Qu'adviendra-t-il de la bibliothèque Gaston-Miron?

Pour l’instant, il n’y a pas un sou vaillant sur la table pour sauver l’institution qui abrite 17 000 ouvrages et qui est lotie dans les locaux de la Délégation générale du Québec à Paris.
Photo: Source Pymouss Pour l’instant, il n’y a pas un sou vaillant sur la table pour sauver l’institution qui abrite 17 000 ouvrages et qui est lotie dans les locaux de la Délégation générale du Québec à Paris.

Paris — Les jours du seul centre de documentation sur le Québec situé à l'étranger sont-ils comptés? C'est ce dont on est en droit de s'inquiéter alors qu'une entente qui liait la bibliothèque Gaston-Miron à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) arrive à échéance. En juin prochain, la bibliothèque qui abrite 17 000 ouvrages et qui est lotie dans les locaux de la Délégation générale du Québec à Paris n'aura plus de bibliothécaire.

La pérennité de cette institution unique, surtout destinée aux étudiants et aux universitaires, n'a jamais été vraiment assurée depuis le départ en 2004 d'Ursula Matlag, une Polonaise amoureuse du Québec qui l'avait dirigée pendant plus de 30 ans. Pour éviter la fermeture, c'est BAnQ qui avait accepté in extremis, en 2007, de détacher une bibliothécaire pour s'occuper du fonds, accueillir les visiteurs et maintenir les collections à jour. Or, BAnQ, elle-même touchée par des réductions de budgets, n'entend plus renouveler ce contrat qui prendra fin aujourd'hui, le 3 mars. Pour l'instant, la Délégation n'a trouvé qu'une petite rallonge pour permettre à la bibliothécaire d'assumer ses fonctions jusqu'à la fin juin. Ensuite, seuls des stagiaires de l'Office franco-québécois pour la jeunesse devraient assurer une permanence réduite en attendant que l'on décide du sort de l'institution.

«Tous les engagements pris par BANQ dans le cadre de cette entente ont été largement respectés», nous a déclaré Claire-Hélène Lengellé, responsable des relations avec les médias à BAnQ. Une nouvelle entente est en préparation, mais elle ne concernera que les services de conseil et la gestion du portail Internet.

La Délégation s'est tout naturellement tournée vers le ministère des Communications et de la Culture, responsable de BAnQ. Celui-ci s'est contenté de renvoyer la balle au ministère des Relations internationales (MRI). L'attachée de presse de la ministre Christine St-Pierre, Valérie Rodrigue, a fait de même avec Le Devoir, refusant de nous dire si son ministère se sentait une certaine responsabilité à l'égard de la seule institution culturelle publique québécoise qui a pignon sur rue à l'étranger.

«La Délégation tient beaucoup à la bibliothèque Gaston-Miron qui est un élément essentiel de la présence du Québec à Paris, affirme le nouveau délégué général du Québec en France, Michel Robitaille. Il faut tout mettre en oeuvre pour la conserver et la mettre en valeur. Nous étudions actuellement plusieurs scénarios.»

Pour l'instant, il n'y a cependant pas un sou vaillant sur la table pour sauver une institution qui rassemble plus de 17 000 volumes, une importante collection de périodiques, des journaux des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, une collection de publications officielles et des dossiers thématiques.

Parmi les scénarios à l'étude, on examine la possibilité de confier les ouvrages à l'Université Paris III Sorbonne nouvelle. Le projet consisterait à transformer la petite chaire d'études du Québec contemporain qui s'y trouve actuellement en un Institut de recherche sur le Québec avec des locaux propres. Les discussions n'en sont pour l'instant qu'au stade préliminaire. Le déménagement aurait pour avantage de faciliter la fréquentation de la bibliothèque actuellement située dans le quartier des ambassades, loin des circuits universitaires. Mais certains craignent qu'on éparpille les documents et qu'ils puissent être noyés à moyen terme dans les collections françaises.

Le titulaire actuel de la Chaire du Québec, Jean-Philippe Warren, doute que cette solution soit la meilleure. «Les collections de la bibliothèque n'ont pas nécessairement de liens avec les champs d'intérêt des chercheurs invités, dit-il. Une telle bibliothèque exige absolument que quelqu'un s'occupe à temps plein de son développement.»

Le déménagement à Paris III aurait aussi pour conséquence d'empêcher tout regroupement dans un éventuel centre culturel québécois. Un projet beaucoup plus «emballant», estime Jean-Philippe Warren et qui resurgit périodiquement depuis la fermeture, à la fin des années 80, du petit centre culturel que détenait le Québec au coeur de Saint-Germain-des-Prés, rue du Bac. En 2003, le gouvernement québécois était passé à un cheveu de réunir dans un même lieu la bibliothèque Gaston-Miron, la Librairie du Québec à Paris ainsi qu'une petite salle de spectacle. L'élection de Jean Charest à quelques semaines de l'achat de l'immeuble avait reporté le projet aux calendes grecques. Plus récemment, le responsable culturel de la Délégation, Bertin Leblanc, avait suggéré de réunir la librairie et la bibliothèque autour d'un café littéraire et d'une petite salle de projection. Une étude préliminaire a d'ailleurs été réalisée, mais est demeurée sans suite.

Si elle devait survenir, la fermeture, ou le déménagement, de la bibliothèque adviendrait alors même que la Délégation du Québec s'apprête à célébrer ses 50 ans de présence à Paris.

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Correspondant du Devoir à Paris

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