Internet - QuébecLeaks attend les révélations

Le lancement officiel du site QuébecLeaks a été repoussé du 16 février au 9 mars, mais le site accepte dès maintenant les documents soumis par les internautes.
Photo: - Le Devoir Le lancement officiel du site QuébecLeaks a été repoussé du 16 février au 9 mars, mais le site accepte dès maintenant les documents soumis par les internautes.

Les internautes peuvent soumettre leurs premiers documents sensibles sur le site de dénonciation QuébecLeaks depuis hier, même s'ils ignorent toujours exactement à qui ils ont affaire.

L'organisation prie ses potentiels collaborateurs de lui soumettre des documents «non disponibles» qui ne sont pas encore passés entre les mains des journalistes d'enquête. Québec-Leaks demande également de ne pas fournir d'opinions ou d'allégations sans preuve formelle à l'appui.

QuébecLeaks est un site inspiré de WikiLeaks, «fait par des Québécois pour des Québécois», qui se veut une plateforme plus locale où les individus disposant d'un accès privilégié à des documents sensibles pourront les rendre publics anonymement.

Un processus simple

QuébecLeaks propose deux mécanismes de soumission. Ainsi, il est possible de soumettre les documents via une connexion sécurisée HTTPS ou encore par l'entremise du logiciel libre Tor.

À partir de la connexion sécurisée HTTPS, n'importe quel internaute le moindrement habile peut soumettre des fichiers Microsoft Word et PDF. Une fois que l'on a accepté de naviguer sur un site dont le certificat de sécurité pose problème, le tour est joué, comme l'a constaté La Presse canadienne. En somme, le processus de soumission est d'une simplicité désarmante.

Le processus HTTPS est sécuritaire, puisque les banques utilisent le même protocole, selon un professeur du Département d'informatique et de génie logiciel de l'Université Laval.

«Si l'objectif de QuébecLeaks est d'assurer l'anonymat de ses sources, ça va, mais si les informations touchent les intérêts nationaux, à ce moment-là, on est dans une zone grise. Parfois, les services de renseignement gouvernementaux se permettent une certaine latitude», explique Béchir Ktari.

Des questions

Lorsque les documents commenceront à affluer, on peut se demander comment l'organisation — dont on ignore le nombre de membres — arrivera à gérer le flot d'informations continu et comment elle compte trier les données obtenues. Tout comme on peut se demander où Québec-Leaks puise ses ressources financières et humaines.

Dans un courriel envoyé à La Presse canadienne hier, le porte-parole de l'organisation a expliqué que des analyses de contenant et de contenu seraient effectuées pour chaque document reçu.

Une fois que le système et les administrateurs en sécurité auront déterminé que les documents sont sécuritaires et qu'il n'y a plus de traces du soumissionnaire, les informations seront transmises à «plusieurs collaborateurs de différents domaines» sur lesquels QuébecLeaks dit pouvoir compter — des avocats, des comptables, des journalistes professionnels, des informaticiens et des politologues. Ces derniers s'assureront que les documents sont recevables et effaceront «toutes les traces des victimes innocentes».

Et pour ce qui est du volet financement de l'aventure, QuébecLeaks a évoqué la possibilité de mettre en place une structure pour récolter les dons du public afin de financer, «si nécessaire, la partie "employés à temps plein" du projet». L'organisation a également affirmé avoir été approchée par des donateurs et des investisseurs.

Noam Chomsky

Mais tous ces détails seront précisés le 9 mars, a maintenu le mystérieux porte-parole de QuébecLeaks, qui signe tous ses courriels du nom du célèbre linguiste et militant Noam Chomsky.

L'interlocuteur de Québec-Leaks a encore une fois refusé, hier, d'accorder une entrevue téléphonique à La Presse canadienne, faisant valoir que l'organisation préfère «garder une [sic] anonymat et donc une certaine sécurité juridique pour les membres du groupe».

«Nous comprenons très sérieusement le besoin d'effectuer des entrevues téléphoniques et en personne, mais pour l'instant nous devons nous en tenir aux échanges par courriel, écrit «Noam Chomsky». Mais malheureusement c'est ce qui nous a été proposé par nos avocats et conseillers.»

En somme, un voile de mystère enveloppe QuébecLeaks, qui n'a toujours pas annoncé le nom de son porte-parole, le «Julian Assange» québécois. Son identité devait être dévoilée lors du lancement officiel du site, mais celui-ci a été repoussé du 16 février au 9 mars.

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