Objets de l'année 2010 - L'émergence de Mme Post-it

Depuis la commission Bastarache, une dame a un nouveau surnom: Chantal «Post-it» Landry. Au cabinet de Jean Charest, depuis 2003, cette ancienne candidate libérale s'occupe des relations avec le parti. Elle y manipule le «papillon adhésif amovible» (selon la traduction suggérée par l'Office de la langue française) avec une telle efficacité qu'elle fut promue en 2008 directrice adjointe de la garde rapprochée du premier ministre. Qu'inscrit-elle sur ces petits papiers jaunes? L'allégeance politique des candidats à la magistrature, entre autres choses. C'est LA plus importante révélation des audiences de cette commission d'enquête non voulue et considérée par plusieurs comme une diversion pour éviter les trois «CO»: construction, collusion, corruption.

L'invasion des post-it dans les bureaux date d'à peine 30 ans. La force de cette marque devenue substantif (comme Kodak et Frigidaire) est son adhésif, qui colle sans coller. Pour les nominations partisanes, cette invention mise en marché en 1980 (la colle, elle, avait vu le jour dans les labos de 3M en 1968) a un avantage: passer une information cruciale mais taboue, puis être décollée et jetée sans laisser de trace. Polyvalent, le post-it permet aussi d'ajouter une information après coup. C'est ce dont l'avocat de Jean Charest, André Dugas, accusa le seul témoin pro-Bellemare, Georges Lalande, ancien sous-ministre à la Justice. Ce dernier a juré d'avoir pris, en 2003-2004, des notes précises sur des post-it, pour ensuite les coller aux dernières pages de son agenda. Dugas n'y a vu que mensonges: «Ce qui est écrit dans les post-it [de M. Lalande], ce sont à peu près les paroles prononcées huit ans plus tard devant vous [monsieur le commissaire] par monsieur Bellemare.» Avant le 31 janvier 2011, nous pourrons à notre tour coller moult «papillons» en marge du rapport final de Michel Bastarache. Jean Charest, lui, espère qu'avant l'automne toutes ces feuilles seront décollées et oubliées.

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