Courchesne ouvre la porte au logiciel libre

Contrairement aux logiciels brevetés par les géants informatiques comme Microsoft, le logiciel libre permet aux utilisateurs d’avoir un meilleur contrôle sur les systèmes qu’ils utilisent, plaident ses défenseurs. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Robyn Beck Contrairement aux logiciels brevetés par les géants informatiques comme Microsoft, le logiciel libre permet aux utilisateurs d’avoir un meilleur contrôle sur les systèmes qu’ils utilisent, plaident ses défenseurs.

Québec — La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, présentera aujourd'hui une politique-cadre pour inciter l'administration publique et les réseaux de la santé et de l'éducation à envisager l'utilisation du logiciel libre.

«Le virage est urgent, mais il est gros», a résumé Mme Courchesne devant les participants du Salon du logiciel libre à l'Université Laval. Mais attention, a-t-elle ajouté, «on ne va pas transformer toutes les licences du gouvernement du jour au lendemain».

Quand même: la politique-cadre va encourager l'appareil gouvernemental à «analyser» la possibilité d'un recours au logiciel libre quand il procède à des acquisitions et à en évaluer les avantages et les coûts.

À cela s'ajoute la création d'une table de concertation qui réunira dès 2011 des responsables du gouvernement et des représentants de l'industrie. Mme Courchesne a par ailleurs tenu à faire savoir qu'elle suivrait personnellement l'évolution du dossier. Elle espère obtenir des résultats significatifs d'ici «deux ou trois ans».

Par ailleurs, Québec déposera aujourd'hui un projet de loi portant sur les «ressources informationnelles».

Contrairement aux logiciels brevetés par les géants informatiques comme Microsoft, le logiciel libre permet aux utilisateurs d'avoir un meilleur contrôle sur les systèmes qu'ils utilisent, plaident ses défenseurs. Surtout, ils sont généralement plus abordables.

La présidente du Conseil du trésor ne s'en cache pas: le gouvernement a investi énormément en informatique, et pas toujours pour le mieux. Soulignant qu'on injectait chaque année 2,6 milliards dans les ressources informatiques, elle a dit vouloir s'assurer que cet argent est bien géré.

Après avoir centralisé l'informatique au cours des années 1980, le gouvernement a viré de bord et décentralisé massivement à la fin des années 1990, a-t-elle raconté, avant de déplorer qu'au fil du processus, le gouvernement ait «laissé aller beaucoup d'expertise».

Or il est faux de croire qu'il n'y a pas de logiciel libre au gouvernement, a-t-elle signalé. «Il s'en fait. [...] Le ministère de la Sécurité publique a même gagné un prix pour un logiciel libre de cartographie.»

En revanche, les résistances sont grandes et les gestionnaires auront besoin d'être «rassurés», a-t-elle lancé sur le ton de la mise en garde. «Est-ce que ceux qui sont venus les intégrer vont pouvoir donner une espèce de service après-vente en cas de besoin?»

Quelques minutes auparavant, le doyen de la Faculté d'administration, Robert W. Mantha, avait comparé l'arrivée du logiciel libre à l'invention de l'imprimerie par Gutenberg. Or Gutenberg, disait-il, avait l'avantage d'intervenir dans une sorte de désert technologique tandis que le logiciel libre se bute aux intérêts de compagnies de logiciels bien implantées.

C'est décidément l'année des grands succès pour cette industrie, qui remporte une victoire politique après avoir gagné devant les tribunaux contre la Régie des rentes, qui l'avait exclue d'un appel d'offres au profit de Microsoft.

Pour le professeur Daniel Pascot, qui milite depuis des années pour la cause, «le gouvernement a compris que, s'il ne faisait rien, il n'allait rien se passer». Satisfait notamment de l'idée d'une table de concertation, M. Pascot était toutefois «un peu déçu» hier que Mme Courchesne n'ait pas parlé des «formats». «Un grand frein, à l'heure actuelle, c'est que Microsoft a le contrôle sur le format des documents», dit-il. Selon lui, le gouvernement devrait favoriser des formats «libres et publics», comme «.odt» par opposition à ceux qui sont protégés par des brevets comme «.doc».

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11 commentaires
  • Etienne Goyer - Inscrit 8 décembre 2010 11 h 20

    Un pas dans la bonne direction, mais ...

    Je suis généralement très critique du gouvernement libéral actuel. Dans ce dossier, je suis heureux de constater que Mme Courchesne fait preuve, encore une fois, de courage et de vision. Chapeau, Mme Courchesne!

    Il s'agit très clairement d'une excellente nouvelle pour le logiciel libre, mais aussi pour les contribuables québécois. Encarcanés dans leurs habitudes, les apparatchiks qui bloquent systématiquement le logiciel libre dans l'administration publique dépensent une petite fortune en licenses de logiciel privatif. Ils n'auront plus d'autre choix que faire leur travail et d'évaluer objectivement les logiciels libres, les ordres venant maintenant d'en haut. Il est regrettable qu'on en soit rendu là, mais heureusement pour les contribuables, il y a encore du leadership au Conseil du Trésor.

    Ce qui me désole dans la nouvelle d'aujourd'hui, c'est l'annonce de la table de concertation. Pas tellement qu'il doive y en avoir une, ce qui est tout à fait normal. Non, c'est plutôt qu'on en soit encore là, en 2011. À la case départ.

    Je suis un professionnel de l'informatique qui travail exlusivement sur les logiciels libres depuis bientôt 10 ans. Je suis gestionnaire de compte pour une entreprise émergente dans le domaine. Parmi mes clients, je compte des entreprises en technologie de Silicon Valley, des institutions financières, des administrations publiques (en Europe, principalement), et bien d'autre. Des petites entreprises et des Fortune 500. Pour toutes ces organisations, le débat est clos: le logiciel libre a sa place dans leurs infrastructures TI. Içi, il est encore à faire.

    Quand on y pense, pratiquement toutes les entreprises de la nouvelle économie ont été bâties sur les logiciels libres. Google, Facebook, Amazon, pour ne nommer que celles-là. Alors, à ceux qui se demande encore si le logiciel libre est assez bon pour le gouvernment, je répond: si c'est assez bon pour Google et Facebook, pourquoi pas?

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 8 décembre 2010 11 h 22

    j'appuie le logiciel libre

    Je ne suis pas partisan du PLQ, mais je suis d'accord avec cette démarche.

    J'utilise personnellement linux (l'alternative à windows créée par la communauté) depuis 1 an et c'est tellement plus fiable. Ma copine qui n'est pas une méga-geek de l'informatique y est passé sans problèmes, et même ma grand-mère pourrait facilement passer à linux.
    Le fait que linux soit ouvert et modifiable ("open source") par une communauté de programmeurs fait que les bugs sont répertoriés et réglés rapidement ; ça fait aussi un système qui évolue plus rapidement.

    Du point de vue sécurité du réseau, linux n'a plus de réputation à se faire : autrefois système de choix des hackers, linux est aujourd'hui fréquemment utilisé pour les serveurs de sites web. La majorité des virus sont conçus pour attaquer windows et y installer des programmes malveillants à son insu ; pour installer un programme sur linux, il faut obligatoirement le mot de passe : donc moins de virus, moins de possibilités pour un fonctionnaire de jouer à démineur ou solitaire ou d'un étudiant du secondaire de bousiller un ordinateur.

    Vous aussi pouvez l'essayer pour voir de quoi je parle : http://www.linuxmint.com/download.php

    Mme Courchesne, de ce 2,6 milliards de budget, au lieu de gaspiller des sommes importantes en frais pour licences microsoft et faire sortir l'argent du Québec, on pourrait se payer des programmeurs pour améliorer NOS propres logiciels et avoir bien plus qu'un simple service d'après-vente ; au lieu de dépenser pour des ordinateurs de plus en plus puissants, on peut facilement continuer d'utiliser les pentium1 qui trainent dans les entrepôts ou sous-sol d'écoles avec linux.

    Appuyons le logiciel libre.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Claude Kamps - Inscrit 8 décembre 2010 11 h 30

    Logiciel libre

    Dans les mains d'un Charest c'est vraiment pas à faire!

    N'importe qui peut faire des changements sans documentation adéquate et le gouvernement ou la compagnie son dans la m..... si cet administrateur quitte son poste ou pire est renvoyé...

    En plus le logiciel est presque gratuit. mais demande un support dont personne ne connait le prix ni le tarif...

    Ce qui n'est pas défini d'avance est sujet à enveloppes brunes...

  • michel@leportageur.com - Inscrit 8 décembre 2010 12 h 02

    Vers la démocratisation de l'information!

    les logiciels libres jouent un rôle important dans la démocratisation de l'information. Qui dit information dit pouvoir mais dit également gestion, planification et prise de décision surtout en géomatique!

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 8 décembre 2010 12 h 57

    Un pas dans la bonne direction mais...

    Pourquoi ne pas commencer à tout enregistrer en format OpenDocument DÈS MAINTENANT ? Cela serait une bonne manière de planifier le virage logiciel, plus long à implanter.

    La ministre semble bien prudente... Serait-ce une tactique pour gagner du temps?

    Si les journalistes accordaient la même attention aux contrats informatiques qu'au monde de la construction, on verrait rapidement l'ampleur de la corruption en ce domaine. Depuis des années, ce sont toujours les 2-3 mêmes compagnies qui remportent les contrats, sans appels d'offres.