À la remorque des événements - Un gouvernement en sursis

Jean Charest cette semaine lors du vote sur la motion de censure présentée par le PQ.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Jean Charest cette semaine lors du vote sur la motion de censure présentée par le PQ.

C'est avec facilité que le gouvernement Charest a sauvé sa peau cette semaine en défaisant la motion de censure présentée par l'opposition officielle. La discipline de parti affichée par les élus libéraux s'est avérée exemplaire. Mais il ne faut pas se méprendre: le gouvernement et son chef Jean Charest demeurent en sursis.

S'il écarte toujours la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction et le financement des partis politiques — et ce refus est définitif —, Jean Charest, dans le discours qu'il a prononcé mercredi à l'Assemblée nationale lors du débat sur la motion de censure, a admis que les mesures que son gouvernement a prises jusqu'ici — des mesures temporaires, selon ses propres termes — sont insuffisantes pour rétablir la confiance de la population. «Selon les résultats des enquêtes, nous devrons envisager des mesures permanentes», a-t-il déclaré.

La volte-face effectuée jeudi par le leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, va dans ce sens. Depuis un an, les libéraux soutenaient que le plafond annuel de 3000 $ par donateur pour les contributions aux partis politiques était adéquat. Il n'était aucunement relié au phénomène des prête-noms, avançaient-ils. Et puis, cette limite de 3000 $, fixée en 1977 par le gouvernement de René Lévesque, n'équivaut-elle pas à 10 000 $ en dollars d'aujourd'hui? raisonnaient-ils.

Jeudi, Jean-Marc Fournier avançait qu'avec ce nouveau plafond et les amendes prévues dans le projet de loi 113 dit antiprête-nom, amendes qui passent de 500 $ à 5000 $, «on divise par dix le plafond des contributions et on multiplie par dix les sanctions à l'utilisation des prête-noms». Jolie mathématique. Mais le leader libéral n'est pas plus convaincu qu'il ne l'était des vertus de cette limite de 1000 $. «Il est clair que le contexte actuel nous amène à poser des gestes», a-t-il reconnu. Il n'aurait pas su mieux dire. «Et s'il y a un cynisme naissant ou ambiant, nous devons, comme gouvernement, prendre les moyens pour qu'il s'estompe», poursuivait-il. Que le ministre dise percevoir un «cynisme naissant», et encore, sur le mode de la supposition, montre qu'il est nettement en retard sur la nouvelle.

Le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a exprimé les choses plus simplement: «Ce n'est pas une question d'argent, c'est une question d'image de la politique.» Pour une fois que ces deux-là sont sur la même longueur d'onde.

Il faut bien reconnaître que le Parti québécois perdra quelques munitions dans sa critique du laxisme du gouvernement en matière d'éthique. Le projet antiprête-nom sera adopté d'ici la fin de la session et les sanctions qu'il contient contre les entreprises reconnues coupables d'usage de prête-noms sont sévères: si une entreprise est reconnue coupable, elle sera privée de tout contrat public pour une période de trois ans, cinq ans en cas de récidive. De quoi faire réfléchir des sociétés comme Axor, qui a reconnu cet été avoir commis 40 infractions à la Loi électorale liées à l'utilisation de prête-noms. Ça lui a coûté 87 000 $, un peu plus de 2000 $ par chefs d'accusation. Mais la firme d'ingénieurs s'en est bien tirée: elle peut continuer de faire affaire avec le gouvernement, ce qui n'aurait pas été le cas si le projet de loi 113 avait été en vigueur. Dans le même ordre d'idées, le projet de loi 114, qui accorde plus de pouvoirs au Directeur général des élections, devrait également être adopté.

L'éthique

Cela aura pris du temps, mais le gouvernement Charest se débarrassera d'une autre épine au pied avec l'adoption du projet de loi 48 sur le code d'éthique et de déontologie des députés. Les élus se doteront d'ici la fin de la session d'un commissaire à l'éthique, ce qui évitera au premier ministre de se mêler des questions d'éthique, lui qui en a une conception élastique et qui a appliqué en la matière une rigueur toute relative.

Parmi les mesures permanentes qu'envisage de prendre Jean Charest figure la création d'une unité anticollusion et anticorruption calquée sur le modèle du Department of Investigation de la Ville de New York. Pour le ministre de la Sécurité, Robert Dutil, qui en a donné un aperçu dans une entrevue au Soleil, cette escouade traquerait le crime organisé de façon permanente. «Il faut arracher les mauvaises herbes tous les jours si on veut que les bonnes poussent», a illustré le ministre.

L'autre mesure évoquée au cabinet du premier ministre prendrait une bonne dose de courage. C'est de mettre fin au placement des travailleurs, qui est confié aux centrales syndicales, essentiellement la FTQ Construction, dans les grands chantiers. Un organisme, comme la Commission de la construction du Québec (CCQ), assumerait cette responsabilité. C'était une recommandation de la commission Cliche, que des ministres du Travail, comme Jean Cournoyer sous un gouvernement libéral et Matthias Rioux sous un gouvernement péquiste, auraient bien aimé appliquer. Mais ils n'ont pas osé, craignant les foudres de la FTQ. Jean Charest profitera-t-il de la faiblesse actuelle de la FTQ pour réaliser les ambitions de ces anciens ministres du Travail? Pas sûr.

Entre-temps, c'est vers le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) que les yeux des élus libéraux sont tournés. Ils prient le ciel pour que l'opération Marteau donne des résultats et que le DPCP puisse lancer des accusations d'ici Noël. Mais la grosseur des prises importe; la population pourrait rester sur sa faim.

À très court terme, il y a fort à parier que Jean Charest pourra compter sur une victoire lundi dans la circonscription de Kamouraska-Témiscouata. Le gouvernement a mis le paquet pour cette élection partielle et le PQ ne croit pas à ses chances. Certains libéraux espèrent qu'une défaite péquiste lundi soit le début de la fin pour Pauline Marois, qui doit faire face à un vote de confiance lors du congrès péquiste au printemps. Au PQ, c'est Jean Charest qu'on voit partir à brève échéance. Au PLQ, on se plaît à rêver d'un retournement complet de la situation, comme quoi l'imagination se nourrit de l'inquiétude.
3 commentaires
  • Kaomax - Inscrit 27 novembre 2010 11 h 14

    Le PLQ est la honte politique du Québec

    Sur la photo de l'article on dirait une grande "famiglia" qui se croit heureuse et en sécurité, alors que dans les faits, elle est prise dans la grande toile du pouvoir.

    Dans les faits, ce n'est que par "sa majorité" de quelques voix que les libéraux ont réussi par la peau des fesses, à défaire la motion de censure.

    Dans les faits, c'est 80% des Québécois qui n'accordent plus aucune confiance à Jean Charest et son parti.

    Dans les faits, même derrière leurs grands sourires de pseudo-vainqueurs, à moins d'être profondément idiots, les membres de "la grande famille libérale" n'échapperont pas aux couperêts de la loi qui va sévir contre eux, tôt ou tard.

    Dans les faits, les députés les plus intelligents vont bientôt comprendre que s'ils se détachent dès maintenant de "la grande famille", que la note leur sera beaucoup moins lourde de conséquence juridique.

    Dans les faits, le Québec, comme de plus en plus de citoyens des autres pays occidentaux ne veulent plus de "corruptions" dans leur société et des mesures drastiques seront prises pour que cessent l'appauvrissement collectif conséquent de toutes les formes de corruptions.

    Dans les faits, messieurs nos élus, soyez bien préparés, car les sociétés elles, le sont de plus en plus à réagir promptement, pour nettoyer la corruption.

  • Marie-France Legault - Inscrit 27 novembre 2010 18 h 36

    Ce N'est pas le gouvernement

    qui est la honte mais l'union des Muncipalités, les policiers, les entrepreneurs en construction, les ingénieurs qui s'entendent ensemble pour f....le gouvernement...tout ce beau monde utilise Jean Charest comme bouc émissaire de leurs magouilles, se cachant derrière le gouvernement....

  • Donald Bordeleau - Abonné 28 novembre 2010 21 h 44

    Gouvernement fédéraliste au Québec comme son frère du fédéral

    Pas un bel exemple pour les générations futures.

    Oui il y aura une enquête publique qui va permettre d'économiser au moins près de 15 milliards pour tous les contrats. Mais depuis 2008, a cause des connivences de collusion, de PPP ou l'on va payer pour encore 30 ans, travail au noir et corruption devente de terrain et autres magouilles celà nous à couté plus de 4 milliards sur seulement 3 ans.Il ne faut pas se surprendre que les firmes et les contracteurs ont cotisé pour près de 5 millions à la caisse du PLQ.

    Les conseils des génies
    Suite à l'arrivée de Jean Charest et des libéraux au pouvoir, l'Association des ingénieurs-conseils du Québec a pris, avec la connivence du ministère du transport, de plus en plus de place et de pouvoir. Dès 2004 ils demandèrent que leur mandat soit élargi afin d'inclure "les activités de planification, d'organisation,de gestion,de conservation et d'exploitation", tel qu'il apparaît dans le procès-verbal du comité. Les deux sous-ministres de l'époque, M.André Bossé et M. Liguori Hinse, présents pour démarrer ce comité en 2004, se sont retrouvés de l'autre côté de la table les années suivantes. On se demande aujourd'hui si le rôle du Ministère des Transports ne se limite pas seulement à déterminer la hauteur des balises sur les routes et la largeur des bandes réfléchissantes?... Alors, pour maximiser les profits, il suffisait de se regrouper afin d'abolir la concurrence et de fixer les prix. Mais ça c'est on ne peux plus dans la LÉGALITÉ, et jamais un enquête de police n'y trouvera à y redire. Etant donné que des manigances de cet ordre existent à profusion et à tous les nivaux, une enquête publique est la seule solution afin de redonner aux Québécois des institutions qu'ils méritent.

    Où est l’imputabilité du MTQ face aux administrés?