Des services d'ingénierie de luxe aux Transports

Dans le cas présent, le mandat de maîtrise d'oeuvre a été confié à un consortium d'entreprises de génie pour simplifier, dit-on au ministère, l'organisation de la circulation automobile et pour garantir de façon uniforme la santé et la sécurité sur les chantiers compte tenu du fait que deux entrepreneurs étaient impliqués.
Photo: - Le Devoir Dans le cas présent, le mandat de maîtrise d'oeuvre a été confié à un consortium d'entreprises de génie pour simplifier, dit-on au ministère, l'organisation de la circulation automobile et pour garantir de façon uniforme la santé et la sécurité sur les chantiers compte tenu du fait que deux entrepreneurs étaient impliqués.
À l'heure des tentatives pour contrer la collusion dans l'industrie de la construction et pour faire en sorte que la population paie le juste prix des infrastructures, les coûts rattachés à ces deux projets réalisés le printemps dernier sur l'autoroute 20, à la hauteur de Saint-Mathieu-de-Beloeil, étonnent. Le dossier analysé par Le Devoir à partir des informations transmises par le ministère des Transports (MTQ) montre que les honoraires payés aux ingénieurs ont atteint 22 % du coût des travaux pour le viaduc et 53 % pour le coût du chantier de la route adjacente.

La grille tarifaire gouvernementale prévoit plutôt le paiement de services d'ingénierie correspondant à environ 10 % des travaux pour des ouvrages complexes. En appliquant ce pourcentage (un maximum selon les documents consultés), il semble que le MTQ ait dépensé un surplus de 1,5 million en services d'ingénierie sur un total de 2 568 000 $.

Selon une source au sein de la fonction publique québécoise, la règle des 10 % donne un ordre de grandeur tout à fait réaliste. «Pour le viaduc et la route, la proportion des frais d'ingénieurs est énorme. C'est trop cher payé», a dit cette personne sous le couvert de l'anonymat.

Le paiement des honoraires des services d'ingénierie est régi par un décret gouvernemental (1235-87). Il existe des taux horaires variables ainsi que des pourcentages régressifs applicables selon la complexité et les coûts des travaux à réaliser.

C'est la firme Dessau et le consortium Génivar-Dessau qui ont raflé les contrats de génie.

Le génie à coût élevé

Concrètement, les services d'ingénierie pour le viaduc (pont d'étagement) qui surplombe l'autoroute 20 à la hauteur de Saint-Mathieu-de-Beloeil se chiffrent à 1 650 000 $. Cela représente 22 % du coût du chantier de 7,3 millions de dollars. Les travaux ont été réalisés par Construction Louisbourg, une des entreprises de Tony Accurso, qui vient d'être reconnue coupable d'évasion fiscale (pour 3,35 millions de dollars) à la suite d'une enquête de l'Agence du revenu du Canada.

Dessau a effectué pour 450 000 $ la conception du pont d'étagement, ce qui inclut la préparation des avant-projets définitifs ainsi que les plans et devis. S'ajoute à cette somme la maîtrise d'oeuvre (400 000 $) qui a été confiée au consortium Génivar-Dessau. Les mêmes partenaires d'affaires ont effectué la surveillance des travaux de Louisbourg pour 800 000 $, soit l'équivalent de huit personnes payées 100 000 $ pendant une année entière.

La route 229 passe sur ce pont d'étagement. Un chantier en entraînant un autre, le MTQ a octroyé un contrat pour reconstruire la chaussée, les feux de circulation, l'éclairage et le surfaçage de cette route pour un total de 1 729 520 $. C'est également l'un des gros joueurs de l'industrie, Construction DJL, qui a obtenu le contrat.

Pour ce chantier, les services d'ingénierie ont coûté 918 000 $, soit 53 % par rapport au coût des travaux effectués. La firme lavalloise Dessau a réalisé les plans et devis (documents préliminaires et définitifs) pour ces travaux (320 000 $). Dessau a obtenu en sus le contrat de surveillance des travaux pour la route 229, soit une somme de 198 000 $.

Quant à la maîtrise d'oeuvre du projet, elle a été assumée par le consortium Génivar-Dessau pour une somme de 400 000 $.

Au MTQ, on souligne que la maîtrise d'oeuvre est normalement assurée par l'entrepreneur en construction; il ne s'agit donc pas de services professionnels à proprement parler, bien que le ministère les ait payés ainsi. Au MTQ, on a d'ailleurs cherché à convaincre Le Devoir d'extraire ces coûts de maîtrise d'oeuvre des services professionnels et de plutôt les additionner aux coûts de construction du pont d'étagement de la route 229.

La source de la fonction publique souligne par ailleurs que le transfert de coûts de construction entre les mains du génie-conseil «pose problème». Cette façon de faire ne serait toutefois pas généralisée.

Dans le cas présent, le mandat de maîtrise d'oeuvre a été confié à un consortium d'entreprises de génie pour simplifier, dit-on au ministère, l'organisation de la circulation automobile et pour garantir de façon uniforme la santé et la sécurité sur les chantiers compte tenu du fait que deux entrepreneurs étaient impliqués.

Outre ce commentaire, le MTQ s'est borné à dire qu'«il n'y a pas de recette unique». «Les besoins par rapport à l'expertise en génie-conseil diffèrent d'un projet à l'autre», a affirmé Guillaume Lavoie, porte-parole du MTQ.

Tous ces contrats ont été octroyés depuis avril 2009 et les travaux ont commencé le printemps dernier. L'unité anticollusion du MTQ était donc déjà en place.

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