Québec solidaire veut marginaliser sa «gauche radicale»

Le congrès de Québec solidaire, qui avait lieu pendant la fin de semaine, avait pour objectif de définir le programme du parti en ce qui a trait à l’économie, à l’écologie et au travail.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le congrès de Québec solidaire, qui avait lieu pendant la fin de semaine, avait pour objectif de définir le programme du parti en ce qui a trait à l’économie, à l’écologie et au travail.

Françoise David se félicite du fait que Québec solidaire reste uni après son VIe congrès tenu en fin de semaine, où la «gauche radicale» du parti a été mise plus souvent qu'à son tour en minorité. «Moi-même, ce matin, j'ai questionné certains des militants d'une gauche plus radicale», a raconté hier la coporte-parole de QS en conférence de presse. «J'ai dit à un tel, une telle: "Es-tu heureux ce matin? Es-tu content?" Ils m'ont répondu "oui".» Elle soutient que ces militants ont compris que, même si le parti a rejeté certaines de leurs positions, QS est le seul parti qui veut vraiment «dépasser le capitalisme» et «créer d'autres alternatives».

Le congrès, le VIe de la formation fondée en 2006, avait pour objectif de définir le programme du parti en ce qui a trait à l'économie, à l'écologie et au travail. Hier, les quelque 350 militants présents ont pris position contre le développement pétrolier d'Old Harry, pour l'élimination de la filière nucléaire et pour l'interdiction des lockouts. Un débat sur la nationalisation des banques a été reporté.

Samedi, les militants ont rejeté, entre autres choses, les notions de «décroissance» et d'interdiction de l'entreprise privée. Ils y ont été fortement incités par les deux porte-parole, Amir Khadir et Françoise David. Les militants ont accepté de donner «une certaine place au secteur privé» dans leur définition d'une économie solidaire, laquelle serait d'abord formée d'une «économie publique forte» et d'une «économie sociale à promouvoir (coop, communautaire, entreprise d'économie sociale)». Dans son allocution de clôture hier, Amir Khadir a souligné qu'un gouvernement QS mettrait tout en place pour éviter «l'hégémonie du grand capital». Mme David a soutenu que la notion de croissance économique ne devait plus être un objectif en soi.

Samedi après-midi, avant que les débats sur la vision de l'économie ne commencent, Amir Khadir avait déclaré: «La nouvelle gauche dont nous sommes issus se distingue quand même de la gauche radicale.» QS rejette l'autoritarisme et la «bureaucratie, qui vient d'un trop grand appareil centralisateur» à la soviétique. «On est arrivés, avec les erreurs du passé, à la conclusion que les grands plans, les grands soirs, les modèles tout faits d'avance se sont avérés la plupart du temps illusoires, si ce n'est pas complètement contre-productifs», a-t-il affirmé. Au micro, une militante a alors rétorqué au député de Mercier que QS était radical «dans le vrai sens du terme: on va à la racine des problèmes». Lors d'un «6 à 8» qui a ponctué la journée, des dizaines de militants ont entonné l'hymne révolutionnaire L'Internationale. «Il y a des amateurs de chants et d'histoire dans nos rangs qui nous ont fait une prestation spontanée», a commenté l'attaché de presse Christian Dubois sur Twitter, peu après que Le Devoir l'y eut souligné. «On chante aussi Du pain et des roses», a relativisé Françoise David, hier.

Dilemme des élections fédérales

Pour les élections fédérales déclenchées samedi, la direction du parti (qui compte un peu moins de 6000 membres) a décidé de ne pas donner de mot d'ordre, ni pour le Bloc (pour qui M. Khadir a été candidat en 2000) ni pour le NPD. Françoise David hier a toutefois lancé un «appel solennel» aux Québécois pour qu'ils rejettent les conservateurs de Stephen Harper «dont les orientations vont à l'encontre des valeurs largement partagées ici». Au reste, Mme David quitte jusqu'au 1er août son poste de coporte-parole de QS. Elle sera remplacée par une étudiante de l'Université Laval, Émilie Guimond-Bélanger.

Un militant connu de Québec solidaire, Alexandre Boulerice, aussi porte-parole du SCFP, est candidat du NPD dans la circonscription Rosemont-La-Petite-Patrie. Dans un échange de courriel, M. Boulerice a soutenu qu'il était toujours membre de QS et indépendantiste. «Tout le monde peut être au NPD tant qu'on défend le programme. On peut aussi faire passer au premier plan les questions sociales et environnementales, avant la question nationale», nous a-t-il écrit.
36 commentaires
  • Clothaire - Inscrite 28 mars 2011 03 h 45

    LE QS ET NPD DEUX PARTIS PARTIS DANS LES NUAGES

    Quand on promet un salaire minimum de 15$/heure et la gratuité de l'enseignement universitaire dans l'état actuel des finances publiques c'est qu'on est très sûr de na pas être élu et obligé d'appliquer son programme. Alors à quoi sert ce parti. À réfléchir ? Oui mais est-ce une réfléxion inteligente. Les électeurs ne sont pas des idiots après tout et on ne veut pas se retrouver avec des gens qui vont aggraver les problèmes plutôt que de les résoudre. C'est pourquoi QS n'a que 600 membres, c'est-à-dire tout ce qui compte de gauchos québécois qui n'ont pas honte de s'afficher comme tel et c'est tout ce qu'ils auront.

  • Roland Berger - Inscrit 28 mars 2011 08 h 16

    Cher Clothaire

    « ... l'état actuel des finances publiques », comme vous dites ne permet pas la gratuité de l'enseignement universitaire, mais s'accommode fort bien des centaines de millions de dollars versés aux entrepreneurs en construction qui, grâce à la connivence du gouvernement libéral conservateur actuel, fouillent dans le Trésor public à leur guise. Ce que QS et le NPD veulent, c'est mettre fin à cette corruption institutionnalisée pour permettre aux jeunes Québécois qui le veulent et le peuvent de poursuivre des études jusqu'au doctorat sans s'endetter pour les 10 ou 15 premières années dans le monde du travail, et ainsi leur permettre de fonder une famille en partant sur des bases financières solides. Vos préjugés contre la gauche québécoise, laquelle, soit dit en passant, a peu de choses à voir avec le radicalisme d'intellos européens. Connaissez-vous bien votre Québec ? Le reprise citoyenne du pouvoir du peuple, ça ne vous sonne aucune cloche au fond du coeur ?
    Roland Berger

  • Jacques Lafond - Inscrit 28 mars 2011 08 h 24

    Non à QS

    ‘’ les militants ont rejeté, entre autres choses, les notions de «décroissance» et d'interdiction de l'entreprise privée. ‘’

    On a sérieusement discuté d’interdiction de l’entreprise privé !!! Mais les militants ont finalement rejetés l’idée.

    Simplement incroyable. Et dire que certaines personnes peuvent prendre Québec Solitaire au sérieux. C’est simplement incroyable.

    Il est primordial qu’aux prochaines élections nationales du Québec que le nombre de députés de QS à l’Assemblé Nationale passe à zéro; comme il se doit.

    J’espère sincèrement que le Québec aura bien compris ce que ces gens pensent, ce que ces gens veulent.

    Même la Chine communiste permet l’entreprise privée. À Québec Solitaire, on a sérieusement débattue de la question …

    Ouff

  • richardle - Abonné 28 mars 2011 08 h 40

    Faut pas dire n'importe quoi, monsieur Clothaire

    L'augmentation du salaire minimum s'accompagnerait d'un programme d'aide aux PME pendant un certain temps pour les aider à passer ce cap. Pas besoin d'être super comptable pour savoir qu'à raison de 40 heures par semaine et ce,pendant 52 semaines au salaire minimum actuel, on reste sous le seuil de faibles revenus donc, qu'on est pauvre en travaillant tout le temps.
    Vous avez aussi oublié un zéro au nombre de militants en règle de Québec solidaire plus... quelques centaines. J'ose espérer que ce nétait pas là de la désinformation malveillante.
    J'étais présent tout au long du Congrès et j'ai pu constater beaucoup de recherche de consensus et bien du sérieux.
    J'aurai 64 ans le mois prochain, j'ai encore l'oeil clair et l'esprit vif, je suis très actif (organisation de retraités et bénévolat) et j'ai particulièrement apprécié tout ce que j'ai vu et entendu pendant cet exercice démocratique... et je signe de mon vrai nom.
    Richard Lépine

  • Pierre Schneider - Abonné 28 mars 2011 08 h 52

    Le hic qui choque

    Comment un indépendantiste peut-il militer et être candidat du NPD, parti centralisateur fédéraliste ?

    C'est à n'y rien comprendre et ça contribue largement à entretenir la confusion des genres.