La FTQ fait volte-face

«Si jamais la FTQ est écorchée, si jamais la FTQ est accusée, on veut avoir l’occasion de contre-interroger les gens qui nous accusent... ce qu’on n’a pas eu à Chandler [La Gaspésia]», a rappelé M. Arsenault.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «Si jamais la FTQ est écorchée, si jamais la FTQ est accusée, on veut avoir l’occasion de contre-interroger les gens qui nous accusent... ce qu’on n’a pas eu à Chandler [La Gaspésia]», a rappelé M. Arsenault.
Croyant qu'il est temps de mettre un terme à ce qui est devenu une «téléréalité», M. Arsenault a déclaré hier en conférence de presse que «le temps est venu» pour une commission d'enquête sur l'industrie de la construction «avec des règles qui font du Québec une société de droit, civilisée et ouverte». Pour l'occasion, le chef syndical, qui a parlé de «cohésion» dans les rangs de la FTQ, était entouré du directeur général et du président de la FTQ-Construction, ainsi que la présidente du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et du porte-parole de la fonction publique municipale.

M. Arsenault a expliqué sa prise de position par une «évolution» dans son organisation. Il semble plutôt que le SCFP soit à l'origine du changement de discours du leader syndical. L'accumulation des dossiers explosifs dans le monde municipal depuis plus d'un an a créé un mécontentement tel chez les fonctionnaires municipaux, majoritairement syndiqués avec le SCFP, que le président et son état-major n'ont eu d'autre choix que d'en tenir compte.

«Il y a plein de contrats qui se donnent et il y a plein de choses [douteuses] qui entourent ça. Nos membres en voient passer tous les jours. Compte tenu des règles de loyauté, même si on avait quelque chose d'illégal entre les mains, on ne peut pas le dénoncer. C'est pour ça qu'on demande une enquête publique. C'est pas juste concernant la construction», a précisé Michel Bibeau, du SCFP, qui est présent dans 258 municipalités à travers la province.

La présidente du SCFP, Lucie Levasseur, a renchéri en soulignant qu'une enquête sur le processus d'octroi de contrats dans les municipalités fera en sorte d'aborder le financement des partis politiques. «Il va forcément y avoir un lien parce que les contrats ont un lien avec ça [le financement]. On verra ce que ça donnera dans le temps», a-t-elle précisé.

Arsenault prêt à la confrontation

Du côté de la FTQ-Construction, son directeur général Yves Ouellet a affirmé qu'une commission d'enquête était nécessaire en «complémentarité» du travail policier. M. Ouellet s'est désolé de voir que les allégations qui fusent salissent l'ensemble de l'industrie, y compris les travailleurs.

En mars dernier, le prédécesseur de M. Ouellet rejetait l'idée d'une enquête en l'associant à des «clowneries». Michel Arsenault disait craindre jusque-là qu'une telle enquête puisse paralyser l'industrie. Mais la FTQ a maintenant changé d'avis. Seules demeurent les inquiétudes des règles d'enquête d'une éventuelle commission; la Commission sur le scandale de la Gaspésia a laissé des traces.

«Si jamais la FTQ est écorchée, si jamais la FTQ est accusée, on veut avoir l'occasion de contre-interroger les gens qui nous accusent... ce qu'on n'a pas eu à Chandler [La Gaspésia]», a rappelé M. Arsenault.

Quant à savoir s'il était prêt à dévoiler et à reconnaître des problèmes au sein de l'organisation, M. Arsenault a tout rejeté, se bornant à dire qu'il témoignerait s'il était convoqué. «Je n'admets pas qu'il y a eu de mauvaises pratiques à la FTQ.»

Le chef syndical a alors été interrogé sur de supposées ristournes qui seraient payées à des gens pour assurer à des entreprises une attention particulière. M. Arsenault a nié à plusieurs reprises avoir fait l'objet de tentatives de corruption. «Je n'ai jamais eu d'offre de pot-de-vin de quelque nature que ce soit.»

«Je n'ai jamais eu connaissance qu'il y a eu des cadeaux de faits à des gens de la FTQ», a-t-il insisté. Même ses voyages sur le bateau de luxe de l'entrepreneur et ami de longue date, Tony Accurso, ne peuvent être associés à une tentative de corruption, selon lui.

Il a également nié avoir dit devant trois collègues de la FTQ avoir reçu une offre de 300 000 $ comptants dans son bureau. «Je n'ai jamais dit ça», a-t-il affirmé avant de mettre fin aux questions des journalistes.

Agitation parlementaire

Sur la colline parlementaire, à Québec, les partis d'opposition ont talonné une fois de plus le gouvernement. Mais le premier ministre Jean Charest a balayé du revers de la main pour une énième fois une motion pour la tenue d'une enquête publique.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a toutefois souligné que son adversaire politique est maintenant isolé, ayant perdu son dernier allié dans le camp des opposants avec la sortie de la FTQ. «De quoi M. Charest a-t-il peur?», a-t-elle laissé tomber. Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, estime quant à lui que les collecteurs de fonds libéraux influencent la résistance du premier ministre. «C'est un gouvernement entaché par les pratiques de corruption», a soutenu M. Khadir lors d'un point de presse. À l'ADQ, la députée Sylvie Roy a exhorté Jean Charest «à se rendre à l'évidence».

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