Québec fait fi des logiciels libres

La programmation n'est pas la bonne. L'Association professionnelle des entreprises en logiciels libres (APELL) demande à la présidente du Conseil du trésor et ministre de l'Administration gouvernementale, Michelle Courchesne, l'annulation immédiate d'un appel d'offres que vient de lancer le Centre des services partagés du Québec (CSPQ) pour la redéfinition d'un réseau informatique reliant 4000 postes de travail et 360 serveurs informatiques.

Selon elle, l'appel, en favorisant seulement des applications commerciales comme celles de Microsoft, contreviendrait à un jugement de la Cour supérieure qui, depuis juillet dernier, force le gouvernement à tenir compte des logiciels dits libres dans ses approvisionnements informatiques. Des accusations rejetées du revers de la main par le CSPQ, qui, dans ce dossier, dit avoir agi en conformité avec la loi.

«Il n'est pas question d'un appel d'offres pour des licences de logiciels, a indiqué hier au Devoir Patricia Marton, porte-parole de l'organisme gouvernemental, mais plutôt d'un appel pour des services professionnels visant à regrouper et simplifier des réseaux informatiques.»

N'empêche, pour l'APELL, il s'agit plutôt d'un moyen détourné d'exclure le logiciel libre du paysage informatique public, et ce, même si le juge Denis Jacques a fortement condamné cette pratique il y a quelques mois. La cause mettait en scène l'entreprise Savoir-Faire Linux, accusant la Régie des rentes du Québec (RRQ) de favoriser les produits Microsoft dans un appel d'offres, et ce, au mépris du logiciel libre qui aurait pu offrir une solution de rechange financièrement intéressante.

Le tribunal a donné raison à l'entrepreneur tout en ordonnant à Québec de ne plus lancer de tels appels d'offres.

Or, la réorganisation du réseau informatique par le CSPQ ne respecte pas cette directive, affirme l'APELL, puisqu'elle va se faire «autour d'une seule plateforme technologique basée sur des logiciels privatifs», indique l'association par voie de communiqué. Elle dénonce au passage «la mainmise d'un petit groupe de multinationales sur les systèmes d'informations du Québec, et ce, sans comparaison et sans mise en concurrence».

Tout en rappelant que, dans ce cas, le logiciel libre aurait pu être envisagé, l'APELL réclame à Québec qu'une «véritable politique d'utilisation des logiciels libres au sein des administrations québécoises» soit adoptée.

Rappelons qu'en septembre dernier, la Société de transport de Montréal (STM) a suspendu un appel d'offres qui omettait de faire de la place au logiciel libre. À l'époque, l'Association pour l'appropriation collective de l'informatique libre (FACIL) avait dénoncé cette situation, forçant la société à repenser ses besoins numériques.

Entre reconnaissance et réticence, le logiciel libre cherche de plus en plus sa place dans les appareils gouvernementaux, ici comme ailleurs. Pour ses promoteurs, ce type d'application permet une flexibilité accrue et il améliore la sécurisation et la pérennité des données informatiques tout en allégeant la pression sur les finances publiques. Dans un contexte de crise budgétaire, plusieurs administrations, dont celle de Barack Obama, se sont prononcées en faveur de ces logiciels dans les dernières années. Le Parti québécois a d'ailleurs incité le gouvernement Charest à en faire tout autant.
5 commentaires
  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 26 novembre 2010 08 h 34

    Une gabégie aussi importante que dans le domaine de la construction

    Grâce à l'APELL, on commence à apercevoir depuis un an la pointe de l'iceberg de la corruption, de la collusion et de l'incompétence qui fait office de « politique de gestion » du parc informatique québécois.

    Grâce au logiciel libre, il serait possible de conserver la qualité de nos services publics tout en économisant des centaines de millions $ par année.

    À mesure que cette réalité sera comprise de la population, attendez-vous d'ici à 2-3 ans à des scandales de l'ampleur de ceux qu'on voit dans le domaine de la construction...

  • Oznog - Inscrit 26 novembre 2010 10 h 58

    Libre de quoi ? Essentiellement de Microsoft Office mais pas de la corruption

    Je sais que je suis à contre-courant, je sais que c'est le procès de Microsoft qui abuse de son pouvoir. Mais ne mélangez libre et gratuit! Il faut installer le moteur Java de Sun pour rouler OpenOffice. Il est vrai que Sun a ouvert son code, mais nommer moi un fonctionnaire qui va le programmer, en Java, voyons?

    C'est essentiellement remplacer Office par OpenOffice! Plus la formation « Writer »! Sauver des dollars, certes, mais pensez-vous réellement que le la corruption ne peut pas se faire avec des logiciels gratuits?

    Je suis programmeur indépendant depuis 25 ans. Je développement depuis 15 ans mon propre CMS en compétition avec les Open Sources que PERSONNE N'OUVRE VRAIMENT genre Wordpress. Et bien mes compétiteurs le vendent le même prix que le logiciel que je développe à la sueur de mon front!

    JE SUIS LIBRE avec mes applications, je donne même tous mes trucs gratuitement sur le Web tellement je suis libre! Je ne pense pas que vous le serez davantage en passante de Microsoft à SUN ! J'ai vraiment une conscience quand je donne gratuitement mes trucs. Est-ce que c'est vraiment le sentiment qui vous anime dans l'Open source?

    Je ne doute pas que la corruption « informatique » ait infiltrée à ce point le gouvernement. L'informatique est trop abstraite, les gens doivent nous faire confiance. Mais je ne pense pas que l'Open source y changera grand-chose, les crosseurs ne sont pas programmeurs et seront sans doute aussi faire le saut vers OpenOffice.

    Enfin, je comprends qu'une Université veuille économiser avec l’Open source, quoi qu'elle devrait aussi s'ouvrir davantage aux autres technologie, mais le gouvernement? On va devoir un jour subventionner l'Open source...

    Sun comme Microsoft rêve d'un serveur maitre ou toutes les applications (de plus en plus complexes) seront stockés, partagés et éventuellement loués. Mon métier est au contraire de produite des applications autonomes comme une cellule vivante! Pas comme les bigs brothe

  • Oznog - Inscrit 26 novembre 2010 12 h 26

    Droits d'auteurs.

    ...Big Brother Microsoft, Sun ...et Apple!

    Pour les applications « bureau » je ne sais pas, mais la plupart de sites Web du gouvernement utilisent déjà à plein régime l'Open source, du simple script de Dynamique Drive aux statistiques de Google en passant par les librairies jquery au serveur Apache et moteur PHP. D'ailleurs je les saluts en passant, il en existe beaucoup au service du gouvernement contrairement à certaine boîte de communication!

    La seule règle de l'Open source est d'indiquer le nom du créateur.

    J'ai même, il y a quelques années, sermonné un webmestre d'un ministère qui utilisait « Spip » ou « Typo3 » si je me souviens bien, en lui faisant remarquer qu'il ne l'indiquait pas sur le site contrairement aux directives du créateur. Ils ont réglé la question en enlevant la mention du CMS en question dans les métadonnées. C'est d'la p'tite fraudeme diriez-vous, qui n'a absolument rien à voir avec la mafia! Mais on dit aussi que piquer c'est voler.

    A vous de vous faire une idée!

    Merci

    Django Blais, Analyste-programmeur libre!

  • Jean Richard - Abonné 26 novembre 2010 12 h 55

    Logiciel libre n'est pas que Sun et Open Office

    @ Oznog - Des fonctionnaires qui ont programmé en Java sur des plates-formes non Microsoft, j'en ai connu des dizaines, et les applications qu'ils ont produites avaient la particularité d'être très efficaces car elles étaient parfaitement adaptées à l'usage qu'on voulait en faire. C'est une approche opposée à celle de Microsoft, qui exige que l'utilisateur s'adapte à l'outil et non l'inverse. Ces fonctionnaires n'ont pas ménagé leurs efforts pour barrer la route à Microsoft et ils savaient ce qu'ils faisaient.

    Par ailleurs, remplacer Microsoft Office par Open Office, c'est économiser des milliers de dollars en redevances de licences à la multinationale multi-milliardaire. Toutefois, l'économie s'arrête là car dans les deux cas, on fait face à ce qu'on pourrait appeler l'obésité bureautique, ou encore, l'utilisation d'une artillerie lourde pour tuer quelques mouches. Économie de redevances, certes, mais toujours le même piège des milliers d'heures de formation pour maîtriser un outil qui ne cesse de se transformer pour justement réalimenter les besoins en formation. Que d'heures perdues à acquérir un savoir très éphémère !

    Or, il n'y a pas que Java, et il n'y a pas que Open Office qui soient libres...

    Ouvrir la porte au logiciel libre, c'est opter pour une plus grande diversité de solutions - et une plus grande diversité de vendeurs de solutions. Ça ne nous met pas à l'abri de la corruption, mais c'est un pas dans la bonne direction. Et qu'on le veuille ou non, les économies en redevances sont loin d'être négligeables.

  • bgm - Inscrit 26 novembre 2010 17 h 54

    Re: droits d'auteurs

    @Oznog: il n'est pas requis d'indiquer le nom des auteurs du logiciel libre lorsqu'il est utilisé pour faire fonctionner un site web. Ce type de mention était parfois le cas avec de vieilles licences BSD (c'est très rare aujourd'hui).

    La seule règle qui s'applique, c'est que les administrateurs du site web peuvent utiliser le logiciel librement, sans restriction. De plus, si, par exemple, ils revendent le logiciel, ils doivent garantir les mêmes libertés lors de sa redistribution.

    Lorsque les sites mentionnent le logiciel utilisé, c'est plus souvent par courtoisie, tout comme de mentionner qui a fait le design et la stratégie web.

    Une autre exception sont les logiciels distribués sous la licence "Affero GPL" qui offre aux utilisateurs le droit d'obtenir une copie du code source ainsi que des modifications possiblement appliquées. C'est rarement le cas avec des systèmes de gestion de contenu tels Wordpress, Drupal ou Spip (qui sont "GPL version 2"). Les logiciels qui utilisent cette licence sont généralement des services web, CiviCRM par exemple.

    Puisqu'on est sur le sujet, vous pourriez être intéressés par le Salon du Logiciel Libre du Québec, 6 et 7 décembre 2010, avec des conférenciers incluant Richard Stallman et Nico Elema, et une allocation de Michelle Courchesne, présidente du conseil du trésor.
    http://s2lq.com/

    Mathieu (Réseau Koumbit, et membre de FACIL)