Le retour de Facal en politique n'est pas pour demain

Indiquant qu'il n'avait «pris aucune décision par rapport à [son] futur», l'ancien ministre péquiste Joseph Facal a invité les souverainistes à voir la réalité en face: la souveraineté n'est pas «à la veille» de se faire, en raison de la «morosité politique», affirme-t-il.

Invité à faire un discours pour les 15 ans du dernier référendum par la revue L'Action nationale, à Montréal, M. Facal n'a pas indiqué s'il se joindrait à l'ex-péquiste François Legault dans son projet de nouveau parti politique, qui mettrait la question nationale de côté. «Je suis un citoyen sans carte de membre d'aucun parti, hormis la fidélité à ma conscience et à mes proches. Je n'ai aucune ambition personnelle. Je suis disponible à me rendre utile, mais pas à n'importe quel prix. Je n'ai pris aucune décision par rapport à mon futur, je ne suis pas pressé [...]. J'ai aimé la politique, mais je ne brûle pas d'y retourner.» En point de presse, il a précisé qu'il a bien rencontré François Legault à ce sujet lors d'un souper le 11 septembre.

Au sujet de la souveraineté, il a dit qu'il croyait toujours en ce grand projet. «S'il n'en tenait qu'à moi, la souveraineté serait faite depuis longtemps. Elle reste éminemment souhaitable.» Mais il a de nouveau pris ses distances d'avec ce projet pour le Québec à court terme. «Plutôt que de faire semblant que la souveraineté est à portée de la main, il faut travailler pour quelle demeure dans le domaine du possible.»

Le Québec ne peut d'ailleurs pas s'offrir le luxe d'un troisième échec si le Parti Québécois reprenait le pouvoir. Tenir un autre référendum sans être assuré de la victoire serait «mentir», selon Joseph Facal. Une crise, linguistique ou autre, ne sera pas suffisante pour convaincre les Québécois de la nécessité de devenir une nation: les citoyens ne sont pas majoritaires à vouloir la souveraineté, en plus de ne pas sortir en masse pour voter. Et «je ne crois pas que le travail militant rende possible un référendum gagnant sur la souveraineté à court terme. Si on ne change pas d'approche, les mêmes méthodes donneront les mêmes résultats. C'est presque une loi de la physique».

Sans faire référence au Parti québécois ou aux idées de François Legault, M. Facal a critiqué l'idée de reporter la souveraineté au moment où le Québec sera en pleine santé. «Il est illusoire de croire qu'il faut régler tous nos problèmes» avant de s'y mettre.

Les spectateurs qui l'ont écouté attentivement au Lion d'Or ont, en partie, ovationné son allocution, mais certains l'ont confronté à ses idées lors de la période de questions, comme le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mario Beaulieu. «Êtes-vous des nôtres?» lui a même demandé une convive... avant de lui demander quand il deviendrait le leader qui mènerait le peuple québécois à la souveraineté.

L'invitation écrite à l'événement d'hier soir faisait abstraction des dernières prises de position de M. Facal au sujet de la souveraineté. «Joseph Facal soutient que la question nationale ne peut sérieusement être mise entre parenthèses et qu'il est aujourd'hui nécessaire de revenir à ses paramètres les plus fondamentaux pour assurer sa remise à l'avant-plan dans la société québécoise», pouvait-on y lire.

Dernièrement, sur son blogue, M. Facal critiquait l'impression qu'il a que les souverainistes ne peuvent pas avoir une opinion hors-norme. «Il n'est pas sage de continuer à faire semblant [que c'est] pour la semaine prochaine [la souveraineté]. La question devient: que faire? [...] Je constate que le simple fait de se poser la question est un grave crime pour certains. Dommage.»

Il a répété ce propos hier, déplorant que les «réflexions à voix haute» soient désormais mal vues.
2 commentaires
  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 30 octobre 2010 12 h 33

    Une position claire et courageuse

    Bravo M. Facal pour votre lucidité et votre courage d'avoir affirmé que la souveraineté n'est pas «à la veille» de se faire, en raison de la «morosité politique». Vous avez enfin brisé le tabou suprême comme souverainiste en mettant les cadrans à l'heure, tout en réaffirmant que la souveraineté « reste éminemment souhaitable ». Vous ne trahissez pas vos convictions, mais vous restez lucide quant à son actualisation à court terme. Il serait temps que les souverainistes adhèrent non pas à un nouveau mouvement politique ou à un nouveau leadership au PQ mais à l'idée que la souveraineté reste un projet pertinent, mais qu'entretemps, il faut bien gouverner le Québec. Le meilleur parti politique pour affronter le PLQ est encore le PQ et c'est un devoir pour tous les souverainistes de s'unir plutôt que de deviser continuellement sur le moment d'un troisième référendum.

  • Nathalie E. Pellerin - Inscrit 31 octobre 2010 20 h 36

    Le retour de Facal en politique n'est pas pour demain.

    Peut-être attend-t'il les 'conditions gagnantes'?