Bouchard à la rescousse de l'industrie du gaz de schiste

L’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard prendra la relève d’André Caillé pour tenter de rendre l’exploitation des gaz de schiste acceptable aux yeux des Québécois.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard prendra la relève d’André Caillé pour tenter de rendre l’exploitation des gaz de schiste acceptable aux yeux des Québécois.

C'est désormais l'ancien premier ministre Lucien Bouchard qui dirigera le lobby du gaz de schiste. Ce dernier vient en effet d'hériter du poste de président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, en remplacement d'André Caillé. Une nomination saluée par la ministre Nathalie Normandeau, qui estime que son arrivée devrait «apaiser les choses». Les groupes écologistes le voient plutôt comme un «nouveau vendeur» au service d'une industrie résolument impopulaire.

Signe de la stratégie que M. Bouchard entend utiliser pour rallier les Québécois à sa cause, il a insisté d'entrée de jeu sur les impacts financiers positifs de l'exploitation de cette source d'énergie fossile. «Je vois la découverte au Québec de volumes importants de gaz naturel comme un atout très important pour notre développement économique et le financement des missions de notre État», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

L'ancien ministre fédéral de l'Environnement a cependant tenu à répéter le discours de l'industrie et du gouvernement voulant que la filière gazière doive mener ses activités de façon responsable. «Je suis tout à fait conscient de la nécessité de procéder à ce développement dans le plein respect d'exigences exemplaires du point de vue de l'environnement, de la sécurité publique, de la transparence et de l'acceptabilité sociale. S'impose également la nécessité de faire de ce développement une contribution réelle à l'enrichissement public et non pas seulement privé.»

«J'entends donc remplir mon mandat dans la conciliation des préoccupations et des enjeux de toutes les parties intéressées, mais surtout avec la certitude de devoir travailler dans le meilleur intérêt de notre collectivité», a ajouté M. Bouchard. Reste à savoir s'il parviendra à convaincre des Québécois de plus en plus sceptiques du bien-fondé l'exploitation des gaz de schiste. Celui-ci n'a pas accordé d'entrevues hier et il ne devrait pas le faire avant son entrée en poste, prévue le 21 février.

Quant à André Caillé, il continuera de représenter l'entreprise Junex auprès de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) et devrait donc travailler en collaboration avec M. Bouchard. Cet ardent défenseur du gaz de schiste quitte ses fonctions après avoir été la cible de très nombreuses critiques au cours des derniers mois en sa qualité de porte-parole du lobby de l'énergie fossile. Il s'était même retiré des activités de l'Association pétrolière et gazière pendant quelques semaines l'automne dernier, après la série de soirées d'information organisées par l'industrie pour tenter de calmer le jeu. Il n'a pas été possible de lui parler hier.

Bonne nouvelle

Si l'arrivée de M. Bouchard dans ce débat houleux en a surpris plusieurs, elle a été saluée comme une bonne nouvelle par la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau. Le gouvernement Charest compte d'ailleurs sur l'ancien premier ministre péquiste pour apaiser les craintes de la population à l'égard de l'exploitation du gaz de schiste. «C'est une heureuse nomination, a livré au Devoir la ministre Normandeau. Ça va apaiser les choses.»

«Ses qualités de leader vont contribuer à assainir le débat», estime la vice-première ministre. Elle a décrit Lucien Bouchard comme «un homme de gros bon sens, un rassembleur, un homme très rigoureux». Elle a vanté la grande «crédibilité» de l'homme «étant donné qu'il a occupé les hautes fonctions au Québec».

«Il faut ramener le débat sur les rails dans la mesure où il faut que ce soit rationnel. Il faut maintenant avoir des échanges qui vont au-delà de l'émotivité qu'on a connue ces dernières semaines, ces derniers mois», a avancé la ministre. Avec la nomination de Lucien Bouchard, le débat va prendre «une autre tournure», croit-elle. Le gouvernement souhaite que le débat sur l'industrie des gaz de schiste «repose sur des éléments scientifiques, objectifs. C'est pour ça que le rapport du BAPE va prendre une importance particulière dans les circonstances.»

Nathalie Normandeau a affirmé que la position du gouvernement à l'égard de l'exploitation du gaz de schiste n'a pas changé d'un iota même si le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand s'est dit «préoccupé», affirmant vendredi que «l'industrie n'avait pas le contrôle de la situation».

«Ce que Pierre et M. Charest ont dit, c'est la position gouvernementale, a-t-elle soutenu. Le développement d'une filière gazière ne se fera pas à n'importe quel prix. S'il y a des gazières au Québec qui ne désirent pas se plier aux standards qu'on souhaite améliorer, augmenter et bonifier, bien, elles peuvent aller investir ailleurs. Il y a d'autres États où elles peuvent investir.»

La ministre a rappelé qu'avant Lucien Bouchard, un autre premier ministre du PQ, Bernard Landry, s'était prononcé pour l'exploitation des gaz de schiste, tout comme les anciens ministres péquistes Jacques Brassard et André Boisclair. «Mme Marois aurait intérêt à s'inspirer du gros bon sens véhiculé depuis des mois par ses anciens collègues pour ajuster le tir», a-t-elle dit.

Au PQ, on a indiqué hier que l'entrée en scène de Lucien Bouchard ne changeait aucunement la position du parti, qui réclame toujours un moratoire sur l'exploration gazière. Pour le député de Jonquière et porte-parole en matière d'énergie, Sylvain Gaudreault, l'APGQ a recruté Lucien Bouchard pour ses talents de négociateur parce que l'imposition d'un moratoire est imminente. «Ça annonce un changement d'attitude de la part du gouvernement.»

Scepticisme

Les écologistes et les citoyens mobilisés dans le dossier des gaz de schiste n'ont pas été très impressionnés par la nomination de Lucien Bouchard.

Pour Daniel Breton, du mouvement Maîtres chez nous au 21e siècle, cette nomination constitue même «un manque de respect supplémentaire de la part d'une industrie qui préfère offrir au public un nouveau vendeur plutôt que de tenir enfin compte des préoccupations légitimes des citoyens. Il serait surprenant que Lucien Bouchard change les politiques de ce groupe industriel, car qu'est-ce qu'il connaît à l'énergie? J'ai bien hâte aussi de l'entendre, comme ancien premier ministre souverainiste, nous dire ce qu'il pense de la privatisation de cette ressource publique».

«Je pense plutôt, conclut Daniel Breton, qu'on aura droit maintenant au point de vue du chef des Lucides, car si on se rappelle leur manifeste, ce dernier ne contenait même pas une fois le mot "environnement". Ça me donne l'impression que les valeurs de l'ancien ministre fédéral de l'Environnement ont changé.»

Pour Serge Fortier, du Comité de vigilance gaz de schiste Lotbinière-Bécancour, «Lucien Bouchard est là pour redorer l'image d'une industrie mal en point et qui veut toujours aller de l'avant avec un minimum d'encadrement, sans tenir compte de la façon la plus élémentaire du principe de précaution». Il prédit que cette nomination va «provoquer une certaine pagaille» dans les rangs du PQ, où on défend l'idée d'un moratoire sur l'exploration.

Pour André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, «ce n'est pas la nomination d'un troisième porte-parole en moins d'un an dans cette industrie qui va régler les problèmes de fuites, de transparence et de prévention de l'industrie du gaz. Mais comme ancien ministre de l'Environnement, j'espère que Lucien Bouchard affichera une plus grande sensibilité envers la protection de l'environnement, au risque d'y perdre lui aussi sa crédibilité. Mais je pense plus concrètement qu'il ne parviendra pas à changer le portrait écologique, économique et social de cette industrie».

En réalité, poursuit cet écologiste de la première heure, «la vraie surprise, c'est de voir Lucien Bouchard revenir à la vie politique derrière une industrie aussi peu crédible. Il faudra voir si les idées qu'il a défendues dans le groupe des Lucides vont tenir lieu de politiques à l'industrie gazière, qui ne manifeste pas beaucoup, elle non plus, d'empathie envers les citoyens et les préoccupations environnementales».
101 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 26 janvier 2011 00 h 10

    A quoi s'attendre d'autre de cet homme de droite ?

    .

    Rien de surprenant de voir Lucide Bouchard faire de l'aveuglement volontaire pour enrichir ces exploiteurs et oppresseurs du peuple.

    Cet homme est l'allié de l'entreprise privée et non le défenseur des citoyens !

    Vive Amir !

    Vive Québec Solidaire !

    _______________________

    Christian Montmarquette

    QS- Montréal

    .

  • Vincent Bussière - Inscrit 26 janvier 2011 02 h 23

    Rien que du blabla!

    Avec Lucien Bouchard ça sera rien que du bla bla! pas autres chose que du blabla! Ils ont recruté un professionnel blablateur pour nous faire avaler une couleuvre.

  • Mario Lacroix - Inscrit 26 janvier 2011 02 h 41

    Des gaz lucide ?

    L'industrie des gaz des gaz de schiste, a des bons amis! mais je ne pense pas que Lucien Bouchard changera l'opinion des gens sur ce sujet, au contraire cela ne fera que raffermir la détermination des opposants qui veulent que cet industrie fasse les choses de la bonne manière et que ceux qui en seront conséquemment affectés soient correctement dédommagés dans le respect et que notre environnement en soit également protégé, et non pas que seulement abusé. Nous avons besoin d'argent pour nos hôpitaux, l'éducation et pour nos aînés ! spécialement en ces temps d'incertitudes.

    D'abord, dans les faits c'est Jean Charest qui nous fait la surprise avec cette annonce des gaz de schiste et plusieurs en auront été également surpris. Ensuite ce sont les informations bidons reçu de ces entreprises, et puis toutes ces fuites découvertes dernièrement par des inspections, et là c'est Jean Charest qui vient se faire rassurant en annonçant que si cette industrie ne sait pas faire les choses de la bonne manière il n'y aura pas de gaz de schiste. Mais là c'est Lucien Bouchard qui apparaît dans le décors ?

    WoW!!!
    Y la veulent vraiment !!!
    Toujours pas de moratoire, mais Lucien s'en viens !!!

    Je ne sais pas pourquoi mais j'ai dont l'impression que nos ressources naturelles sont en ce moment extrêmement convoitées. Le dessous de nos terrains et de nos terres ne nous appartiennent pas, c'est à la Reine d'Angleterre. Nous sommes dans un pays du Commonwealth, c'est à dire que nous sommes dans une monarchie constitutionnelle, et que notre premier ministre du canada en est le monarque, la Reine d'Angleterre est en haut de tout ça. Donc la Reine est une sorte de propriétaire du Canada et ainsi tout le sous sol lui appartient. Stephan Harper est au pétrole et Jean Charest qui était conservateur il n'y a pas si longtemps est maintenant au gaz de shiste libérale avec Lucien Bouchard ben coudon ça s'adonne que lui aussi il était conservateur.
    Ça bien du mo

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 janvier 2011 04 h 52

    Sa motivation

    Qu'est-ce qui motive M.Bouchard a prendre a la vole un dossier aussi embourber. 2 anciens pequistes qui vont donne un coup de main au liberaux c'est tres moyen ca quand meme. J'ai hate de les voir pedaler dans ces dossiers chauds. Mme Lemieux je comprends qu'elle a besoin de travaille encore jeune la madame mais Bouchard c'est l'avant scene qui lui manque non je ne comprends pas.

  • Frédéric Dupuis - Inscrit 26 janvier 2011 05 h 00

    Lucidité

    C'est drôle, j'ai la nette impression que ce grand lucide n'aura pas comme projet de mettre fin à la «culture de la gratuité» dont bénéficient les gazières dans ce dossier. Car contrairement aux gens ordinaires qui devraient se résigner à payer plus pour les services publics, les gazières ont le droit inné d'exploiter une ressource publique quasi-gratuitement.

    C'est quand même désolant de voir Lucien Bouchard tomber aussi bas.