55 lobbyistes pour vanter le gaz de schiste

Au total, on peut compter au moins 55 lobbyistes actuellement au service de l'industrie pétrolière et gazière au Québec. Aucune production commerciale n'est actuellement en cours et l'industrie répète que le potentiel du shale de l'Utica n'est pas encore prouvé.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au total, on peut compter au moins 55 lobbyistes actuellement au service de l'industrie pétrolière et gazière au Québec. Aucune production commerciale n'est actuellement en cours et l'industrie répète que le potentiel du shale de l'Utica n'est pas encore prouvé.

Les entreprises pétrolières et gazières actives au Québec ont actuellement au moins 55 lobbyistes à leur service pour «représenter» leurs intérêts auprès du gouvernement Charest, a dénombré Le Devoir. Ceux-ci doivent notamment faire valoir le point de vue de leurs clients en ce qui a trait au régime de redevances et à la loi sur les hydrocarbures qui sera éventuellement mise en place pour encadrer l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste et du pétrole.

Une simple consultation du Registre des lobbyistes du Québec permet en effet de constater que, à elle seule, l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a inscrit 35 personnes au registre. Ce regroupement a en fait maintenu plus d'une trentaine de lobbyistes sur sa liste depuis juin 2009. À cette époque, à peu près personne au Québec ne soupçonnait l'existence de réserves importantes de gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent. La plus longue liste, inscrite en avril 2010, comptait 38 noms.

On y retrouve bien sûr son président, Lucien Bouchard, mais aussi André Caillé et plusieurs personnes issues des différentes entreprises actives dans l'exploration gazière. C'est ainsi que la liste de l'APGQ comprend Jean-Yves Lavoie, chef de la direction de Junex et ancien ingénieur pétrolier de la Société québécoise d'initiatives pétrolières, une société d'État aujourd'hui dissoute. Pierre Boivin, président du club de hockey Canadien et membre du conseil d'administration de Questerre Energy, fait aussi partie de la liste. Déjà en avril 2009, il avait un mandat de «lobbyiste-conseil» pour l'APGQ. Le président de Questerre, Michael Binnion, est aussi inscrit, tout comme le président de Gastem, l'ancien ministre libéral Raymond Savoie.

Leur mandat se lit ainsi: «Représenter les intérêts des membres de l'Association pétrolière et gazière du Québec auprès des différents titulaires de charge publique relativement à la législation, à la réglementation, aux orientations et aux dispositions fiscales reliées aux hydrocarbures, dont notamment la Loi sur les mines, les règlements et le régime de redevances y afférents, ainsi qu'à l'égard de l'intention du gouvernement du Québec de mettre en place une nouvelle loi sur les hydrocarbures afin d'élaborer un régime encadrant la recherche et l'exploitation des hydrocarbures au Québec.» Fait à noter, ce mandat couvre une période allant de mars 2009 à décembre 2011. Mais les noms inscrits dans la dernière mise à jour ne figurent pas tous sur la liste depuis le début.

Anciens libéraux

L'APGQ a en outre requis les services de Martin Daraîche, ex-conseiller au sein du gouvernement de Jean Charest. En échange d'une rémunération «de 10 000 $ à 50 000 $», ce dernier a eu pour mandat de représenter l'association auprès du ministère des Finances avant que ne soit présenté le récent budget Bachand. L'objectif? Démontrer la pertinence de «mettre en place des dispositions fiscales» pour que «le Québec soit reconnu comme une juridiction capable d'accueillir une industrie structurante en matière de shales gazéifières».

Certaines entreprises sont également inscrites sous leur propre nom au Registre des lobbyistes. C'est le cas de Pétrolia, qui a inscrit huit personnes en lien avec l'élaboration de la future loi sur les hydrocarbures. On y compte notamment deux anciens employés de la défunte division Pétrole et gaz d'Hydro-Québec. L'entreprise basée à Rimouski — mais dont le principal actionnaire est suisse — souhaiterait notamment exploiter le pétrole contenu dans le sous-sol de l'île d'Anticosti. Elle a acquis des permis d'Hydro-Québec pour cette île en 2008 pour un montant non divulgué.

L'albertaine Talisman Energy a huit lobbyistes à son service. Elle peut de plus compter sur le travail de Daniel Bernier, qui a été chef de cabinet dans le gouvernement Charest de 2003 à 2005. La multinationale, très active dans le secteur gazier aux États-Unis, a également recruté Daniel Gagnier, chef de cabinet du premier ministre de 2007 à octobre 2009. Ce dernier siège à un «conseil consultatif» mis sur pied par l'entreprise pour soutenir ses activités au Québec.

Questerre Energy a elle aussi recruté chez les anciens libéraux en la personne de Marie-Claude Johnson, ancienne attachée politique de Raymond Bachand, mais aussi de Monique Jérôme-Forget. Celle-ci doit faire des représentations auprès du ministère des Finances et du ministère des Ressources naturelles dans le but de «s'assurer que le niveau de redevance actuellement en développement permette la viabilité économique» d'un projet «d'exploration et d'exploitation gazière sur la rive sud». Le projet en question n'est pas précisé.

Au total, on peut compter au moins 55 lobbyistes actuellement au service de l'industrie pétrolière et gazière au Québec. Aucune production commerciale n'est actuellement en cours et l'industrie répète que le potentiel du shale de l'Utica n'est pas encore prouvé. Ce chiffre s'apparenterait au nombre d'inscriptions au registre liées à l'industrie minière classique, un secteur qui est très développé au Québec et qui est promis à une forte croissance au cours des prochaines années. Même la Fédération des chambres de commerce du Québec a inscrit un mandat lié au gaz de schiste.

D'autres entreprises gazières n'ont pas de lobbyistes inscrits directement en leur nom, dont Molopo, qui détient des permis couvrant 9000 km2 au Québec. Même chose pour Corridor Resources, qui a mis la main sur les permis du gisement Old Harry. Une porte-parole du bureau du commissaire au lobbyisme a toutefois indiqué au Devoir que, depuis deux ans, on cible davantage les entreprises du secteur gazier afin de savoir si elles sont susceptibles de mener des activités de lobbyisme. Dans ce cas, on leur demande de s'inscrire au registre. En 2010, 26 sociétés ont été approchées et trois se sont inscrites.

Par ailleurs, Gaz Métro a inscrit plusieurs lobbyistes en lien avec ses activités de distribution de gaz naturel. Parmi leurs mandats, on retrouve la volonté de «sensibiliser, présenter et promouvoir auprès des instances gouvernementales et municipales le développement de nouvelles sources d'approvisionnement gazier», mais aussi de «positionner auprès des divers interlocuteurs gouvernementaux le gaz naturel comme une des solutions à la réduction des gaz à effet de serre».

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

43 commentaires
  • Naturelebo - Inscrit 30 mars 2011 01 h 14

    ouin

    j'ai presque pitié pour notre Charest,,,

    entendre ces gagas du Gaz jarcasser, parler tout seul,,, sans cesse, un manné, ça vient à bout d'un homme XD !!!

    Ayoye !!!
    Après on nous dit qu'on protège nos intérêts collectifs,,, si les oreilles du premier ministre entendent uniquement cette parodie du Gaz à quelques uns seulement, un manné,,, ça finit par influencer d'un bord !!!

    Vive le modèle Norvégien (51% publique et 49% privé,,, le savoir et l'argent du privé, mais pas au prix de perdre le dernier mot sur la ressource, c de l,oin le meilleur modèle jusqu'à ce jour dans le monde des hydrocarbures !!!

  • Louise Hurteau - Inscrite 30 mars 2011 01 h 49

    Le lobbyisme est anti-démocratique !

    55 personnes versus 7 million ? Et qui sont les lobbyistes pour le peuple québécois et son patrimoine ?

    On devrait mettre tout se beau monde là dehors et uniquement leur permettre de présenter leurs doléances publiquement en confrontation directe avec les spécialistes et scientifiques environnementaux et, en plus télévisés ! En aucun cas, les élus du peuple ne devraient s'entretenir en privé avec ces bouffeurs de ressources du patrimoine québécois.

    Le nombre d'anciens politiciens, bleu ou rouge, œuvrant pour le corporatif est absolument indécent. La collusion d'élus, de l'état et des corporations a déjà fait l'histoire sous plusieurs dictateurs. Et voilà que nous sombrons de plus en plus dans le corporatisme à en juger par tous ces anciens politiciens !

    Un article éclairant : http://www.truthdig.com/report/page2/the_collapse_

  • Pierre Cossette - Inscrit 30 mars 2011 04 h 59

    Resto-bar golf ...

    à mesure que la neige fond sur les courts de golf les lobbyistes s'activent autour de nos décideurs. Ces dépenses déductibles en frais de représentation desservent nos gazières pétrolières et permettront à tous ces petits affairistes de se trouver une planque avant que le bateau libéral ne coule aux prochaines élections. En contrepartie des groupes de citoyens engagés, travaillant sur leur temps bénévolement, pressent leur gouvernement à travailler au bien commun avec bien peu de succès. À chaque dossier au niveau énergétique on assiste aux mêmes chassé-croisés et notre ministre Normandeau va au batte fait des déclarations qu'elle dément quelques heures plus tard. C'en est devenu d'un pathétique navrant je me demande si nous ne devrons pas élire des représentants à la Hugo Chavez qui se déclarent ouvertement au service du peuple. Au moins les parti-pris seraient clairs. Nous en sommes rendus à deux vieux partis accoquinés à ces money junkies, un parti moribond qui souhaite le démembrement de la fonction publique pour laisser les coudées franches aux développeurs de richesse concentrée dans les mains du plus petit nombre et le dernier qui se réclame clairement pro-peuple. Toute cette mascarade est due en grande partie au financement des partis politiques qui mendient aux poches des corporations pour s'installer à l'Assemblée Nationale. Doit-on s'étonner de voir nos politiques retourner l'ascenseur à leurs pourvoyeurs d'élections clés en main ? Vivement Québec Solidaire et son programme progressiste. Les lobbyistes sont une espèce en voie d'extinction à la mesure de la volonté du peuple et de son désir d'implication.

  • ClarkeCity - Inscrit 30 mars 2011 05 h 50

    Les lobbyistes dirigeant le Québec.

    Les lobbyistes semblent bien diriger nos élus. Gaz de schiste ou ressources naturelles, ils prennent les richesses du Québec pour pouvoir gonfler leur profit.

    Dans le cas des ressources naturelles, regardez le Plan Nord qui représente plusieurs mines de fer. Est-ce qu'étant donné que le Québec regorge de cette ressource en excellente qualité soit une raison pour vendre notre fer à un prix dérisoire ???

    Selon moi, les québécois se font dilapider de leurs ressources. Quelques cents pour chaque tonne de fer quand ce fer coûte environ $200.00 la tonne est une honte. Les québécois subventionnent aussi l'électricité à ces compagnies en plus de financer les infrastructures.

    Malheureusement Mme Marois ne désire pas augmenter les redevances à un niveau équitable pour le fer étant donné la quantité disponible au Québec. Il semble que le seul parti politique qui travaille pour les québécois et non les lobbyistes soit celui de Québec Solidaire.

    Il est grand temps que le Québec se réveille.

    Serge Marchand

  • Amie du Richelieu - Inscrit 30 mars 2011 06 h 41

    Et combien d'enveloppes brunes?

    55 personnes au Québec semblent avoir plus de pouvoir d'influence sur les décisions que prennent notre gouvernement que tous les citoyens, universitaires, artistes, scientifiques mis ensembles. 55 personnes qui ont plus d'influence que le gros bon sens. Désolant!