Hydro voulait continuer à explorer

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Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Avant de céder au secteur privé l'ensemble des permis d'exploration gazière et pétrolière qu'elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d'évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois et du golfe du Saint-Laurent. Les libéraux ont toutefois mis fin aux activités de la division Pétrole et gaz de la Société d'État, un choix qui revient à avoir bradé les ressources en hydrocarbures du Québec, dénonce l'opposition.

Comme le révélait hier Le Devoir, le potentiel de vastes zones auparavant sous le contrôle d'Hydro-Québec semble de plus en plus intéressant. Uniquement pour les réserves pétrolières qui pourraient être extraites de l'île d'Anticosti, il s'agit d'une ressource qui pourrait valoir des milliards de dollars. Bref, l'État pourrait bien avoir fait une croix sur d'immenses retombées financières en cédant ses droits au secteur privé en échange d'une «redevance prioritaire» qu'Hydro-Québec refuse de divulguer.

Les péquistes avaient pourtant ouvert la voie à une participation de l'État avant de perdre le pouvoir, en 2003. Sous la gouverne de Bernard Landry, le Parti québécois avait en effet annoncé en novembre 2002 le lancement du Plan d'exploration pétrolière et gazière d'Hydro-Québec. «La mise en valeur de toutes nos ressources énergétiques s'impose, soulignait alors la ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais. L'exploration gazière et pétrolière, qu'elle soit terrestre ou qu'elle se déroule dans le golfe du Saint-Laurent, représente sans contredit des avantages à la fois économiques et énergétiques.»

Le développement de ce plan, évalué à 330 millions de dollars sur huit ans, avait été confié à la nouvelle division Hydro-Québec Pétrole et gaz. Le Plan stratégique 2002-2006 de la Société d'État insistait justement sur le fait que «Hydro-Québec est bien placée pour jouer un rôle de catalyseur pour l'industrie pétrolière et gazière au Québec, ce qui pourrait générer d'importantes retombées économiques pour le Québec».

L'idée était de s'assurer qu'Hydro-Québec participe au financement des activités d'exploration en s'associant à des entreprises possédant une expertise dans le secteur des hydrocarbures. L'État aurait ainsi retiré une partie des profits générés par une éventuelle exploitation, en plus des redevances et des impôts payés par les entreprises privées impliquées dans le développement de la filière hydrocarbures.

«Plusieurs de nos géologues nous disaient: un jour, nous ferons des découvertes importantes de gaz et de pétrole. Donc, nous voulions rester tout près comme l'ont fait des pays comme la Norvège», a d'ailleurs rappelé M. Landry la semaine dernière. La nature géologique de certains secteurs de même que l'interprétation des données géoscientifiques disponibles permettaient en effet de «présumer d'un grand potentiel de gaz naturel et de pétrole en sol québécois et dans le golfe du Saint-Laurent et son estuaire».

Changement libéral

Mais après la prise du pouvoir par les libéraux, Hydro-Québec a opté dès 2005 pour un changement de cap en annonçant un virage vers les «énergies renouvelables». Un changement clairement énoncé dans son Plan stratégique 2006-2010. Les investissements en exploration se sont donc limités à 30 millions de dollars, dont près de 10 millions pour l'île d'Anticosti. La division Pétrole et gaz d'Hydro-Québec a finalement été éliminée en 2007, et les permis détenus par la Société d'État ont été cédés au secteur privé.

On sait aujourd'hui qu'à eux seuls, ceux d'Anticosti pourraient valoir des milliards de dollars. Dans une thèse de doctorat datant de 1987 et portant sur le potentiel en hydrocarbures d'Anticosti, Rudolf Bertrand avait déjà établi que la plus grosse île du Québec recelait probablement le plus important potentiel pétrolier de la province, avec des réserves en place dépassant les 30 milliards de barils. La porte-parole d'Hydro-Québec, Marie-Élaine Deveault, a toutefois affirmé hier qu'au moment d'offrir les permis au secteur privé, «aucun résultat n'indiquait la présence d'un gisement commercialement exploitable».

Bernard Landry n'en juge pas moins que le retrait de la Société d'État de toute forme d'exploration a été une «catastrophe». «Nous aurions pu vendre nos terrains à un prix plus cher. Et aussi, nous aurions pu avoir des participations dans des projets futurs», a-t-il souligné. L'ancien premier ministre a déjà évoqué des retombées pouvant atteindre des milliards de dollars annuellement.

Selon le Parti québécois, les libéraux de Jean Charest ont tout simplement décidé de céder le contrôle total des ressources naturelles du Québec au secteur privé. «Le gouvernement est en mode "bradons les ressources naturelles au privé", a lancé hier le porte-parole péquiste en matière d'Énergie, Sylvain Gaudreault. C'est la même chose pour le pétrole, pour l'éolien ou le gaz de schiste. C'est vraiment un recul à la période pré-Révolution tranquille, alors que nos ressources appartenaient toutes au privé. C'est même un peu comme si Jean Charest et le p.-d.g. d'Hydro, Thierry Vandal, avaient un agenda caché.»

Selon lui, il est faux de prétendre qu'Hydro-Québec n'avait pas l'expertise nécessaire pour mener des travaux d'exploration. «C'est bizarre parce que toute l'expertise est allée au secteur privé», a souligné M. Gaudreault. Plusieurs anciens employés d'Hydro-Québec Pétrole et gaz et de la défunte Société québécoise d'initiatives pétrolières sont en effet passés au secteur privé au cours des dernières années.

Le député solidaire Amir Khadir estime quant à lui que les gestes effectués par les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir s'inscrivent dans une «entreprise prédatrice dans le but de faire main basse sur l'ensemble de nos ressources naturelles». Et selon M. Khadir, le Parti québécois, qui pourrait bien prendre le pouvoir dans un avenir rapproché, doit s'engager à «nationaliser» les ressources pétrolières et gazières du Québec.
75 commentaires
  • C. Boisvert - Abonnée 15 février 2011 01 h 58

    J'oscille entre la rage démente et le besoin de vomir.

    Rien d'autre à ajouter.

  • Fr. Delplanque - Inscrit 15 février 2011 02 h 12

    L'écologisme a servi à nous dépouiller collectivement

    Je note avec intérêt ces lignes :

    «Mais après la prise du pouvoir par les libéraux, Hydro-Québec a opté dès 2005 pour un changement de cap en annonçant un virage vers les «énergies renouvelables». Un changement clairement énoncé dans son Plan stratégique 2006-2010. Les investissements en exploration se sont donc limités à 30 millions de dollars, dont près de 10 millions pour l'île d'Anticosti. La division Pétrole et gaz d'Hydro-Québec a finalement été éliminée en 2007, et les permis détenus par la Société d'État ont été cédés au secteur privé.»

    L'écologisme a donc servi de raison ou de prétexte, c'est selon, pour nous dépouiller collectivement de ressources importantes. Personne n'a réagi à l'époque (et certainement pas les médias) parce qu'on a doré le message en l'enrobant dans un jargon écologique et en parlant de développement durable.

    L'écologisme rend idiot. Il est enseigné dans nos écoles dès 6 ans (voir les cours d'ECR qui glorifient les autochtones, ces premiers écologiques, ce qui est un anachronisme d'urbains romantiques du XXIe siècle et les cours d'univers sociaux).

  • Assez merci - Inscrit 15 février 2011 03 h 40

    Crime contre toute une population!

    Apauvrir une société entière volontairement pour en faire bénéfier que quelques uns est un crime, c`est de déposséder tout une Nation des ses avoirs, c`est du vol intentionel!
    Pas surprenant que charest nommait ses juges!
    Faut protéger ses arrières!

    Ou sont les juristes?

    Avez vous vu comment est les passes passes des libéraux pour privatiser les Petites Créances, la santé etc.?

  • Pierre Cossette - Inscrit 15 février 2011 03 h 57

    Gaz, pétrole forêts ...

    seraient des secteurs où la nationalisation pourrait fort bien s'appliquer. Lorsqu'on voit le bon jugement dont les forestières font preuve en zappant nos forêts depuis un siécle et demi et les rendements que les actionnaires des pétrolières demandent au mépris de toutes formes de sécurité environnementales on doit prendre en mains notre destin énergétique. Ce processus est en marche en Amérique du sud avec Hugo Chavez et tous les régimes de gauche qui pointent depuis une décennie. Les bandits à cravate doivent passer à la douche pour se faire décrasser sous leurs rutilants habits sinon l'avenir des paradis fiscaux est prometteur et les révolutions nous exploseront à la face partout autour du globe. Et ce gouvernement de gauche au Québec après bien des espoirs déçus sera Québec Solidaire qui prendra fait pour le bien commun, dehors les vieux partis ce sont eux qui nous ont menés où nous sommes j'ai hâte aux prochaines élections pour voir si les québécois seront conséquents avec leur degré d'indignation.

  • Jacques Morissette - Abonné 15 février 2011 04 h 21

    En votant Libéral, aurait-on voté pour une taupe du privé qui s'est immiscée dans les intérêts du Québec?

    C'est comme si le parti Libéral était une taupe à la solde du privé et que le but de la taupe est de remettre dans les mains du privé nos ressources naturelles, autant que possible. C'est vraiment très grave!

    Quant aux commentaires de la porte parole d'Hydro Québec, supposons le pire scénario, je ne vois pas qu'elle aurait été son intérêt de dire le contraire de ce qu'elle a dit, à savoir « qu'au moment d'offrir les permis au secteur privé, «aucun résultat n'indiquait la présence d'un gisement commercialement exploitable».

    C'est vraiment très grave pour les intérêts du Québec. Mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas ce qui s'est passé. Depuis que les Libéraux sont au pouvoir, à propos des intérêts du >Québec, j'en aurai vu de toutes les couleurs. Semblable à un vrai feu d'artifice défendu par des commentaires des Libéraux que je soupçonne artificiels et aveuglants.