Hydro gâte ses ingénieurs

Ainsi, les ingénieurs d'Hydro-Québec de niveau II toucheront au sommet de l'échelle des augmentations cumulatives de 11,9 % de 2009 à 2013, tandis que leurs collègues de niveau III encaisseront 12,99 % de plus.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ainsi, les ingénieurs d'Hydro-Québec de niveau II toucheront au sommet de l'échelle des augmentations cumulatives de 11,9 % de 2009 à 2013, tandis que leurs collègues de niveau III encaisseront 12,99 % de plus.

Québec — Des ingénieurs d'Hydro-Québec, dont les employés forment déjà une caste privilégiée au sein de l'appareil d'État, ont réussi à obtenir des hausses de salaire bien supérieures à celles consenties aux autres salariés de l'État.

Alors que les employés de l'État, à l'exception des infirmières et de quelques rares enseignants, ont dû se contenter de maigres augmentations de salaire de 0,5 % en 2010 et d'un total de 6,14 % pour les cinq années que durent leur convention collective, les ingénieurs d'Hydro-Québec de niveaux II et III, au sommet de l'échelle, ont eu droit à des hausses de salaire deux fois plus importantes. Ainsi, les ingénieurs d'Hydro-Québec de niveau II toucheront au sommet de l'échelle des augmentations cumulatives de 11,9 % de 2009 à 2013, tandis que leurs collègues de niveau III encaisseront 12,99 % de plus. Près de 80 % des ingénieurs d'Hydro-Québec sont de niveau II et III et ils auront droit à terme à ce que le Syndicat professionnel des ingénieurs d'Hydro-Québec (SPIHQ) a déjà qualifié de «rattrapage».

Or, les 1700 ingénieurs d'Hydro-Québec sont déjà beaucoup mieux payés que les ingénieurs du gouvernement du Québec. Un ingénieur de niveau III au gouvernement touche un salaire de 81 742 $, tandis que le même ingénieur chez Hydro-Québec empoche 103 245 $, pour un écart de 26 %, salaire auquel s'ajoute une prime d'«intéressement» de 4,5 % en fonction des résultats de la société d'État. Il s'agit d'un avantage de plus de 30 %. Les ingénieurs les mieux payés chez Hydro-Québec ont droit à un salaire annuel de 117 604 $, contre 84 904 $ au gouvernement, soit une différence de 38,5 %.

Au printemps, la direction d'Hydro-Québec avait dû retirer une offre encore plus généreuse, invoquant que «les perturbations économiques que nous connaissons ont forcé tous les intervenants à revoir leur plan de match, y compris, comme vous le savez, l'État québécois». À la fin de septembre, le médiateur du ministère du Travail transmettait au syndicat une «hypothèse de règlement» contenant des éléments de «rattrapage» qui doublaient les hausses de salaire des niveaux II et III. Lors d'une assemblée au début d'octobre, les membres du SPIHQ ont approuvé à 71 % cette entente de renouvellement de leur convention collective pour la période 2009-2013. Le président du syndicat, Ramzi Chahine, a refusé d'expliquer au Devoir les avantages conférés par l'entente.

Chez Hydro-Québec, le porte-parole Louis-Olivier Batty a indiqué que ces hausses de salaire «respectent encore une fois le mandat donné à Hydro-Québec par le gouvernement pour la négociation de ses conventions collectives». Ce sont des «correctifs» qui ont été apportés «afin d'assurer une équité basée sur les responsabilités et les compétences en fonction de catégories d'emplois similaires dans l'entreprise», a expliqué le porte-parole.

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a indiqué au Devoir hier que c'était son prédécesseur, Monique Gagnon-Tremblay, qui avait défini le mandat d'Hydro-Québec relativement aux négociations avec ses ingénieurs. «Les négociations ne relèvent vraiment pas de nous. Tout ce qu'ils viennent faire, c'est venir chercher leur cadre financier et leurs paramètres salariaux. Je peux vous dire qu'ils respectent leur cadre financier», a-t-elle soutenu.

Michelle Courchesne a précisé qu'elle n'avait pas pris connaissance des détails de l'entente intervenue avec les ingénieurs d'Hydro-Québec. «Une négociation peut, à certains moments, être l'occasion de rétablir des principes d'équité», a-t-elle cependant affirmé d'une façon générale.

Dans cette optique, la présidente du Conseil du trésor a tenu à défendre l'entente intervenue avec les infirmières. Selon elle, les infirmières ont obtenu la même hausse de salaire que tous les autres employés de l'État: ce sont des «primes» qui font en sorte qu'elles gagnent plus. «Il y a un 2 %, qui est une prime de rétention pour les corps d'emploi qui sont en situation de pénurie et de vulnérabilité lorsqu'on donne un soin continu aux patients», a-t-elle fait valoir.

Certaines infirmières — celles qui travaillent la nuit aux soins intensifs par exemple — ont obtenu une hausse de leur rémunération de 30 % en cinq ans, soit cinq fois plus que les paramètres salariaux de base. «La négociation a été basée sur le principe de l'équité, et ça, les chefs syndicaux l'ont reconnu», a signalé Mme Courchesne.

«Le plus grand exemple qu'on a connu dans l'histoire récente, c'est le rattrapage des médecins spécialistes», a rappelé Michelle Courchesne. En effet, entre 2007 et 2015, les médecins spécialistes ont obtenu un redressement de 25 % de leur rémunération en s'appuyant sur des comparaisons interprovinciales.

«On va avoir de plus en plus une préoccupation [portant] sur les pénuries et sur les rétentions», a-t-elle souligné. En dévoilant sa politique-cadre en matière d'informatique la semaine dernière, Michelle Courchesne s'était dite préoccupée par les problèmes de rétention des informaticiens et des ingénieurs de l'État. La présidente du Conseil du trésor vient d'ailleurs d'amorcer des négociations avec les ingénieurs du gouvernement, qui réclament la parité avec les ingénieurs d'Hydro-Québec, un sujet sur lequel elle n'a pas voulu s'étendre.
27 commentaires
  • jacques gelineau - Abonné 16 décembre 2010 06 h 07

    Comme d'habitude justification boiteuse.

    Tout les entreprises ont les même défis de rétention de main d'oeuvre qualifié et ont les même défis a relever pour rester en selle. Mais une entreprise publique dois se conformer au même standard que les employés spécialisés dans tout les secteurs d'activités publique , c'est une question d'équité. Hydro c'est toujours comporter comme si elle n'avait de comptes a rendre a personne, ceci doit changer et l'on doit fixer des balises aux dirigeants qui a mon avis devraient être congédiés et remplacer par des dirigeants qui accepteront la transparence. DE plus ses même dirigeants qui se donnent des salaires au dessus des autres ne sont même pas capables d'orienter la société d'état dans la direction du 21 ieme siècle et continuent de détruire nos rivières a une cadence accélérée plutôt que de mettre les efforts et prendre la tangente de l'efficacité énergétique et du changement d'équipements qui fait en sorte que notre consommation est au delà de ce que nous devrions consommer pour affronter les défis qui se pointent a l'horizon de l'avenir. Une commission nationale de l'énergie est de plus en plus requise pour orienter l'avenir de la société d'état et faire la lumière sur ce qui se passe avec ses dirigeants.

  • maurice borduas - Inscrit 16 décembre 2010 07 h 21

    nos ingénieurs

    je pense que notre compagnie hydro québec doit les payer ce salaire et plus les raisons sont que la demande pour ingénieurs en hydro-électricité est très haute mondialement et que la province de terre- neuve qui veut partir le gros projet des chûtes- churchill, va venir nous les soutirer et les engager a un salaire énormément plus haut de ce qui leur est payé en ce moment ici, nous sommes les meilleurs au pays et reconnu mondialement dans le monde, nous ne pouvons pas perdre ceux qui nous ont propulsé au sommet de notre patrimoine, personnel a 120,000$ par année, parce que en déduisant le taux d'imposition de 40% il retourne au gouvernement 48,000$ en impôt, ,ce qui lui fait un salaire de 72,000$ par année pour des professionnels cela n'est pas énorme

  • Bernard Gervais - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 06

    M. Bachand avait pourtant dit que....

    Lors de la présentation de son budget au mois de mars, le ministre Raymond Bachand avait pourtant insisté sur le fait que, compte tenu de la situation très critique des finances d'État québécois, les contribuables seraient appelés « se serrer la ceinture » encore plus et que son gouvernement, de son côté, en ferait autant en s'imposant des mesures austères afin de réduire ses dépenses...

    Cependant, à la lecture du présent reportage, il semble bien que ce régime minceur ne touchera pas tout le monde !

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 08

    1700 ingénieurs chez Hydro!

    Ils font quoi de leurs journées? Une fois que le réseau est monté, tout repose sur l'entretien. Alors, que font ces 1700 ingénieurs???

  • - Abonné 16 décembre 2010 08 h 33

    Niveler par le bas encore une fois

    Pour certains, au Québec on a pas le droit d'être bien rénuméré. On veut toujours niveler par le bas. Hydro Québec est une grande entreprise dont nous devrions être fier. On se doit de bien rénumérer nos ingénieurs sinon on va les perdre. Il n'est pas juste de comparer leurs salaires à ceux du gouvernement du Québec. Tout le monde sait bien que les employés de la fonction publique dans bien des secteurs sont sous payés. Il faut plutôt comparer avec le secteur privé. Sinon les plus compétents et doués iront ailleurs.