Offensive médiatique de Charest

Malgré une «annus horribilis», Jean Charest, a affirmé sans hésitation aux téléspectateurs de Larocque Lapierre qu'il serait à la tête des libéraux aux prochaines élections générales, étouffant les rumeurs sur son départ anticipé de l'arène politique québécoise.

«La nouvelle année va nous permettre de nettoyer l'ardoise sur un certain nombre d'enjeux. Je sais où je m'en vais. Le reste, je suis comme vous, je vis avec ce que l'actualité m'offre», a souligné le premier ministre du Québec, Jean Charest. «[Mercredi], on arrive à la mi-mandat. Théoriquement, j'en ai pour trois ans après cela», a-t-il dit avant d'ouvrir la porte à un quatrième mandat consécutif comme premier ministre.

Le chef du gouvernement a mené une offensive médiatique ciblée avant de mettre les voiles vers le Mexique, où il copréside la 16e conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il avait fait un saut, jeudi soir, sur le plateau du talk-show Tout le monde en parle. L'émission n'a toutefois été diffusée qu'hier, soit 72 heures plus tard. Il a également offert une longue entrevue à Larocque Lapierre.

Sur les deux tribunes, il a accusé les chefs des autres formations politiques, Pauline Marois, Gérard Deltell et Amir Khadir, d'entretenir un climat délétère à l'Assemblée nationale du Québec. «Toutes les questions de commission d'enquête, d'allusions, de corruption, tout ça, ça vient évidemment contaminer le contexte politique», a-t-il déclaré.

M. Charest a dénoncé les «abus de pouvoir» dont seraient coupables «les gens qui utilisent l'immunité [parlementaire] pour dire n'importe quoi», égratignant au passage la chef du Parti québécois, Pauline Marois. «Elle est devenue une parodie», a-t-il lâché.

Saga Bellemare

Par ailleurs, le chef du Parti libéral du Québec s'est posé en victime de son ancien ministre de la Justice Marc Bellemare et du tapage médiatique entourant la saga Bellemare. Brandissant un communiqué du Directeur général des élections soulignant qu'«il ressort du témoignage de Me Bellemare qu'il n'a été témoin d'aucune collecte d'argent qui serait contraire aux dispositions de la Loi électorale», Jean Charest a soutenu avoir été injustement couvert de boue. «Je suis encore ben déçu qu'il y a des gens qui ont pris tout ce que M. Bellemare a dit pour du cash. On ne nous remettra pas tout ce qu'on nous a fait subir. Sur le plan démocratique, c'est épouvantable vivre cela», a-t-il dit sur les ondes de TVA.

D'autre part, Jean Charest a appelé les journalistes à faire preuve de plus de rigueur. «Dès qu'une accusation est lancée, c'est pris comme étant quelque chose de vrai. Pis, vous aussi [les journalistes] il faut que vous preniez un peu de recul là-dessus pour vous dire: "Ce n'est pas vrai qu'à chaque fois que quelqu'un allègue quelque chose, qu'on peut l'affirmer".»

M. Charest s'est aussi dit frappé d'indignation par la mise en ligne sur le site Web de l'Assemblée nationale d'une pétition réclamant sa démission en raison de son refus obstiné de mettre sur pied une commission d'enquête publique sur les liens étroits entre le financement des partis politiques et l'octroi des contrats gouvernementaux et l'imposition d'un moratoire sur les gaz de schiste par le député de Mercier, Amir Khadir. «Ç'a été une surprise!», s'est-il exclamé.

Quelque 243 000 personnes avaient signé la pétition, hier, au moment de mettre Le Devoir sous presse. «Ma job, ce n'est pas de suivre les tendances du jour, c'est de faire en sorte que le Québec se porte bien», a indiqué M. Charest à Radio-Canada.

«On ne prend pas cela à la légère», a poursuivi le chef de gouvernement, dont la cote de popularité a atteint des creux historiques. «On a adopté un code d'éthique des élus municipaux, c'est fait, code d'éthique pour les élus de l'Assemblée nationale, c'est fait également. La loi électorale va être changée pour qu'on puisse avoir une mesure anti prête-nom. La loi électorale va être changée pour baisser les contributions...», a-t-il expliqué.

Mais, dans une charge à fond de train contre le gouvernement libéral, Pauline Marois a fait valoir que le projet de loi sur l'éthique, adopté vendredi, était si incomplet qu'il a fallu 155 amendements à un projet qui ne compte pourtant que 200 articles.

À l'issue de son allocution devant les Intellectuels pour la souveraineté, réunis à l'Écomusée du fier monde, Mme Marois a indiqué au Devoir que des discussions étaient déjà en cours avec le cabinet de Jean Charest au sujet de la nomination d'un commissaire à l'éthique, prévue dans la loi adoptée vendredi. La procédure est la même que pour la nomination d'un directeur général des élections. En général, a-t-elle dit, «quand on n'est pas d'accord, on ne nomme pas».

«Quand on nous propose des gens de qualité, on n'ergote pas. On est des gens responsables, on trouve que c'est important que ça se fasse, et il n'attendra pas cinq minutes si nous sommes d'accord avec ses propositions. Il y a déjà des noms qui circulent», a-t-elle dit.

«Il y a quelque chose de délibéré dans la stratégie de Jean Charest dans le contexte actuel. Je crois que ça se résume à convaincre les Québécois que les politiciens sont tous pareils. Et il réussit, malheureusement, à nous traîner vers le bas, alors qu'on devrait plutôt s'élever un peu au-dessus de la mêlée», a dit Pauline Marois.

***

Avec la collaboration de François Desjardins

À voir en vidéo