Pétrole: changement de cap à Québec

Malgré Anticosti, l'État est prêt à investir dans l'industrie, dit Normandeau<br />
Photo: Jacques Nadeau Archives - Le Devoir Malgré Anticosti, l'État est prêt à investir dans l'industrie, dit Normandeau

Après le démantèlement de la filiale gazière et pétrolière d'Hydro-Québec, ce qui a conduit à la vente de ses droits sur le pétrole de l'île Anticosti, le gouvernement Charest change de cap et projette de faire d'importants investissements dans cette filière prometteuse.

Ainsi, Hydro-Québec détient un intérêt pouvant s'élever à près de 40 % dans le projet Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent. Non seulement le gouvernement Charest ne forcera pas Hydro-Québec à céder cet intérêt au secteur privé, mais l'État envisage de prendre des participations dans d'autres gisements gaziers et pétroliers au Québec, a affirmé, hier, la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau.

La vice-première ministre a indiqué que l'engagement financier de l'État dans l'industrie gazière et pétrolière pourrait dépasser les prises de participation de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans plusieurs sociétés comme Talisman, Pétrolia, Gastem et Junex. «Est-ce qu'on peut aller plus loin dans nos participations? Je dis: non seulement la question se pose, mais je pense que ça pourrait être une excellente idée. Tout ça pour maximiser les retombées et la façon dont on pourrait contrôler nos ressources naturelles», a-t-elle déclaré dans un point de presse.

C'est au ministre des Finances, Raymond Bachand, que revient la tâche de déterminer les meilleures façons de maximiser ces retombées, avec ou sans une participation directe de l'État. «Il y a plusieurs façons de faire les choses et parfois [ce sont] les redevances où on ne prend pas le risque d'investir des milliards en fonds publics», a-t-il souligné hier. Mais d'autres avenues sont à explorer. «Il faut devenir riches en réduisant nos risques et il y a beaucoup d'outils financiers pour faire cela», a dit Raymond Bachand.

Dans cet ordre d'idées, Hydro-Québec a obtenu, en versant 500 000 $ à Corridor Resources en 2003, une option pour acquérir entre 18,75 % et 40 % du projet Old Harry et de celui de Cape Ray, a confirmé, hier, Hydro-Québec. Old Harry est le gisement pétrolier et gazier qui présente le plus important potentiel au Québec.

Pour exercer son option, Hydro-Québec serait appelée à investir de 25 % à 50 % des frais de forage, un investissement graduel de plusieurs centaines de millions. Or le gouvernement libéral a décrété un moratoire jusqu'en 2012 sur l'exploration du gisement Old Harry, le temps de procéder à des évaluations environnementales stratégiques qui portent sur le bassin de la baie des Chaleurs, le bassin d'Anticosti (nord du golfe du Saint-Laurent) et le bassin de Madeleine (sud du golfe).

Hier, tant Nathalie Normandeau que le premier ministre Jean Charest défendaient la décision de démanteler Hydro-Québec pétrole et gaz, ainsi que la vente des réserves pétrolières de l'île Anticosti, réserves qui pourraient valoir des milliards de dollars.

La filiale de la société d'État prévoyait dépenser 330 millions entre 2002 et 2010; elle n'a investi que 30 millions de 2002 à 2005. «Le rôle du gouvernement, ce n'est pas de jouer au casino avec l'argent des contribuables pour des activités d'exploration», a dit Mme Normandeau.

Selon la ministre, ces investissements de 30 millions «n'ont pas donné de résultats [...] qui auraient convaincu le gouvernement d'aller plus loin».

Quant à la vente des droits sur l'île Anticosti à la société Pétrolia, la ministre a avancé, sur les ondes de Radio-Canada, qu'«on ne connaissait pas encore la technique de fracturation pour extraire le gaz de notre sous-sol». En fait, la technique de fracturation hydraulique était déjà utilisée aux États-Unis depuis une décennie.

«Le meilleur des deux mondes»

Même si l'État peut investir dans l'industrie, le gouvernement Charest continue de miser sur le secteur privé. «Est-ce qu'on peut arrêter au Québec de démoniser le secteur privé? C'est créateur de richesse et c'est créateur d'emplois», a soutenu Mme Normandeau.

«On a le meilleur des deux mondes», a fait valoir, hier, Jean Charest à l'Assemblée nationale. Des royautés pour Hydro-Québec et des redevances pour l'État, sans les risques. «Les contribuables québécois n'ont pas à prendre des risques dans une industrie à très, très haut risque», a-t-il dit.

De son côté, la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a tenté de savoir à quel prix Hydro-Québec avait cédé ses droits, ce que le gouvernement refusait toujours, hier, de révéler. «Le premier ministre a tout vendu à rabais en plus d'avoir liquidé l'expertise interne que nous avions à Hydro-Québec», a-t-elle déploré.

Le président de Pétrolia, André Proulx, a par ailleurs répété que l'entreprise savait dès 2008, soit au moment de l'acquisition des permis de la société d'État, qu'elle avait mis la main sur un secteur représentant un très bon potentiel pétrolier. Et selon lui, «Hydro-Québec savait la même chose que nous».

L'action de Pétrolia a profité directement du débat entourant le contrôle des ressources pétrolières qui seraient enfouies dans le sous-sol d'Anticosti. En à peine deux jours de séances à la Bourse de Toronto, le titre de l'entreprise a gagné plus de 50 %. Preuve que l'attention médiatique a du bon, la même action avait grimpé d'à peine 2 % la semaine dernière, dans la foulée de l'annonce des résultats positifs des travaux d'exploration menés l'été dernier. Bref, tout ce débat constitue une bonne nouvelle pour une société qui souhaite recueillir plus de 100 millions pour poursuivre ses travaux.
70 commentaires
  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 16 février 2011 02 h 07

    il faut nationaliser

    Tout ce qui est stratégique doit être nationalisé.

  • Pierre Cossette - Inscrit 16 février 2011 03 h 57

    La richesse pour qui ?

    Il y a une expression qui est en train de me donner l'urticaire. Créer de la richesse et cette expression dans la bouche de nos politiciens porte toujours un goût amer. Suffit pas de la créer cette satanée richesse ce serait bien de la répartir de temps à autre, et c'est une chose qui n'a pas été faite au Québec depuis les années 60 avec la nationalisation de l'électricité et la mise sur pied de la fonction publique. Le Québec est mûr pour une série de nationalisations à commencer par la forêt, viendraient ensuite les mines et notre richesse la plus importante l'eau. Mais qui aura le courage d'inverser la tendance on a eu les péquistes avant les libéraux et mis à part leurs tout premiers mandats ils ont fait marche arrière par la suite ils en ont décousu avec la social démocratie et cela a culminé avec les coupes salariales de 20 % dans la fonction publique et les mises à la retraite des médecins et infirmières dans les hôpitaux et le fameux déficit 0 à Lulu. Il n'y a vraiment qu'un parti qui prône une redistribution des richesses collectives au Québec présentement et ce parti se nomme Québec Solidaire et sa solidarité est clairement explicite elle vise le peuple pas une minorité de money junkies à la sauce libérale.

  • De St-Éloi - Inscrit 16 février 2011 05 h 34

    Le gisement de shale pétrolier d'Anticosti

    Ainsi, avant même de savoir les tenants et aboutissants en termes d'impacts environnementaux des gaz de shale et de l'extraction du pétrole de shale, le gouvernement investit. C'est effectivement une industrie à haut risque pour la population et l'environnement. Ce sont là des investissements éthiques? Il y a de toute façon une absurdité à vendre à bas prix des investissement pour les racheter par la suite.
    Je suis en faveur de la nationalisation pour des gisements qui comportent peu de risque environnemental et sociaux comment le gaz conventionnel ou le pétrole conventionnel, mais pas dans des zones sensibles comme le St-Laurent. le gisement Old Harry présente un cas particulier puisqu'il sera exploitée de toute façon, qu'on le veuille ou non.

  • Annabella Durocher - Inscrite 16 février 2011 06 h 28

    Ce Charest, une vrai poule pas de tête

    M. Charest présentement a l'air d'une vrai poule pas de tête. Il a déjà fait beaucoup de dégât. Nous voyons que la goutte de ses désastres économique depuis son entrée au pouvoir. Cela nous a coûté 30 000 000 $ pour le défendre. Il va annoncer qu'il a créé un genre de Ministère anticorruption. Il va donner le mandat à ce Ministère d'enquêter sur tout sauf sur son Gouvernement et le parti Libéral. Celà sens sa prochaine campagne électorale, tout pour bien paraître sauf les vrai choses. CHASSER LE NATUREL ET IL REVIENT AU GALO De plus, il est très mal entouré QUI S'ASSEMBLE CE RESSEMBLE.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 février 2011 06 h 29

    Les actionnaires

    Derrière André Proulx, il y a Pilatus Energy, des fonds institutionnels
    et un partenaire désigné du nom de « Luxembourg ».
    Si vous remontez la filière vous allez tomber sur Total.
    Qui dit Total dit Paul Desmarais.
    M. Paul dont le "chalet" à Charlesvoix n'est pas tellement loin des gisements....