Lettre des «136» - Un signataire embarrassant pour Pauline Marois

Québec — Une des 136 signatures au bas de la lettre de soutien à la «gouvernance souverainiste» de Pauline Marois, publiée en nos pages hier, a créé un profond malaise au sein du PQ. Celle de Jean-Roch Villemaire, jeune militant péquiste de l'Outaouais, qui avouait au Droit en 2008 avoir «certaines affinités» idéologiques avec le leader d'extrême droite autrichien Jörg Haider, ainsi qu'avec le chef du Front national français, Jean-Marie Le Pen. «Si j'avais su ce qu'il a fait dans le passé, je n'aurais pas accepté sa signature», a confié hier au Devoir Alexandre Thériault-Marois, président sortant du Comité national des jeunes du PQ qui a corédigé la lettre pour défendre Pauline Marois.

À la mi-septembre, M. Villemaire a été condamné à 500 $ d'amende pour avoir volé et vandalisé des pancartes électorales unilingues anglaises d'une candidate aux élections municipales de novembre 2009. Il n'aura pas de casier judiciaire puisqu'il a reçu une absolution inconditionnelle. Il a aussi reconnu avoir peint les graffitis «FLQ», «primauté au français» et «Québec libre» sur l'édifice et l'enseigne de l'organisme West Quebecers, qui défend les droits des anglophones à Gatineau. À l'époque, les gestes, ainsi que des menaces par courriel, avaient été revendiqués par la «Ligue de défense nationale».

Selon M. Thériault-Marois, c'est M. Villemaire qui a offert mardi de signer la lettre intitulée «Gouverner en souverainiste et faire l'indépendance». «On l'a accepté comme représentant jeune. Je l'avais rencontré au Grand rassemblement des jeunes [à Victoriaville, début octobre]. On n'a pas vérifié les CV des gens!» En 2008, M. Villemaire a été candidat, lors d'une élection partielle dans Hull, pour le Parti indépendantiste (PI), qui plaide pour que la souveraineté se fasse sans référendum, après une seule victoire électorale. En mai 2008, Le Droit rapportait que M. Villemaire, lors d'un débat, avait réclamé un moratoire sur l'immigration tant que le Québec n'était pas un pays. Pauline Marois avait aussi été sa cible, notamment pour ses projets de Constitution et de citoyenneté québécoises, pourtant deux des éléments clés de la «gouvernance souverainiste».

Sur un blogue dont les archives ont été aujourd'hui éliminées, M. Villemaire, le 15 octobre 2008, rendait un hommage au chef du FPÖ, Jörg Haider, qui venait de mourir accidentellement. Il suggérait aux internautes d'«adresser un message de condoléances à celui qui fut un haut représentant de l'esprit national autrichien». M. Haider avait notamment soulevé un tollé pour avoir vanté les mérites de l'Allemagne nazie quant à ses politiques d'emploi.

Sur le profil Facebook de M. Villemaire, hier, des liens avec une vingtaine de sections locales de CasaPound, un mouvement néofasciste italien, figuraient dans sa liste d'amis. En fin d'après-midi, le profil Facebook avait disparu.

M. Villemaire n'a pas répondu aux multiples demandes d'entrevue téléphonique ou par courriel de la part du Devoir, hier.

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