Affaire Vaillancourt - Québec «incapable» de destituer le maire

Vincent Auclair a affirmé que le maire Vaillancourt lui avait offert une enveloppe contenant vraisemblablement de l'argent pour l'aider dans sa campagne lors d'une élection partielle en 2002. «Oui, je crois le député de Vimont», a déclaré hier à l'Assemblée nationale Jean Charest.

Il n'est toutefois pas question que le premier ministre demande au maire de Laval de renoncer à ses fonctions le temps que l'enquête policière ait lieu, comme l'a réclamé hier Pauline Marois. La chef de l'opposition officielle a accusé le premier ministre d'abdiquer ses responsabilités.

Tout au plus, Jean Charest croit au pouvoir de la réflexion. «Sur le plan politique, évidemment, le maire de Laval aura, lui, avec ses conseillers, à s'interroger sur le fonctionnement et dans les circonstances, je suis sûr qu'il aura à réfléchir là-dessus», s'est-il contenté de dire lors de la période de questions.

Or, les cinq députés de Laval, tous des libéraux — Michelle Courchesne (Fabre), Guy Ouellette (Chomedey), Alain Paquet (Laval-des-Rapides), Francine Charbonneau (Mille-Îles) et Vincent Auclair (Vimont) — devaient rendre publique une position commune — un communiqué devait être diffusé — pour réclamer que le maire de Laval abandonne ses fonctions le temps de l'enquête. Ces députés ont dû renoncer à leur projet et sont rentrés dans le rang hier.

La ministre responsable de la région de Laval, Michelle Courchesne, a affirmé en fin de journée qu'il n'y avait qu'«une seule position», celle du gouvernement. «On dit que le maire Vaillancourt a une sérieuse réflexion à faire», a-t-elle dit, une position que le préfet de discipline libéral, le whip Pierre Moreau, a répétée presque mot pour mot.

Le gouvernement juge qu'il n'a pas le pouvoir de destituer le maire de Laval. «Je n'ai pas lu ça dans la loi. La loi a ses limites», a souligné le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Laurent Lessard. Pour déclarer un élu municipal «inhabile à exercer sa fonction» au sens de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, il faut qu'il ait commis une manoeuvre électorale frauduleuse ou encore un acte punissable de deux ans d'emprisonnement ou plus. Or, non seulement Gilles Vaillancourt n'a pas été déclaré coupable de quoi que ce soit, mais une «tentative» de financement illégal n'est pas en soi une infraction, explique-t-on.

La mise en tutelle de l'administration municipale de Laval, que réclame le leader parlementaire adjoint de l'opposition officielle, Bertrand St-Arnaud, est elle aussi écartée. La tutelle ne peut être imposée que lorsqu'une ville n'est plus en mesure d'assumer ses obligations financières ou lorsque le conseiller municipal n'est pas en mesure d'administrer la ville depuis plus de 30 jours, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Pour l'heure, le gouvernement Charest ne peut rien contre «le roi de Laval», pour employer l'expression de Lise Bacon.

Laurent Lessard a signalé hier que la Ville de Laval, en vertu de la loi 76 contre la collusion, adoptée l'an dernier, fera l'objet d'une vérification du ministère au même titre que Terrebonne et Mascouche, deux municipalités où les maires se sont retirés des affaires. «Tout va être vérifié: l'attribution des contrats, les déclarations d'intérêt, les conflits d'intérêts. L'élu en question [Gilles Vaillancourt] va être rencontré par les vérificateurs chez nous, a dit Laurent Lessard. On a les yeux à Laval.»

Violente sortie de Khadir

Le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire, s'en est pris tant au gouvernement Charest qu'à l'administration du maire Vaillancourt, qu'il juge l'un comme l'autre «corrompus».

Selon M. Khadir, si Jean Charest refuse de mettre en tutelle l'administration de Laval ou de destituer son maire, c'est parce qu'il a quelque chose à cacher. «J'ai l'impression que c'est parce que M. Charest a peur de quelque chose. C'est la même famille libérale, c'est le même réseau de financement. C'est les mêmes amis.»

Le député de QS estime que Gilles Vaillancourt est un «petit dictateur», un «potentat», «un maire aux pratiques douteuses. Les allégations qui pèsent contre lui ne datent pas d'hier. [...] Dans le royaume de Laval, il y a quelque chose qui sent très mauvais.»

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