50 militants contre «l'autonomisme» de Marois

Pauline Marois rencontrait les militants en fin de semaine à l'occasion du colloque Quelque chose comme un grand peuple, organisé par l'Institut de recherche sur le Québec.
Photo: - Le Devoir Pauline Marois rencontrait les militants en fin de semaine à l'occasion du colloque Quelque chose comme un grand peuple, organisé par l'Institut de recherche sur le Québec.

Québec — La «gouvernance souverainiste» de Pauline Marois, c'est l'«autonomisme» de Mario Dumont «sous un autre label», s'indignent 50 jeunes militants péquistes et bloquistes inquiets, dans une lettre obtenue par Le Devoir et publiée dans notre page Idées.

Ces signataires, ayant tous moins de 30 ans, comptent au moins un ancien candidat péquiste de 2008, Jerry Beaudoin, qui a contesté le leadership de Pauline Marois la semaine dernière sur Facebook. Font aussi partie des signataires deux anciens présidents du Forum des jeunes bloquistes dont un, Jean-François Landry, qui est parti à la suite d'une querelle avec la direction du BQ. Des membres d'exécutifs de comtés péquistes figurent aussi dans le groupe. Ils tiendront une conférence de presse ce matin à Québec pour faire valoir leur point de vue et susciter le débat en vue du XVIe congrès du PQ prévu pour la mi-avril 2011.

À leurs yeux, l'approche de Gilles Duceppe tranche radicalement avec celle de Pauline Marois, ce qui fait que les deux partis tiennent actuellement «deux discours contradictoires» sur la souveraineté. «L'on ne peut continuer d'envoyer pareils signaux contraires à la population», affirment-ils. D'un côté, le chef bloquiste, «avec une force et une détermination marquées, affirme sur toutes les tribunes que le Québec n'a plus rien à attendre d'Ottawa et du Canada». De l'autre, Pauline Marois a annoncé qu'elle irait plutôt faire une bataille «tous azimuts» pour rapatrier de nouveaux pouvoirs. Autrement dit, la chef péquiste, écrivent les militants, reprend depuis trois ans les «idées que mettait en avant l'ADQ: adoption d'une constitution québécoise, déclaration de revenus unique, rapatriement de pouvoirs en culture, immigration, communications, etc.».

Les signataires dénoncent le «pari fort hasardeux», inscrit dans la «proposition principale» (brouillon de programme qui doit être adopté au congrès d'avril 2011), de croire que les Québécois «prendront goût à la liberté» lorsqu'ils gagneront en autonomie dans le cadre du fédéralisme. «C'est à cette démarche politique que nous nous opposons aujourd'hui», écrivent-ils, craignant qu'une telle voie fasse gaspiller plusieurs années à leur mouvement.

Selon les signataires de la lettre, dans toute négociation avec Ottawa, la position d'un éventuel gouvernement péquiste serait «difficilement tenable»: «Comment affirmer négocier de bonne foi avec Ottawa alors qu'invariablement, un gouvernement souverainiste affirmera qu'il n'en aura jamais assez et qu'il voudra toujours réaliser l'indépendance?»

Parti sans débats

Les militants ont cru nécessaire d'exprimer en public leurs «craintes» et leur «opposition face à ce projet de "gouvernance"». D'autant que celui-ci risque de «devenir le coeur de leur action politique future» du PQ s'il est adopté tel quel lors du congrès du mois d'avril 2011. Si cette vision Marois l'emportait, le Parti québécois en souffrirait selon eux: il ne faudrait pas se «surprendre» alors de voir plus d'un militant «tourner le regard ailleurs dans l'espoir de trouver une vision plus audacieuse de l'indépendance», écrivent-ils.

C'est Le Devoir, vendredi, qui avait révélé que des militants péquistes préparaient la lettre rendue publique aujourd'hui. Ces cinquante signataires ont été galvanisés par la sortie de Jacques Parizeau à Radio-Canada, mercredi dernier. L'ancien chef péquiste avait alors louangé Gilles Duceppe et soutenu que le PQ pouvait en faire plus pour préparer la souveraineté.

Dans leur lettre, les jeunes militants citent d'ailleurs à deux reprises l'ancien chef ainsi que son épouse, la députée de Crémazie, Lisette Lapointe. Selon eux, Mme Lapointe a raison de vouloir que l'article 1 de la «proposition principale» soit renforcé. Les militants reprennent aussi la critique de Jacques Parizeau sur le fait que «cela fera bientôt six ans que les membres du Parti Québécois n'auront pas eu à se prononcer sur le document fondamental qu'est le programme de leur parti» dans un congrès. À leurs yeux, le PQ a été, depuis sa fondation, «un parti de débats, un parti de réflexion qui a vécu pour et par ses idées». Les militants disent souhaiter qu'il demeure ce type de formation discuteuse.

Ils félicitent toutefois le PQ pour avoir mis sur pied la série «L'ABCD de la souveraineté», une tournée de conférence où les députés Jean-Martin Aussant, François-Yves Blanchet, Alexandre Cloutier et Bernard Drainville martèlent leurs arguments en faveur de la souveraineté. Un des signataires, Mathieu Léveillé, est d'ailleurs un des représentants jeunes du député Drainville.

Dissidence et division

Au Parti québécois, une source très bien informée s'est dite «peu surprise» par les noms de plusieurs signataires de la lettre qui font partie, a-t-elle dit, partie d'une «traditionnelle petite gang» rompue à la «dissidence» au sein des instances. Une autre source parle de «jeunes qui, lorsqu'ils militaient au CNJPQ [Comité national des jeunes du PQ], ont été "contre" la présidente Isabelle Fontaine, "contre" le président Alexandre Thériault-Marois, contre, contre, contre, toujours contre».

Un des signataires de la lettre, l'ancien candidat péquiste dans Bellechasse (2008) Jerry Beaudoin, a récemment contesté, dans un texte intitulé J'en ai marre, le leadership de Pauline Marois sur Facebook. Cet enseignant qui milite maintenant dans Laurier-Dorion y écrivait que «le véritable problème au Québec n'en est pas un de droite ou de gauche, c'en est un de leadership». Devant la menace que représenterait pour le PQ un éventuel nouveau parti dirigé par François Legault, «il est temps de colmater la fuite» et de placer Gilles Duceppe à la tête du PQ. «Il a l'expérience et la crédibilité et surtout, aucun squelette dans son placard. Sa position claire sur la question nationale en séduit plus d'un. Ça fait bien différent de l'espèce de position bric-à-brac prônée par certains. Il est temps de le dire haut et fort; le Bloc Québécois a un rôle majeur à jouer à Ottawa, Gilles Duceppe excelle particulièrement dans ce rôle, mais l'appel de patrie doit primer sur tout.» L'Association péquiste de Bellechasse a publié jeudi un communiqué pour se dissocier des propos de M. Beaudoin.

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