Khadir et David réfrènent les ardeurs révolutionnaires des militants de QS

«La nouvelle gauche dont nous sommes issus se distingue quand même de la gauche radicale», a déclaré Amir Khadir. <br />
Photo: Clément Allard - Le Devoir «La nouvelle gauche dont nous sommes issus se distingue quand même de la gauche radicale», a déclaré Amir Khadir.

Montréal - Québec solidaire appartient à une «nouvelle gauche» qui n’est pas «radicale» et qui refuse de tomber dans les erreurs du passé et l’illusion des «grands soirs», a soutenu Amir Khadir, aujourd'hui samedi, devant quelque 300 militants réunis en congrès à l’école Jeanne-Mance de Montréal.

Le congrès, le VIe de la formation fondée en 2006, se termine demain et il a pour objectif de définir le programme du parti en ce qui a trait à l’économie, l’écologie et le travail. Cet après-midi, les militants ont, au terme d’un débat de quelques heures, rejeté les notions de «décroissance» économique et d’interdiction de l’entreprise privée. Ils y ont été fortement incités par les co-porte-paroles Amir Khadir et Françoise David. Les militants ont même accepté de concéder «une certaine place au secteur privé», dans leur définition d’une économie solidaire.

Avant le vote, Amir Khadir avait effectué une longue intervention. Celle-ci n’a pas plu à certains éléments anti-capitalistes de la formation. Devant les militants, M. Khadir a soutenu qu’il fallait «certes dépasser le capitalisme», qu’il fallait «même changer de système» puisqu’il ne respecte pas «l'environnement», les «humains» et la «vie». «Mais la nouvelle gauche dont nous sommes issus se distingue quand même de la gauche radicale», a-t-il insisté.

Il a inscrit l’origine de son parti dans les mouvements altermondialistes, communautaires et féministes.

La conséquence, selon lui : un rejet de l’autoritarisme et de la «centralisation, cette bureaucratie qui vient d’un trop grand appareil centralisateur» à la soviétique. «On est arrivés, avec les erreurs du passé, à la conclusion que les grands plans, les grands soirs, les modèles tout faits d’avance se sont avérés la plupart du temps illusoires, si ce n’est pas complètement contreproductifs», a-t-il soutenu.

Alors que certains militants anticapitalistes semblaient perplexes, M. Khadir a soutenu que ce serait une «erreur» de proposer au peuple québécois, en guise d’alternative au modèle capitaliste, «un système trop rigide, un système tout dessiné d’avance, prêt à être appliqué, trop abouti, donc trop fermé pour prendre en compte l’évolution toujours croissante des choses». La présidente de séance, l’ancienne chef syndicale de la CEQ Lorraine Pagé, a dû stopper l’unique député de la formation dans son élan. Au micro, une militante a alors rétorqué au député que QS était radical «dans le vrai sens du terme: on va à la racine des problèmes».

Lors d’un «6 à 8» qui a ponctué la journée, des dizaines de militants ont d’ailleurs entonné le chant révolutionnaire L’Internationale. «Il y a des amateurs de chants et d'histoire dans nos rangs qui nous on fait une prestation spontanée», a commenté l’attaché de presse Christian Dubois sur Twitter, peu après que Le Devoir l’ait souligné.
 
Place au privé

Militant de la «simplicité volontaire» bien connu, le fondateur des éditions Écosociété, Serge Mongeau, s’est présenté au micro pour défendre la notion de «décroissance», qu’il présentait comme essentielle au programme de QS. Une majorité de militants ont finalement choisi un libellé affirmant que «la croissance économique excessive et/ou non souhaitable devrait être limitée». Lors d’un échange où plusieurs militants ont condamné en bloc, au micro, les entreprises privées, Françoise David a rétorqué en donnant l’exemple de petites PME. Elle a réclamé un certain «respect de l'initiative personnelle et familiale, pourquoi pas ?».

Elle aura finalement eu gain de cause, les militants adoptant une position de «socialisation de l'économie», mais à long terme et diversifiée : «économie publique forte, économie sociale à promouvoir et une certaine place à l’entreprise privée —à baliser— particulièrement les PME».

Demain dimanche, les militants se pencheront sur les questions énergétiques, les ressources naturelles et le travail. Sur le salaire minimum, ils choisiront entre trois options : le fixer à 10,66$, 12.94$, 15.99$ de l’heure.
 
Dilemme des élections fédérales

Par ailleurs, les élections fédérales déclenchées aujourd’hui posent un dilemme à Québec solidaire, à la fois à de gauche et indépendantiste.

Mais la direction du parti (qui ne compte toutefois pas 6000 membres) a décidé de ne pas donner de mot d’ordre. «Bien sûr, on a en horreur l'idée que le Parti conservateur, dirigé par M. Harper, puisse être majoritaire au Canada», a soutenu M. Khadir.

Ce dernier a déjà été candidat du Bloc québécois dans Outremont en 2000. Il loue le travail du Bloc en matière d’intégration des immigrants à Montréal. Mais il soutient que le NPD de Jack Layton est plutôt ouvert au Québec.

D’ailleurs, un militant connu de Québec solidaire, Alexandre Boulerice, aussi porte-parole du SCFP, est candidat du NPD dans la circonscription Rosemont–La-Petite-Patrie. Dans un échange de courriel, M. Boulerice a soutenu qu’il était toujours membre de QS et indépendantiste. «Tout le monde peut être au NPD tant qu'on défend le programme. On peut aussi faire passer au premier plan les questions sociales et environnementales, avant la question nationale», nous a-t-il écrit.
23 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 26 mars 2011 21 h 41

    L'ennemie de mon ennemie est mon ami

    On en est toujours là. La seule chose qui unit cette gauche ‘solitaire’, c’est la détestation commune des gros méchants capitalistes (mettez-y tous ceux qui ne sont pas gentils avec ceux qu’on vous indiquera). Pour le reste ce ne sont que slogans.
    On est pour le triomphe du prolétariat mais comme il n’y a plus de prolétariat (exit en au Mexique, au Bengladesh, en Chine, etc.), on l’a remplacé par…, par ce qui reste i.e. la fonction publique au sens large. Comme les choses sont bien faites, les syndicats de la fonction publique sont devenus l’avant-garde du nouveau prolétariat. Si je me remémore le peu dont je me rappelle de Marx, on parle là de petite bourgeoisie.
    Même si ce schéma date de longtemps, le ridicule ne la pourtant pas tué. Ce qui fait que les (petits-) bourgeois du privé vont devoir payer des pensions de luxe aux (petits-) bourgeois du secteur publique alors qu’eux-mêmes ne sont pas assurés d’en avoir une.
    C’est cela la gauche et ce ne peut être d’autre chose. Il faudrait donc changer de discours.
    Et on se demande après pourquoi la gauche est et demeurera dans un cul-de-sac.

  • Simon-Pierre Chevarie-Cossette - Inscrit 26 mars 2011 22 h 39

    Une gauche moins "identitaire" et plus humaniste

    La gauche aujourd'hui est moins associée à "la classe dont on fait partie" et c'est tant mieux. Être de gauche, c'est devenu être altruiste sur le plan politique - en matière d'environnement, de services sociaux, de limites -. Ce n'est pas seulement avoir une conscience plus marquée que des excès de liberté empiètent sur les libertés des autres et donc être prêt à faire attention (ex. : conduire à 40 km/h pour diminuer de 80% les chances de décès dans le cas d'une collision avec un enfant... ou tout simplement utiliser le vélo ou le transport en commun).

    C'est aussi être prêt à partager parce que notre chance est simplement contingente. Au contraire, être à droite (avec Harper en tout cas), c'est croire que chacun est tellement libre qu'il a une entière responsabilité de sa condition (d'où l'approche punitive plutôt que préventive dans le système de justice).

    Soyons à gauche 1) en ayant conscience des désagréments que nous pouvons causer 2) en nous comptant chanceux de ce que nous avons et donc essentiellement en aidant ceux qui ont moins que nous.

  • fred_slayer - Inscrit 27 mars 2011 02 h 16

    L'envers de la médaille de la gauche:

    c'est qu'il y en a des modérés (réalistes), et des 'radicaux' (aveugles, idéalistes, déconecté de la réalité et ne connaissent pas la nature de l'homme). Ça a toujours été comme ça peut importe les pays ou l'époque, mais au moins ils réussissent à s'entendre sur des débats axés sur le Québec, et non des débats idéologiques philosophiques.

    Un autre problème au Québec, une bonne part de ceux qui vont voter QS sont des gens qui vottaient PQ, donc on va voir un léger détournement de vottes PQuistes vers QS, ce qui va affaiblir un peu le PQ, mais en revanche, le PQ va récolter des vottes des libéraux. Et puis après ya aussi l'ADQ et la coalition de Legault, eux aussi vont en prendre des vottes, mais surement des libéraux, et puis si l'ADQ perds des voix ça sera surement des voix qui iront vers la coalition Legault. Over-all, la gauche y gagne, puisque la droite risque d'être sindée en 3, la gauche en 2, et puis il y aura un peu de transfert de vottes de la droite vers la gauche. Mais évidement tout dépend de la capacité de l'ADQ et de la coalition Legault à attraper les voix des libéraux avant Pauline. Excusez les fautes il est 2h16 du matin (pas que d'ordinaire j'en fais pas, mais là j'ai pas trop envie des les chercher).

  • Jacques Morissette - Inscrit 27 mars 2011 06 h 23

    QS

    Un Québec Solidaire trop idéologique ferait les mêmes erreurs que d'autres partis qui le sont.

    L'émotion n'explique pas toute l'ardeur d'un cheval trop fougueux; influencée par la tête parfois porteuse d'une idéologie réductrice.

    Aussi, trop de pouvoir en peu de temps, un grand risque que le cavalier perde le contrôle de sa monture. En fait, il faudrait demander à l'ADQ en son temps?

    Le sage consensus de l'écurie est primordial dans un parti, particulièrement pour Québec Solidaire. La sagesse de Khadir et David est de bon aloi.

  • pierre savard - Inscrit 27 mars 2011 08 h 48

    Du pareil au même

    QS est identique aux partis marxistes-léninistes des années 1960. On remarque aussi la forte présence de has been syndicalistes au sein de ce parti. On connait également la grande ouverture d'esprit des syndicalistes québécois (du secteur public je parle). Mais je suis ému devant leur proposition de "tolérer" une certaine présence du privé dans l'économie. Ce parti en est un d'illuminés politiques. On ne peut que frémir en pensant ce qui arriverait si ce parti prenait le pouvoir.