Zizanie à l'Assemblée nationale - Le gouvernement et l'opposition se renvoient mutuellement la responsabilité de la démission d'Yvon Vallières

Le président de l’Assemblée nationale, Yvon Vallières, a annoncé sa démission hier. C’est parce qu’il a refusé de sanctionner Lise Thériaut, ministre du Travail, pour outrage au Parlement, jeudi, que M. Vallières s’est attiré les foudres de l’opposition officielle.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le président de l’Assemblée nationale, Yvon Vallières, a annoncé sa démission hier. C’est parce qu’il a refusé de sanctionner Lise Thériaut, ministre du Travail, pour outrage au Parlement, jeudi, que M. Vallières s’est attiré les foudres de l’opposition officielle.

Québec — C'est la zizanie au parlement. Le président Yvon Vallières venait à peine de démissionner hier après-midi que l'opposition et le gouvernement se renvoyaient mutuellement la responsabilité de son départ, du climat empoisonné de l'Assemblée nationale, s'invectivant par communiqués interposés.

Selon Jean Charest, le geste de M. Vallières «devrait inciter l'opposition officielle à faire un sérieux examen de conscience sur son comportement irrespectueux quant à sa stratégie de perturbation des travaux de l'Assemblée». Dans le même communiqué, le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, renchérissait, parlant de la «stratégie du leader de l'opposition qui vise à semer le chaos à l'Assemblée nationale». Yvon Vallières, dans sa lettre de démission adressée aux parlementaires, s'en est pris lui-même au leader parlementaire péquiste, Stéphane Bédard, soulignant que ce dernier n'a cessé de remettre en cause son impartialité, sa neutralité et n'a pas cessé de lui faire des «remarques inappropriées», notamment jeudi lorsqu'il a lu sa décision dans l'affaire Lise Thériault.

C'est parce qu'il a refusé de sanctionner Mme Thériaut, ministre du Travail, pour outrage au Parlement, jeudi, que M. Vallières s'est attiré les foudres de l'opposition officielle. La ministre, le 24 mars, dans le débat sur le budget, avait reproché à l'opposition d'accuser le gouvernement de mal gérer les finances publiques et avait lancé: «Qu'ils ne viennent plus voir aucun de mes collègues [...] pour nous demander de mettre la main dans notre poche, dans nos discrétionnaires ou dans nos programmes...» Elle ajouta qu'elle prendrait un malin plaisir à dénoncer publiquement les députés de l'opposition qui continueraient à le faire.

M. Vallières avait conclu que ces paroles, si elles avaient bien la «nature de l'outrage», ne justifiaient aucune sanction. Il a excusé la ministre en soulignant que tout de suite après avoir prononcé ses propos controversés, elle avait invoqué l'article 212 du règlement lui permettant «rectifier les faits».

Bris de confiance

Tous les groupes d'opposition ont dénoncé cette décision, mais seul le PQ en a fait une question de confiance. Si M. Vallières n'avait pas démissionné, il aurait pu faire face à un vote de confiance initié par l'opposition officielle ou à l'expression d'un bris de confiance dès mardi.

Dans un communiqué diffusé hier soir, Pauline Marois a réitéré sa confiance dans son leader Stéphane Bédard, soutenant qu'il avait «bien agi». Mme Marois a soutenu du reste que l'affaire n'aurait pas dégénéré si la ministre Thériault s'était amendée auparavant. «Un premier ministre responsable et digne aurait exigé de sa ministre qu'elle s'excuse en pareille circonstance: Jean Charest ne l'a pas fait et semble même cautionner de tels propos. C'est inadmissible.» Mme Thériault a livré des excuses ambiguës jeudi en dehors de la chambre, après que M. Vallières eut livré sa décision.

La chef péquiste voit dans le départ de M. Vallières un autre signe de la «détérioration de nos institutions», laquelle se perçoit aussi dans les «attaques de certains élus libéraux à l'endroit du Directeur général des élections et du Vérificateur général». Aux yeux de Mme Marois, les échanges en chambre «sont actuellement empoisonnés par l'attitude du premier ministre», qui n'agit pas en chef d'État et n'écoute pas la population. «Le climat tendu qui sévit à l'Assemblée nationale est malheureux, mais est directement tributaire du refus obstiné de Jean Charest de donner raison aux Québécois qui réclament une commission d'enquête publique sur la construction», a aussi souligné Mme Marois. Pour le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, la décision de M. Vallières est un «signal à tous les députés sans exception de travailler à établir un meilleur climat à l'Assemblée nationale». Le nouveau président sera élu au scrutin secret mardi matin. Quant à M. Vallières, il restera député de Richmond, poste où il a été élu une première fois en 1973.

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