Accès refusé pour quatre sikhs au parlement

Québec — Quatre membres de la Work Sikh Organization of Canada (WSO), venus présenter leur mémoire relatif au projet de loi 94 sur les accommodements raisonnables dans l'administration publique, se sont vu refuser l'accès au parlement parce qu'ils ne voulaient pas se départir de leur kirpan.

Pour la direction de la sécurité de l'Assemblée nationale, il n'était pas question d'accorder un accommodement aux quatre sikhs, venus de Toronto, d'Ottawa et de Montréal, qui devaient comparaître devant la Commission des institutions et la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, qui parraine le projet de loi 94. «C'est la politique de l'Assemblée nationale», a expliqué le directeur de la sécurité, Pierre Duchaine. «Que le kirpan soit un symbole religieux ou pas, ça demeure une arme blanche. Nos règlements se font sans égard aux valeurs religieuses.»

Selon M. Duchaine, n'importe quel individu affublé d'une barbe et d'un turban pourrait arriver au parlement avec un kirpan sans être un sikh. L'Assemblée nationale ne pourrait pas non plus se prémunir contre un forcené. «Ce n'est pas parce que vous êtes un membre d'une religion X ou Y que vous ne pouvez pas avoir des problèmes mentaux», a-t-il fait valoir. Le port du kirpan est interdit dans les avions de ligne, a ajouté M. Duchaine.

Le conseiller juridique Balpreet Singh, un des quatre membres de la WSO refoulés hier matin, s'est dit très surpris de la position de l'Assemblée nationale, même si le secrétaire de la Commission l'avait avisé la veille que les sikhs devaient laisser leur kirpan à la consigne pour être admis. M. Singh a soutenu que leur religion les obligeait à porter leur kirpan en tout temps.

Au Canada, il semble bien que l'Assemblée nationale soit le seul parlement à interdire le port de ce symbole religieux dans son enceinte. La direction de la sécurité du parlement canadien n'y voit aucun problème, a-t-on d'ailleurs confirmé hier. M. Singh croit que l'Assemblée nationale doit changer ses règles.

Il existe toutefois un précédent. En février 2010, 20 membres d'une communauté religieuse sikhe ont tenu une cérémonie au parlement, dans un des salons privés du restaurant Le Parlementaire. Dix-neuf d'entre eux ont accepté de déposer leur kirpan à la consigne. Leur chef religieux, qui portait deux kirpans, s'est départi du plus long pour ne garder qu'une arme de trois pouces afin d'officier la cérémonie. Il fut toutefois escorté par un constable.

Kathleen Weil a dit vouloir rester «neutre» dans cette affaire. «Il faut respecter l'indépendance des institutions», a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, les consultations publiques sur le projet de loi 94 ont pris fin hier. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a comparu: elle s'est montrée critique. Son président, Gaétan Cousineau, a rappelé que les accommodements n'étaient pas des privilèges consentis par l'État, mais une obligation pour lui.

Aussi, l'État ne peut pas imposer de façon absolue à tous ceux qui reçoivent des services de l'État de le faire à visage découvert, d'autant plus que le projet de loi 94 vise, sans les nommer, les femmes musulmanes. «Stigmatiser ainsi la femme de religion musulmane à visage couvert peut entraîner du profilage racial», écrit la CDPDJ dans son mémoire. Dans sa mouture actuelle, le projet de loi 94 présente des «effets pervers» et pourrait «exacerber l'exclusion» des femmes portant le niqab.

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