Construction - Les pressions de l'industrie ont eu raison de Duchesneau

Puisque, dans son enquête, il s'approchait du cœur du système de collusion, Jacques Duchesneau subissait d'énormes pressions de la part d'acteurs clés de l'industrie de la construction. Il s'en est ouvert hier matin au ministre des Transports, Sam Hamad, a appris Le Devoir.

«M. Duchesneau et son équipe font des enquêtes qui dérangent certaines personnes qui essaient de le tasser de là. [...] Ils veulent lui faire la job», a expliqué sous le couvert de l'anonymat une source gouvernementale. Cette même personne a précisé que l'unité anticollusion mise en place en février dernier au sein du ministère des Transports pour faire le ménage «était en train de découvrir des affaires».

Lors de la rencontre avec le ministre Hamad, convoquée à la suite des allégations de financement politique illégal qui pèsent contre lui, M. Duchesneau aurait précisé ne pas être surpris par la situation. Dès sa nomination, M. Duchesneau serait devenu la cible de gros joueurs de l'industrie ne souhaitant pas être embarrassés lorsqu'ils brassent des affaires avec le gouvernement.

Depuis plusieurs mois, l'état-major de M. Duchesneau aurait constaté certains jeux de coulisses qui tentent de discréditer le travail de l'unité, a raconté une autre source proche du dossier. Il y aurait eu des gestes qualifiés «d'intimidation» et certaines craintes qu'il y ait des représailles physiques ont surgi. «C'est grave. On ne joue pas avec des enfants d'école. On leur fait de plus en plus mal», a confié cette personne.

D'ailleurs, une source issue de la fonction publique a raconté au Devoir que la mise en place de l'unité anticollusion avait délié les langues des employés qui voient passer les dossiers et les problèmes. On craignait hier que cette voie d'information soit maintenant obstruée.

Après sa rencontre avec le ministre, Jacques Duchesneau a rencontré la presse en après-midi afin d'annoncer son retrait de ses fonctions le temps que des vérifications soient faites. Le Directeur général des élections a mandaté sa direction juridique afin d'enquêter sur les faits nouveaux qui ont été présentés.

Étonnamment, le délai de prescription pour déposer une poursuite est de cinq ans dans les dossiers de financement politique. Or, il s'agit d'événements qui se seraient produits en 1999, soit après le scrutin municipal.

Mercredi soir, TVA a diffusé un reportage dans lequel un des organisateurs politiques de M. Duchesneau lors de sa course à la mairie de Montréal, en 1998, a déclaré avoir agi comme prête-nom pour dissimuler la source d'un prêt de 10 000 $ pour son parti Nouveau Montréal.

Lors de son point de presse, l'ancien chef du Service de police de Montréal s'est borné à lire une déclaration. «Je réfute les allégations qu'on m'attribue et j'en suis même choqué», a affirmé avec aplomb M. Duchesneau, qui a dit ne pouvoir accepter qu'on «salisse» sa réputation de «façon aussi gratuite».

«Le mandat que m'a confié le gouvernement commande d'être irréprochable sur le plan des perceptions et je m'impose cette discipline. Il faut bien se comprendre, les allégations portent sur le financement de la campagne électorale municipale à Montréal, en 1998, et non sur des manoeuvres de collusion. Je veux être clair: il n'y a aucun prête-nom, aucune fausse identité», a soutenu M. Duchesneau.

Après avoir fait sa déclaration, M. Duchesneau a quitté le salon Jacques-L'Archevêque de la Tribune de la presse sous les cris des journalistes qui lui lançaient leurs questions: «D'où venait l'argent, M. Duchesneau?» En guise de réponse, alors qu'il était suivi par des cameramans et des journalistes, l'ancien policier n'a eu que ces mots: «Directeur général des élections», puis il s'est engouffré dans la cage d'escalier.

Quelques heures plus tôt, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, Sam Hamad a été la cible des attaques de l'opposition. Le porte-parole péquiste en matière de transports, Nicolas Girard, a talonné le ministre, lui demandant comment il pouvait faire confiance à un homme au «passé trouble». «Comment peut-il tolérer que le renard soit dans le poulailler?», a lancé M. Girard.

Dans le chahut de la Chambre, M. Hamad a expliqué qu'il avait convoqué M. Duchesneau la veille, après avoir pris connaissance des faits allégués afin de faire la lumière. Il a précisé qu'il avait été convenu que M. Duchesneau se retirerait pour ne pas porter ombrage aux enquêtes en cours.

Le cabinet du ministre n'a pas pu préciser si M. Duchesneau conserverait son salaire annuel de plus de 200 000 $ durant son retrait temporaire ou s'il serait remplacé.

Du côté de l'Action démocratique du Québec, la députée Sylvie Roy a souligné en Chambre toutes les diversions créées pour ne pas appeler une commission d'enquête publique. Encore une fois, l'ADQ l'a réclamée.

***

Avec la collaboration Antoine Robitaille

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39 commentaires
  • Sylvain Racine - Inscrit 19 novembre 2010 05 h 08

    Message première partie

    Ça ne fait pas de doute, il faut maintenant que les gens descendent dans la rue. En fait, les gens auraient dû aller dans la rue voilà maintenant 2 ans. En fait, les gens auraient dû voter en plus grand nombre voilà bientôt 2 ans.

    Quand le PLQ va attraper le lapin concernant la pétition, il va le sortir juste avant la motion. Je vous avertis, le PLQ, alors que Charest va être à l’étranger au moment du vote sur la motion de censure qui sera déposée par le PQ, pourra sortir un beau lapin qui fera paraître la pétition comme étant absolument loufoque. Et les médias n’auront pas d’autre choix que d’en parler.

    Je ne peux pas dire où est le lapin, parce que je ne sais pas si le PLQ l’a trouvé.

    Chose certaine, si les citoyens veulent faire quelque chose, c’est maintenant ou jamais.

    La solution est d’aller manifester et d’afficher devant et aux alentours des bureaux des députés du PLQ qui ont gagné l’élection avec une faible majorité dans le but de mettre de la pression, énorme, sur eux.

    Si 5 députés libéraux votaient en faveur de la motion ou bien s’ils ne se présentaient pas en chambre mercredi prochain, ou s’ils devenaient députés indépendants d’ici à mercredi prochain, la motion du PQ pourrait passer.

    La recette est ici www.ecoeurement.com

    Allez vous laisser vos grands-mamans et grands-papas sortir dans le rue?

    Il serait bien temps que le peuple fasse plus que de signer des pétitions. Tant que la colère de la population ne sera pas dans la rue, le PLQ va rire de vous. Pas seulement le PLQ en passant. Dans The Gazette, hier, on s’est bien payé votre gueule.

    En plus, il y a des centaines de personnes, de différentes façons, qui prennent des heures et des heures à organiser des rencontres, des manifestations, mais depuis 2004, la population ne répond pas aux appels de rassemblement. Le plus gros rassemblement qu’il y a eu c’est celui pour le retour des Nordiques. C’est une honte!

  • Sylvain Racine - Inscrit 19 novembre 2010 05 h 08

    Message deuxième partie

    Pourquoi la CSN n’organise-t-elle pas une grande manifestation?

    Pourquoi les associations étudiantes ne se réunissent pas pour fixer une date pour une manifestation monstre?

    Pourquoi ne pas organiser une manifestation mercredi prochain, toute la journée?

    Les gens qui ont les réseaux de communication, je pense à des groupes sur Facebook avec des milliers de membre, mais surtout aux syndicats, partis politiques, assos étudiantes, ayant tous des listes d’adresses courriels pour faire des envois de messages massivement, que font-ils?

    Bonne chance

    Sylvain Racine
    www.ecoeurement.com

  • Pierre Gadoury - Inscrit 19 novembre 2010 05 h 30

    TROMPERIES. MENSONGES ET DIVERSIONS

    Il est possible, en effet, que M. Duchesneau soit victime d'un coup monté.
    Si c'est le cas un autre prendra la relève avec encore plus de détermination

    Il presse de faire la lumière sur toutes ces affaires de corruption, de favoritisme, de détournement de contrats, de fraudes, d'intimidations qui déferlent sur notre " belle province "

    Ce qui nous ramène toujours au même point :

    IL FAUT UNE ENQUÊTE PUBLIQUE.

    UNE ENQUÊTE PUBLIQUE parce qu'il deviendra extrêmement difficile pour des enquêteurs de prouver toutes les malversations dont sont victimes les québécois.

    Les fraudeurs, menteurs et malfrats ont eu tout le temps de faire disparaître ce qui les incrimine. On va accoucher d'une souris.

    UNE ENQUÊTE PUBLIQUE permettra toutefois à bien des témoins de dire en toute impunité comment ça se passe au royaume du Québec et de lever le voile sur l'ensemble des pratiques douteuses qui saignent à blanc les pauvres (vraiment pauvres) payeurs de taxes que nous sommes.

    UNE ENQUÊTE PUBLIQUE parce tous la réclame surtout !

    Sauf les libéraux qui agitent le torchon rouge d'une escouade spéciale en répétant jusqu'à la nausée que c'est le seul moyen de coffrer les responsables.

    A force de répéter en boucle ce monologue puéril ils espèrent nous faire oublier que ce qui les préoccupe plus que tout : les liens avec le financement des partis politiques. (Technique du mensonge par omission. On répète quelques vérités banales pour masquer le fond des choses)

    UNE ENQUÊTE PUBLIQUE sur le monde de la construction et sur le financement des partis politiques. ÇA PRESSE !

    Nos centrales syndicales devront-elles coordonner des grèves rotatives à la grandeur du Québec pour que nous ayons enfin des résultats ? Devrons-nous paralyser toute la province pour enfin paralyser ce James John Charest ?

    (Remarquez... le Québec est déjà paralysé sur bien des fronts grâce à la gestion de ce triste Premier Ministre)

    Qu'est-ce que ça prend à C

  • Gilles Bousquet - Inscrit 19 novembre 2010 06 h 57

    Il s'est sauvé comme un lapin

    Pourquoi ne pas s'être mieux expliqué et avoir répondu aux questions des journalistes, à la place de se sauver comme un lapin à la fin de son exposé de 5 minutes ? Ça fait pas mal coupable.

  • Gilbert Talbot - Abonné 19 novembre 2010 07 h 03

    Un autre qui tombe.

    Il ne faudrait maintenant que quate députés libéraux qui changent de bord lors du vote de censure la semaine prochaine pour que ce gouvernement corrompu tombe.