70 personnalités dénoncent la stratégie énergétique du gouvernement Charest

Parmi les parrains de cette initiative, on retrouve dans l’ordre habituel Pierre Jobin, vice-président de la CSQ, Louise Vandelac, directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, et Gérald Larose, ancien président de la CSN.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Parmi les parrains de cette initiative, on retrouve dans l’ordre habituel Pierre Jobin, vice-président de la CSQ, Louise Vandelac, directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, et Gérald Larose, ancien président de la CSN.

Une brochette de personnalités du monde politique et des groupes citoyens et environnementaux, ainsi que de toutes les régions, ont endossé hier une «Déclaration» qui revendique une reprise de possession collective de l'ensemble des ressources naturelles du Québec.

Les signataires exigent par ailleurs du gouvernement Charest qu'il justifie ses «entorses» au principe de la propriété publique des ressources naturelles depuis son arrivée au pouvoir, que ce soit en privatisant la production éolienne, les droits d'exploitation des gaz de schiste et la cession des droits publics sur le pétrole, de même que sur les forces hydrauliques, dont Québec a cédé l'exploitation exclusive au privé jusqu'à hauteur de 50 MW.

«Ce que le peuple du Québec a fait, seul le peuple du Québec peut le défaire», conclut la déclaration dont les signataires mettent le premier ministre Charest au défi de «mettre la question aux voix» avant d'aller plus loin dans sa politique de privatisation, jugée à rebours de l'histoire et de la volonté populaire.

Parmi les signataires de cette déclaration, on retrouve en tête de liste l'ancien premier ministre Bernard Landry, deux anciens ministres l'Environnement, Paul Bégin et Thomas Mulcair, l'ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, ainsi que des représentants du Parti québécois et de Québec solidaire. Au moment de mettre sous presse hier soir, la déclaration comptait plus de 70 signataires, dont plusieurs leaders d'organismes, de groupes ou d'institutions.

C'est le mouvement Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN-21), animé par l'écologiste Daniel Breton, qui a pris cette initiative, en préparation depuis plusieurs mois.

Plusieurs des personnalités présentes hier dans la salle des Boiseries de l'UQAM voyaient dans l'endossement public de cette déclaration par l'ancien premier ministre Bernard Landry une riposte cinglante à l'arrivée de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard aux commandes de l'industrie gazière et pétrolière.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d'énergie, le député Sylvain Gaudreault, a dit que sa formation adhérait pleinement aux principes énoncés dans cette déclaration, qui entend perpétuer l'héritage des premiers ministres Adélard Godbout, qui a créé Hydro-Québec en 1944 après avoir nationalisé la Montreal Light and Power, puis de Jean Lesage et de René Lévesque.

La mise au point de cette déclaration aurait donné lieu à des débats entre les premiers signataires, a révélé Gérald Larose.

Après avoir conclu à la nécessité de reprendre «immédiatement possession de ces droits d'exploration et d'exploitation de nos ressources énergétiques qui constituent notre bien commun», la déclaration précise qu'il «n'est pas question ici de nationaliser ces sources d'énergie. C'est chose faite. Elles nous appartiennent déjà et nous n'acceptons pas d'en être dépossédés».

Pour Gérald Larose, le terme «dépossédé» aurait dû être remplacé par celui de «volé», a-t-il dit.

La déclaration se conclut néanmoins sur des termes très durs: «Advenant un refus [de mettre fin à cette tendance à la privatisation], nous devrons considérer ce gouvernement coupable de spoliation de biens publics appartenant au peuple québécois et dont l'État est fiduciaire.»

Pour les signataires, cette déclaration se veut aussi un tournant en faveur du «modèle québécois», qui a fait rêver toute une génération et qui a toujours sa place, a expliqué Claude Béland.

Mais, malgré le mandat référendaire de 1962 qui n'a jamais été modifié, le gouvernement Charest a accéléré la cession des ressources naturelles «à des entreprises privées et souvent étrangères, sans en avoir le mandat, à notre insu et manifestement pour une bouchée de pain, des droits sur notre pétrole, notre gaz et même le développement de notre vent», ajoute la déclaration.

En conférence de presse, le porte-parole de MCN-21 admettait avoir «oublié» dans cette liste l'importante cession des droits aux promoteurs privés des droits sur la production hydro-électrique jusqu'à concurrence de 50 MW, la plus importante entorse au monopole d'Hydro-Québec. Le décret à cette fin a été piloté par l'ancien ministre péquiste des Ressources naturelles Jacques Brassard, en 2001.

Les signataires de la déclaration ajoutent que «toute velléité de privatisation de nos ressources énergétiques [...] aurait dû faire l'objet d'une consultation populaire où la volonté de redonner le contrôle de nos ressources énergétiques à des intérêts particuliers, comme c'était le cas avant 1962, aurait dû être clairement énoncée».

Pour le porte-parole du Parti québécois en matière d'énergie, Sylvain Gaudreault, son parti n'a aucune hésitation à entériner cette déclaration qui pourrait marquer un tournant dans la gestion énergétique au Québec.

L'exécutif national du PQ va d'ailleurs proposer au congrès de la mi-avril de confier en exclusivité l'exploitation de l'énergie éolienne à l'État, aux coopératives ou aux municipalités. Quant à l'exploitation pétrolière et gazière, en plus de devoir débattre du moment et de l'intensité de leur exploitation, le PQ privilégie un modèle d'exploitation «où l'État conserverait le contrôle».

Mais il y a ici un flottement au PQ, car la chef du parti, Pauline Marois, a évoqué récemment que l'État pourrait participer à des projets d'exploitation du pétrole dans le golfe où il détiendrait 49 % des actions, ce qui en ferait l'actionnaire minoritaire. Mais, insiste Sylvain Gaudreault, ces scénarios sont encore matière à débat au sein du Parti québécois.

Pour la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, les positions de son parti dans ce domaine sont les plus claires de tout le secteur politique. Et «sans ambiguïté», ajoute-t-elle. «Nous n'acceptons rien d'autre qu'un contrôle et qu'une propriété publique des ressources naturelles, ce qui n'exclut pas le recours au privé pour la réalisation de projets», dit-elle.
77 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 4 mars 2011 02 h 49

    Le parti Libéral et Jean Charest.

    On dirait que le Québec est en train de se faire flouer. Le parti Libéral, pour ne pas dire Jean Charest, est comme un sombre renard qui a faim dans le poulailler de nos ressources naturelles.

  • ClarkeCity - Inscrit 4 mars 2011 03 h 02

    Gaspiller le potentiel énergétique des rivières.

    C’est étonnant que le Québec harnache des rivières pour les mini centrales hydroélectriques et désire gaspiller le potentiel énergétique pour le projet de la rivière Petit-Mécatina.

    Pour le projet de la rivière Petit-Mécatina: « … En effet, le projet prévoit maintenant l'aménagement de deux centrales plutôt que de quatre, et la production a été réduite de 1500 à 1200 mégawatt. »
    http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2010

    Pourquoi créer la richesse chez certains promoteurs privés avec les mini centrales hydroélectriques ?
    Pourquoi vouloir gaspiller le potentiel énergétque des rivières harnachées ?

    Le Québec pourrait augmenter sa capacité énergétique probablement à moindre coût et tout en créant des emplois pour les québécois au lieu de créer la richesse avec les promoteurs privés.

    Serge Marchand

  • 54lili - Inscrit 4 mars 2011 05 h 16

    et vlan Charest

    le vent se lève et va soulever la population qui va maintenant reprendre le contrôle sur ses ressources naturelles, appuyé par ce groupe qui vient de mettre les points sur les i..,
    le gouvernement devra se soumettre à un vote par référendum ou électoral pour confirmer si le peuple lui donne son appui dans ce dossier, ce qui serait surprenant, étant donné qu'il a vendu le territoire à .10 cent l'hectare au lieu de 10,000$ comme en Colombie Britannique

    C'est à suivre..
    Lise Pelletier

  • Guy Fauteux - Abonné 4 mars 2011 06 h 26

    Les enjeux

    Creer de nouveau monstre administratif est une grossiere erreur.
    Nationnaliser et penser operer les eoliennes avec avec des employes de l'etat serait un echec.
    Ca serais une aussi grande reussite que la fusion de ville de montreal avec ca tonne de syndique.
    Pour ce qui est des petites centrales j"ai vu Hydro Quebec (je l'ai vecu) dans l'obligation de fermer 50% des petites centrales dans lesquelles je travaillais et ceder les autres au secteur prive pour ne pas perdre la face(j'etais un employe de l'ancienne Gatineau Power avant l'etatisation).
    Compenez moi bien l'hydro fut un bienfait pour nous quebecois et si je suis aujourd'hui un fiers representant de Quebec Inc. c'est grace a la revolution tranquile. En conclusion tirons nous pas dans le pied et sachons tirer le meilleur partis de ces deux monde.

  • De St-Éloi - Inscrit 4 mars 2011 06 h 45

    Tout a fait d'accord

    Tout à fait d'accord. il ne faudra pas toutefois une fois toutes ces belles ressources de nouveau au mains du gouvernement, venir polluer les nappes phréatiques et l'air de nos concitoyens sous le prétexte de l'intérêt supérieur de la nation. Autrement dit, ne pas faire comme l'Hydro Québec aves les milliers d'arbres et de terres englouties de la Romaine.