de tous reste encore à faire et, ma foi, celui-ci ne se fera certainement pas sous le parapluie troué de l'ADQ... Pas plus que celui d'un PQ qui souffre de plus en plus, il me semble, d'une confiance déclinante de nombre d'indépendantistes.
    Malheureusement.

    Vive le Québec libre !

  • Louise Hurteau - Inscrite 22 avril 2011 06 h 49

    L'ADQ est pas mal plus à droite que Bourassa, pas mal beaucoup même!

    L'ADQ en assistant à un rassemblement du Réseau Liberté-Québec auquel participe d'un même vent des groupes de lobby libertarien de droite tels la National Citizens Coalition et la Fraser Institute et le WildRose Party ... a démontré qu'elle est pas mal plus à droite que Bourassa - c'est loin, très loin d'avoir la classe et l'envergure de ce dernier !

  • Geoffroi - Inscrit 22 avril 2011 10 h 31

    La hantise de Giovanni et Tony

    « Voilà, je vous l'avoue, un abominable homme ; Je n'en puis revenir, et tout ceci m'assomme ».

    Molière, Tartuffe ou l'imposteur

  • Claude Kamps - Inscrit 22 avril 2011 11 h 06

    C'est pas le premier, ni le dernier

    mais si les québécois ne vont pas voter, ou que le vote francophone se divise en 3 ou 4, Charest est mort de rire...

  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 22 avril 2011 11 h 55

    Les anciens, Monsieur, sont les anciens

    Les anciens, Monsieur, sont les anciens, et nous sommes les gens de maintenant.
    Le Malade imaginaire de J-Baptiste Poquelin

    TROUVEZ PAS QUE ÇA RESSEMBLE À MARC BELLEMARE