Le gouvernement Charest survit

La chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, et le premier ministre Jean Charest, à l’issue du vote d’hier sur la motion de censure.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, et le premier ministre Jean Charest, à l’issue du vote d’hier sur la motion de censure.

Québec — Quatre voix ont finalement permis au gouvernement Charest de survivre à la motion de censure de l'opposition officielle, hier. L'opposition espère maintenant que le gouvernement sera désavoué dans Kamouraska-Témiscouata, où les électeurs de l'ancienne circonscription de Claude Béchard iront aux urnes, lundi prochain.

«C'est un jour sombre dans l'histoire du Québec», a soutenu Pauline Marois peu après sa défaite en Chambre en fin d'après-midi, autre épisode dans le long débat sur l'opportunité ou non de tenir une enquête publique sur la construction et le financement des partis politiques. Au total, 61 libéraux (sur 65) auront voté contre la motion et 57 députés des partis d'opposition auront voté pour. Expulsé du caucus libéral, l'indépendant Tony Tomassi ne s'est pas présenté au Salon bleu. Le président et les vice-présidents ne pouvaient pas exercer leur droit de vote, ce qui enlevait deux voix aux libéraux et une au Parti québécois. Une seule ministre n'a pas pris part au vote, Monique Gagnon-Tremblay (Relations internationales), qui représentait le premier ministre en France depuis lundi. Ce dernier avait décidé en fin de semaine d'écourter sa mission en France et de rester au Québec jusqu'à hier pour faire face à la motion de censure. Après le vote, il s'est envolé pour l'Hexagone, où il doit rencontrer le premier ministre et le président français, entre autres.

En matinée, dans sa réplique à la motion de censure, Jean Charest avait, d'un air solennel, soutenu qu'il s'adressait directement aux Québécois sur un sujet, a-t-il souligné, qui les «préoccupe beaucoup». «J'entends les Québécois», a insisté M. Charest, ajoutant qu'il comprenait leur inquiétude. À ses yeux, son gouvernement «prend les moyens pour aller au fond des choses». À preuve, selon lui, l'escouade Marteau, les multiples lois pour resserrer les règles et les exigences éthiques. «En tout, dans la foulée de nos actions, ce sont plus de 500 personnes qui sont aujourd'hui mobilisées pour contrer la collusion et la corruption dans la construction», a-t-il insisté.

De plus, il a évoqué d'autres mesures, celles-là «permanentes». «La réponse ne doit pas se limiter à une mesure temporaire. Il ne s'agit pas uniquement de faire un grand coup de balai, il s'agit de faire le ménage!», a-t-il clamé. Selon des informations recueillies par Le Devoir, le gouvernement songe à deux avenues: d'une part, confier à la Commission de la construction du Québec la responsabilité du placement des salariés sur les chantiers de construction. D'autre part, il envisagerait la création d'une escouade permanente sur le modèle du Department of Investigation (DOI) de la ville de New York, une unité de lutte anticorruption municipale.

Entre-temps, invoquant le sens des responsabilités des partis d'opposition, Jean Charest a demandé à ceux-ci d'adopter, avant la fin de la session parlementaire, quatre projets de loi: «le code d'éthique pour les députés de l'Assemblée nationale, le code d'éthique pour les élus municipaux et, pour l'encadrement des partis politiques [...], la loi antiprête-noms, la loi sur l'augmentation des pouvoirs de contrôle du Directeur général des élections.»

En fin de discours, le premier ministre a raillé le «manque de sérieux» de la chef péquiste en notant qu'elle souhaitait déclencher des élections générales un 27 décembre, «entre Noël et le jour de l'An [...] une première dans l'histoire du Québec».

Le pire premier ministre

Aux dires de Mme Marois, Jean Charest est «le pire premier ministre que nous avons eu des derniers 30 ans». «Nous avons offert à Jean Charest [...] d'être un homme d'État, et c'est malheureusement le Jean Charest partisan et déconnecté de la réalité que nous avons vu et entendu.» Mme Marois a déploré que le premier ministre et les libéraux aient décidé de «faire la sourde oreille à la demande d'enquête de millions de Québécois, qui sont en colère et des Québécois qui sont découragés aussi de leur gouvernement».

Plus tôt en Chambre, dans son discours précédant le vote, Mme Marois a martelé en avoir «assez que le refus du gouvernement de faire face à ses responsabilités nous mène à ce climat malsain de suspicion». Poursuivant sur le même thème, elle lança: «J'en ai assez que des personnes soient accusées, clouées au pilori sans pouvoir se défendre parce que le premier ministre n'agit pas de façon responsable, laisse durer ce climat malsain. J'en ai assez de voir la classe politique se faire tirer par le bas, parce qu'il y a un premier ministre qui laisse salir la chose politique et nos institutions. J'en ai assez d'avoir en face de moi un premier ministre qui n'écoute pas les Québécois, qui cherche seulement à les convaincre que les partis sont tous pareils.»

Débats acerbes

Toute la journée, dans leur discours, les députés de l'opposition ont tenté d'ébranler les libéraux pour les faire changer d'idée. Le député Bertrand St-Arnaud (Chambly) s'est demandé ouvertement s'ils avaient une «colonne vertébrale» ou s'ils n'étaient «que les pantins du premier ministre», avant de citer un chroniqueur du Soleil qui avait décrit le groupe parlementaire libéral comme des «poulets qui suivent le colonel Sanders jusqu'au bout».

Rentré temporairement de son congé de paternité pour le vote, Jean-Martin Aussant a pour sa part dit être «certain» que devant le «mécontentement [...] historique» dans la population, plusieurs députés dans le caucus libéral en avaient «plein leur casque». Il a ponctué son discours sur un «dehors les imposteurs!» sonore.

Plus tôt, le chef adéquiste Gérard Deltell avait rappelé la mémoire d'un «grand premier ministre libéral, Robert Bourassa, qui a tenu une commission d'enquête sur l'industrie de la construction».

Quant à Amir Khadir de Québec solidaire, il a plutôt proposé une autre avenue au gouvernement: la création d'une «commission de vérité et clémence» qui, à l'instar de la grande opération qui a suivi la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, offrirait la clémence à ceux qui ont commis des crimes moyennant leurs témoignages pour établir la vérité: «Notre peuple, ce n'est pas la vengeance qu'il cherche, c'est la vérité, c'est qu'on mette fin à la corruption, pour savoir comment le financement du parti au pouvoir permet d'obtenir des nominations, des permis ou des contrats.»

Prochaine étape: Kamouraska-Témiscouata

Une fois la motion de censure rejetée, tous les regards se sont tournés vers l'élection partielle de Kamouraska-Témiscouata où, selon les sondages, les libéraux ont de bonnes chances de l'emporter.

Mme Marois semblait déjà, hier, commencer à justifier une éventuelle défaite, admettant que son candidat était «nez à nez» avec la libérale France Dionne. Elle a souligné que le PQ n'a pas réussi à prendre cette circonscription depuis 25 ans et que le PLQ y est donc bien enraciné. De plus, dans cette circonscription, les électeurs pourraient être sensibles à des injonctions, de la part des libéraux, à «rester du bon bord»: «Je trouve ça un peu dommage, parce qu'on ne doit jamais être du bon ou du mauvais bord. On est des citoyens», a-t-elle avancé.
43 commentaires
  • Etienne Merven - Inscrit 25 novembre 2010 06 h 04

    Le gouvernement Charest survit

    Et c'est très bien comme ça, car, s'il était tombé, qui aurait pris le pouvoir?
    Dans un tel vide politique, « entre deux maux, on choisit le moindre ».
    Bravo, M. Charest!

  • Normand Carrier - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 07

    Le premier ministre peut-il être un homme d'état ?

    Madame Marois devra se résigner car c'est mission impossible et s'il le fesait ce serait une grande surprise ! En fait sa démission serait un geste d'état ..... Il a utilisé tous les arguments pour discréditer une commission d'enquête dont le coût , le temps a mettre sur pied , l'exposition des témoins a la TV , non respect de la société de droit et que la police arrêterait les bandits jusqu'a ce qu'il décrète l'enquête Bastarache en 48 heures se contredisant sur toute la ligne ... Que la police arrête les bandits nous rappelle cette ligne que Jean Chrétien nous répétait a satiété durant les commandites ....

    Le mandat de l'enquête du petit marteau est concu pour le monde municipal et le peu d'arrestations eurent lieu contre des élus municipaux ! L'enquête Duchesneau se limite au ministère des tranports et des contrats présents .... Tout ce que le gouvernement fait est de CONTOURNER les vrais problèmes de collusion , de corruption et de financement des partis politiques dont , Jean Charest ne veut toucher d'aucune facon sérieuse ... La vérité est la dernière chose qui intéresse Jean Charest et son gouvernement et le prix politique ne sera jamais assez elevé pour ce grand magouilleur .......

  • Pierre Sabourin - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 11

    La boucle de la responsabilité (accountability)

    En démocratie, le peuple est responsable devant la loi mais nos député eu doivent eu aussi être responsable devant la loi. Le problème ici est la transparence et le seule moyen pour compléter la boucle de la responsabilité de tous est par les médias non biaisé ou enquête publique. Quand le gouvernement est responsable ,dans le sens de ``accountable`` en anglais, devant une institution publique, il y a beaucoup moins de chance de corruption car il sait quìl peut y avoir des conséquences immédiates comme perdre son siège.
    Voila pourquoi dans le débat sur la tenue d’une enquête sur le lien entre la construction et le gouvernement, qui au départ me sentais couteux me semble maintenant nécessaire. De plus, la tenue de l’escouade marteaux ne rendra pas des compte sur les députés mais sur le crime organisé. Comment savoir si tell ou tell député est coupable de haute trahison. Comment savoir si cette escouade ne fais pas parti des ti namis des politiciens. Voila pourquoi il est absolument impératif de créer la boucle de la responsabilité et créer une commission d’enquête publique. Pour qu’il y es transparence, pour qu’il y est responsabilité devant quelqu’un. C'est le seul moyen en démocratie de s’assurer que nos élu sont responsable devant une autorité et pas que devant eux-même. Étant donné que nous sommes cette autorité et que nos élu doivent savoir que c’est nous qui leurs donnons le pouvoir, c’est sans équivoque que nous soyons les juges des personnes a qui nous donnons le pouvoir et quìl nous rendent des comptes en publique.

    C'EST IMPÉRATIF, NOUS DEVONS FAIRE LA BOUCLE DE LA RESPONSABILITÉ POUR UNE DÉMOCRATIE SAINE.

  • bruno labelle - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 12

    corruption

    Son visage reflete bien son etat d esprit , un peu angelique mais tres Arogant un bon premier ministre digne des vrais liberaux , on se foute bien du bon peuple .....prochaine etape ce sera la course aux nominations partisanes car il faut apprendre de nos erreurs , on va plutot developper l Omerta et on sait qu il nous reste que deux ans pour placer nos amis ,on va s affairer a donner les contrats en ppp avant la fin de notre mandat car si on perdait les prochaines elections......vive le QUEBEC Bruno

  • Philippe Hubert - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 12

    Pourquoi les libéraux vont gagner?

    - Circonscription libérale depuis 1985?
    - Beaucoup de personnes âgées dans cette région?

    Autres pistes d'analyse:

    - Les libéraux ont finalement accordé le contrat du Métro de Montréal à Bombardier sans appel d'offre, ce qui profitera à l'usine de La Pocatière. (drôle de hasard, l'annonce est survenue en même temps que le déclenchement de l'élection partielle)
    - L'ADQ revient dans le portrait et gruge 25% des votes (ce qui divise le vote de l'opposition et nuit considérablement au PQ)

    -Vote par habitude