Les groupes de femmes en rogne contre St-Pierre

La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, n'a aucune intention d'accorder son aide à la FFQ, a-t-elle confirmé au Devoir.
Photo: Jacques Nadeau - archives Le Devoir La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, n'a aucune intention d'accorder son aide à la FFQ, a-t-elle confirmé au Devoir.

Québec — La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, suscite la grogne des groupes de femmes. Non seulement refuse-t-elle de se porter au secours de la Fédération des femmes du Québec, comme elle l'avait fait pour les artistes, alors que l'organisme a perdu sa subvention fédérale, mais elle accorde 1 million de dollars aux Forums jeunesse plutôt qu'aux groupes de femmes pour des projets d'égalité entre les sexes, dénonce-t-on.

Le 31 mars dernier, le gouvernement fédéral n'a pas renouvelé la subvention qu'il accordait à la Fédération des femmes du Québec (FFQ), subvention qui comptait pour 40 % de son budget, soit 240 000 $ en regard de revenus annuels de 600 000 $. Selon la présidente de la FFQ, Alexa Conradi, l'organisme peut présenter une nouvelle demande à Ottawa, mais la réponse prendra du temps et elle pourrait être négative. «Le gouvernement conservateur a changé les critères pour les subventions aux groupes de femmes. On ne finance plus les groupes de défense des droits», a-t-elle expliqué au Devoir.

Placée devant de sombres perspectives financières, la FFQ s'est tournée en début d'année vers Christine St-Pierre et son Secrétariat à la condition féminine afin d'obtenir au moins une partie des fonds dont elle est privée. «On nous a dit que ce que nous faisions ne rentre pas dans la politique d'égalité», a indiqué Alexa Conradi, une réponse qui l'a étonnée.

Il semble bien que la ministre préfère les artistes aux féministes, constatent les groupes de femmes. En 2008, le gouvernement Harper abolissait son programme PromArt qui soutenait le travail des artistes sur la scène internationale. Christine St-Pierre avait choisi de pallier le retrait du fédéral et obtenu dans le budget 2009-2010 des crédits additionnels de 3 millions pour la promotion des artistes sur la scène internationale.

Christine St-Pierre n'a aucune intention d'accorder son aide à la FFQ, a-t-elle confirmé au Devoir. Selon elle, la comparaison avec les coupes des subventions fédérales aux artistes ne tient pas. «Attention, les artistes qui se sont fait couper par le fédéral, ça veut dire qu'il y avait une enveloppe de moins au Québec», a souligné la ministre. Dans le cas des subventions aux groupes de femmes, dont la FFQ, Mme St-Pierre a signalé que tout indique que le gouvernement fédéral dépensera autant d'argent au Québec qu'avant. «Ils ont changé les critères. À partir du moment où les décisions sont prises, ce qui est important, c'est qu'on ait notre part.»

Le fait que le fédéral choisisse de ne plus subventionner des groupes de défenses des droits des femmes est une interprétation de la FFQ, selon Christine St-Pierre. «Je sais qu'ils ont eu un discours, les conservateurs, qui était d'aller vers des groupes qui vont directement vers les clientèles, a-t-elle expliqué. La façon dont le fédéral le présente, c'est qu'ils disent qu'ils ne veulent pas que ce soient toujours les mêmes qui aient l'argent.»

Par ailleurs, le Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTGFQ), qui compte 17 regroupements de groupes de femmes dans toutes les régions du Québec, a eu la mauvaise surprise d'apprendre le mois dernier que le Secrétariat à la condition féminine (SCF) avait choisi d'accorder aux Forums jeunesse, des organismes associés aux Conférences régionales des élus (CRE), une somme non récurrente de 1 million de dollars pour des projets d'égalité entre les sexes.

Or ces groupes de femmes et leur réseau estiment que ce sont des projets qu'ils mènent déjà et pour lesquels ils possèdent la meilleure expertise. C'est la première fois que le SCF subventionne directement les Forums jeunesse, bien qu'il soutienne déjà des projets d'égalité à travers les CRE.

«Je n'ai pas senti que cette ministre-là était très près des groupes de femmes», a confié Blanche Paradis, la coordonnatrice du RTGFQ. Depuis un an et demi, le réseau demande de rencontrer Mme St-Pierre, en vain.

«En matière d'égalité, les Forums jeunesse n'ont pas d'expertise», a soutenu Martha Ortiz, la coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie. En finançant les Forums jeunesse, le SCF fait preuve d'une «non-reconnaissance du travail des femmes et des tables régionales, a-t-elle déploré. C'est aussi une mauvaise gestion des fonds publics à cause du dédoublement des actions sur le terrain».

Christine St-Pierre a défendu la décision du SCF. «L'argumentaire, c'est de dire que les Forums jeunesse, c'est des organisations qui s'intéressent beaucoup aux jeunes de 35 ans et moins. Alors, c'est des clientèles qu'on veut rejoindre dans l'égalité entre les hommes et les femmes, l'entrepreneuriat féminin, a-t-elle fait valoir. Ils font des projets aussi en hypersexualisation. Alors, dans la gamme de projets qu'ils font, il y a des projets qui correspondent directement à notre plan d'action en égalité entre les hommes et les femmes.»

La ministre a dit comprendre «qu'il y a des gens qui sont déçus. Nous, on essaie d'être équitable avec tout le monde. On a beaucoup de demandes. C'est un beau message à envoyer aux jeunes».

Autre récrimination des groupes de femmes: le budget octroyé à la condition féminine rétrécit comme peau de chagrin. Ainsi, le budget du SCF passe de 7,7 millions en 2010-2011 à 3,2 millions en 2011-2012 dans les derniers crédits, a-t-on relevé.
38 commentaires
  • Georges Allaire - Inscrit 8 avril 2011 04 h 41

    Ne serait-il pas plus adéquat

    ... de dire "des" groupes de femmes plutôt que "les" groupes de femmes? Cela semble évident à partir de la nouvelle rapportée où l’on constate qu'une femme n'a pas la même politique que d'autres femmes?

    Comme on disait en logique, inférer l'universel à partir du particulier, c'est-à-dire imposer à un tout les traits d'une seule de parties, n'est pas du joli mental. :-)

    D’ailleurs, je ne vois pas le groupe des religieuses Visitandines de La Pocatière, incluse dans votre «groupe des femmes«.

  • Simon Pelletier - Inscrit 8 avril 2011 07 h 49

    Une question comme ça...


    Mais au niveau de la condition féminine, quel combat reste-t-il encore à mener? Ne sont-elles pas perçues comme des égales par les hommes de partout au Québec? Ne sont-elles pas traitées en conséquence?

    Quel combat mènent désormais les féministes?

  • Robert Libersan - Abonné 8 avril 2011 07 h 50

    Tout à fait d'accord

    «On nous a dit que ce que nous faisions ne rentre pas dans la politique d'égalité»a indiqué Alexa Conradi, une réponse qui l'a étonnée.

    J'endosse entièrement la réponse de la Ministre, et je ne suis même pas un partisan libéral.

    Il n'y a que les ultra-féministes qui croient qu'elles font dans l'égalité.

  • Jean-Michel Picard - Inscrit 8 avril 2011 08 h 00

    Il est adéquat :

    Je cite le texte pour vous montrer que l'on dit «des» :

    « Christine St-Pierre, suscite la grogne des groupes de femmes. »

    « Autre récrimination des groupes de femmes »...

    Enfin !

  • France Marcotte - Inscrite 8 avril 2011 08 h 10

    Une femme comme mammifère dans une troupeau

    Allez savoir pourquoi, à voir aujourd'hui cette nouvelle en première page, j'ai cru d'abord qu'il s'agissait encore de l'affaire Cantat, avec laquelle, par un curieux revirement des choses, on a fini par laisser libre cours à une souterraine haine des féministes, qu'on met toutes, en effet, dans le même panier à muffins pour mieux les accuser de pudibonderie moralisante et arriérée...
    Les voies de la misogynie sont impénétrables et imprévisibles.

    Une nouvelle réalité que personne n'est à même de décoder existe-t-elle?