Unité permanente anticorruption - Pourquoi Montréal et pas Laval?

Le gouvernement libéral n'a pas jugé bon de demander à l'UPAC d'enquêter sur l'administration de la ville de Laval après les révélations du député de Vimont, Vincent Auclair, qui a affirmé que le maire de Laval lui avait offert une enveloppe contenant de l'argent comptant.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le gouvernement libéral n'a pas jugé bon de demander à l'UPAC d'enquêter sur l'administration de la ville de Laval après les révélations du député de Vimont, Vincent Auclair, qui a affirmé que le maire de Laval lui avait offert une enveloppe contenant de l'argent comptant.

Québec — L'opposition officielle a accusé, hier, le gouvernement libéral de vouloir protéger le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, en n'ordonnant pas une enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur l'administration de cette ville comme il l'a fait pour Montréal.

Après que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, eut obtenu la tête du président du conseil municipal, Claude Dauphin, la semaine dernière, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, avait demandé à l'UPAC d'enquêter sur l'administration de la ville de Montréal. Or le gouvernement n'a pas jugé bon de demander pareille enquête pour Laval après les révélations du député de Vimont, Vincent Auclair, qui a affirmé que le maire de Laval lui avait offert une enveloppe contenant de l'argent comptant. «Qu'est-ce que ça prend de plus au gouvernement pour agir dans le cas de Laval?» s'est demandé le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale.

Le Parti québécois croit que les libéraux n'osent pas s'attaquer au maire Vaillancourt parce qu'ils en ont besoin lors des élections. Daniel Rhatté, le député de Blainville et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires municipales, a mené la charge, hier, en citant le témoignage de l'ancien ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, que rapporte, dans un article paru dans la dernière édition du magazine L'actualité, le journaliste du Devoir Alec Castonguay.

Thomas Mulcair raconte que le premier ministre Jean Charest avait bloqué son projet de loi sur la protection des milieux humides en raison de l'opposition du maire de Laval. «C'est là que ç'a commencé à mal aller avec Jean Charest, confie Thomas Mulcair. Il y avait beaucoup de terrains en jeu à Laval, notamment, et Charest m'a dit qu'il ne pouvait faire ça au maire Gilles Vaillancourt. On avait trop besoin de lui pour les élections», peut-on lire dans l'article.

«Quel type d'aide le maire de Laval apporte-t-il au Parti libéral lors des élections? De bons organisateurs? Des contrats aux donateurs libéraux du Parti libéral? Du financement occulte? Ou l'ensemble de ces réponses?» s'est enquis Daniel Rhatté.

Le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Laurent Lessard, a rappelé que l'administration lavaloise était dans la mire des vérificateurs de son ministère. Robert Dutil a souligné que le ministre la Sécurité publique a le droit de demander des enquêtes, mais qu'il le fait «avec parcimonie». Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a accusé l'opposition de «salir tout le monde sans aucune retenue». On ne saurait condamner quelqu'un sans preuve, a-t-il fait valoir. «Si vous avez des preuves, allez voir Marteau», a-t-il lancé.

L'affaire BCIA (Bureau canadien d'investigation et ajustements) et celle de l'ancien directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme, ont accaparé une bonne partie de la période de questions, hier, après avoir occupé toute l'étude des crédits du ministère de la Sécurité publique lundi. Citant plusieurs coïncidences — démission d'Yvan Delorme, qui avait des liens avec le président de BCIA, Luigi Coretti, démission du ministre Tony Tomassi, un ami de M. Coretti qui lui avait refilé une carte de crédit, financement du PLQ par M. Coretti à l'aide de prête-noms, faillite de BCIA, enquête sur Yvan Delorme par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) —, la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a avancé que «l'affaire BCIA prend désormais l'allure d'un véritable scandale pour le Parti libéral du Québec».

«Trop de faits concordent. Les Québécois ont le droit de connaître le fond de l'histoire», a dit Pauline Marois.

Le premier ministre Jean Charest a répliqué en accusant la chef péquiste de faire «un enchaînement d'insinuations et de constructions. Tout ça dans le but de salir des réputations».

De son côté, Robert Dutil a repris l'explication qu'il avait fournie lors de l'étude des crédits en affirmant qu'Yvan Delorme n'avait pas fait l'objet d'une enquête, mais d'une «habilitation sécuritaire» pour le renouvellement de son mandat de directeur du SPVM, une procédure usuelle effectuée 72 000 fois par an.

«Voyons donc! Ce n'est pas de simples routines de demander à la GRC d'enquêter le chef de police de Montréal parce qu'ils ont une expertise dans la mafia», s'est exclamée la leader parlementaire de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy.

Par ailleurs, Yvan Delorme a fait une sortie publique ciblée hier. En entrevue à LCN, M. Delorme s'est dit «exaspéré et dégoûté» que son nom resurgisse sur la place publique en lien avec de présumées relations qu'il aurait eues avec des membres peu recommandables de la communauté italienne. Il a souligné avoir «combattu le crime organisé» au cours de sa carrière.

Outre Luigi Coretti, propriétaire de la défunte agence de sécurité BCIA, Yvan Delorme a dit connaître tous les dirigeants d'entreprises de sécurité, ce qui est normal, selon lui. Il a par ailleurs expliqué avoir démissionné de son poste l'année dernière parce qu'il était «fatigué» notamment sur le plan professionnel, les dossiers houleux s'étant accumulés durant sa dernière année à la tête de la police de Montréal (affaire Villanueva, négociations syndicales, élections municipales, par exemple).

M. Delorme s'est présenté comme la victime de gens qui auraient des intérêts à faire du salissage. Il a le sentiment d'avoir dérangé quelqu'un parce qu'il jouissait d'une grande popularité et qu'il pouvait être perçu comme un éventuel candidat en politique.

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Avec la collaboration de Kathleen Lévesque

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28 commentaires
  • camelot - Inscrit 20 avril 2011 00 h 24

    Statut quo

    Il est très étrange que le maire Vaillancourt soit encore en poste. Les révélations qui s'accumulent ne font rien pour le conforter,

    Toutes les conjectures sont alors possibles.

  • Michelle Bergeron - Inscrit 20 avril 2011 00 h 29

    le ridicule ne tue pas....



    Rien d'autre qu'une enquête publique est acceptable. Le gouvernement offre la possibilité aux fraudeurs la destruction des preuves qui pourrait nuire à sa réputation ou à son gouvernement. La seule raison logique qui explique ce manque de transparence et de courage. Le Québec n'a jamais connu autant d'incompétence et d'hypocrisie d'un gouvernement.

  • VITRILLOLA - Inscrite 20 avril 2011 04 h 34

    EST-CE ÇA, LA DÉMOCRATIE ?

    Aucune personne ne devrait être autorisé à faire une "carrière" politique puisqu'au-delà de deux mandats, ça frôle la dictature et/ou la magouille inc, soit patentée. Une loi électorale devrait interdire plus de deux mandats pour un politicien et ce peu importe le pallier politique. Vous faites deux mandats au provincial, vous n'êtes plus éligible pour le fédéral et le municipal. Ça nous épargerait sûrement des horreurs, et renderait donc plus sain notre système démocratique ! Des histoires à la Vaillancourt, je nomme ça de la dictature tranquille, l'antithèse que fut la révolution tranquille. Quand un homme est maire de Laval depuis 1989, et qu'il siège au conseil de la ville depuis 1973, je nomme plus ça de la saine démocratie. 22 ans au pouvoir, et 38 dans les officines du pouvoir, vous appellez ça un candidat chanceux, vous ? Un surdoué de la parole ? Un démiurge du scrutin ? Un saint homme ? Un mégalomane ? Un démagogue ? Un démocrate profond ? un arriviste ? une guidoune à piastres ? un pot de colle ? ou encore une tache ? Regardez tout ceux et celles qui font de la politique au Québec, au Canada... Toujours les mêmes, et depuis des années encore ! Pourquoi une vendeuse ne pourrait-elle pas devenir un jour un premier ministre ou un ministre ? C'est vrai, une vendeuse ne peut avoir de meilleures idées ou des idées différentes que celles d'un Jean Charest, d'une Pauline Marois, ou d'un Jack Layton. Donc, si vous n'avez pas un impresionnant cursus scolaire, ne pratiquer aucune profession libérale ou n'êtes pas une personnalité, la politique vous est-elle innacessible ou interdite ? Un tabou encore plus tabou que ceux de natures sexuelles, serait de voir une personne sur l'aide sociale avec plus d'idées prodigieuses, plus de solutions que nos politiciens de carrière qui tapissent cruellement les unes de nos journaux !

  • alen - Inscrit 20 avril 2011 07 h 25

    Le prix de l'inaction

    Vraies ou fausses, ces insinuations sont une conséquence directe pour ne pas avoir tenu une enquête publique. Si on en avait eu une, on saurait probablement déjà ce qui est important et ce qui l'est moins. Qui joue un rôle mineur ou pas du tout et qui est mouillé jusqu'au cou. Depuis Jean Charest, payé par ses collecteurs de fonds pour diriger la «famille» libérale, par ...

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 20 avril 2011 07 h 27

    Mafia inc

    Tant qu'il n'y aura pas une enquête publique sur la construction et le financement des partis politiques la gangrène continuera à pourrir tout le système et des millions continueront d'être détournés dans les poches des parasites qui entourent le gouvernement libéral et l'administration des villes comme Laval, lors d'attributions de contrats publics.
    Les enquêtes policières n'y peuvent rien , elles servent de paravent, la haute direction de la police prenant ses directives du politique. Fournier l'hypocrite ministre des basses oeuvres le sait trop bien.
    Incidemment il parait que la GRC rendra bientôt le résultat de son enquête dans le scandale des commandites!