Remplacer Marois par Duceppe? - «On n'en est pas là»

Pauline Marois et Gilles Duceppe, à l’issue d’une séance de travail tenue en janvier 2009.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois et Gilles Duceppe, à l’issue d’une séance de travail tenue en janvier 2009.

Québec — Jacques Parizeau n'est pas le seul au Parti québécois à préférer l'approche souverainiste de Gilles Duceppe à celle de Pauline Marois. Le Devoir a appris qu'avant même la sortie de mercredi de l'ancien chef péquiste, des militants du PQ ont rédigé une lettre ouverte dans laquelle ils soutiennent que Gilles Duceppe «est le leader souverainiste le plus inspirant en ce moment». Ce groupe — dont un employé de circonscription et un militant qui évoluait jadis au Comité national des jeunes du PQ —, très critique à l'égard de la chef péquiste, dit ne pas être prêt à sortir sur la place publique et soutient que la lettre «n'est pas encore signée, mais qu'elle circule».

Une autre source a nié une rumeur selon laquelle la lettre réclamait le remplacement immédiat de Mme Marois par M. Duceppe. «On n'en est pas là.» Toutefois, la sortie de Jacques Parizeau en a galvanisé les membres: «Il y a beaucoup de gens qui pensaient ça [ce que M. Parizeau a soutenu] et qui se sont dit: "Je ne suis pas tout seul à penser ainsi". C'est la plus grande caution morale, M. Parizeau, et il vient de dire à cette gang-là: "Vous n'avez pas totalement tort."»

Mercredi, à Radio-Canada, M. Parizeau a vanté «la clarté remarquable» de M. Duceppe sur la question de la souveraineté, notamment dans un récent discours prononcé à Washington. Parlant du PQ de Pauline Marois, il soutenait plutôt que depuis quelque temps, on y avait «trop utilisé» la souveraineté «comme une sorte de drapeau, de hochet qu'on brandit de temps à autre aux militants pour les tenir tranquilles». L'ex-premier ministre avait aussi emboîté le pas à son épouse, la députée Lisette Lapointe. Celle-ci a soutenu qu'il fallait étoffer l'article 1 de la «proposition principale» (brouillon du programme qui doit être adopté au congrès d'avril).

Les auteurs de la lettre estiment être «très nombreux» à avoir été rejoints par les propos de M. Parizeau. «Beaucoup de gens disent que la "gouvernance souverainiste" et le "Plan Marois" pour la souveraineté, ça ressemble au programme de 2007 de l'ADQ.» Ces deux piliers de l'approche Marois «tranchent avec ce que le Bloc dit depuis six mois», c'est-à-dire qu'«on n'a plus rien à attendre du fédéral. Après Meech [...], cessons de vivre dans le mirage constitutionnel».

Une source soutient qu'un point important de la lettre, «c'est que la "gouvernance souverainiste", ça n'intéresse pas les gens. Les gens ne trouvent pas ça inspirant. [...] On milite au PQ pas pour la gouvernance souverainiste, mais pour un gouvernement qui va faire la souveraineté.»

SPQ Libre

Pierre Dubuc, secrétaire du SPQ Libre, a soutenu hier ne pas être au courant de l'existence de cette lettre. Le SPQ Libre, un club politique regroupant les «progressistes et des syndicalistes pour un Québec libre», a perdu au printemps dernier la reconnaissance que le parti lui conférait dans ses instances depuis 2005. Malgré tout, il a qualifié de «complètement fou» tout scénario par lequel des militants réclameraient à ce moment-ci la tête de Pauline Marois et son remplacement par le chef bloquiste. «On a un congrès au mois d'avril; on a un vote de confiance. On verra à ce moment-là», a-t-il répondu.

M. Dubuc a toutefois qualifié de «très intéressants» les derniers propos de Jacques Parizeau. «Nous aussi, on a souvent souligné que le Bloc et le PQ tenaient deux discours différents», a-t-il rappelé, soutenant qu'il faudrait «arrimer ces positions». Dans sa «proposition principale», Mme Marois «semble vouloir donner une dernière chance au Canada», opine-t-il. Aussi, M. Dubuc soutient qu'il est encore temps de «renforcer l'article 1»: «On est dans la période de préparation du congrès. Les congrès de circonscription commencent. C'est là que les propositions doivent atterrir. On verra ce qui va en ressortir et on verra les réactions de Mme Marois à ça. C'est le processus démocratique normal qu'on doit respecter.»

L'ancien député péquiste de l'Assomption (1996 à 2007), Jean-Claude Saint-André, qui a longtemps travaillé auprès de Jacques Parizeau à son bureau de circonscription, il dit avoir perdu tout espoir que le PQ redevienne résolument indépendantiste. Il soutient que les propos de son ancien patron n'auront aucun effet, «comme ils n'en ont pas eu en 2005, ni en 1996, etc.» M. Saint-André, qui a été candidat à la chefferie en 2005, a été battu en 2007. Il soutient que c'est parce qu'il était indépendantiste que le parti lui a refusé de porter les couleurs péquistes en 2008. C'est Scott McKay qui a obtenu l'investiture et a remporté la circonscription. Depuis, M. Saint-André est sans emploi et a rompu avec son ancienne formation politique: «Le problème du Parti québécois, ce n'est pas ses chefs. Le problème, c'est le parti lui-même, son establishment. On est en présence d'un groupe de gens qui se sont accaparé le parti. Une bande d'opportunistes et d'ambitieux qui se sert de la cause nationale pour se faire élire», a-t-il pesté lorsque joint par Le Devoir hier.

PQ et BQ «main dans la main»

Par ailleurs, Pauline Marois hier a brièvement réagi aux propos de Jacques Parizeau, soutenant qu'il ne devait pas s'inquiéter: «Je travaille activement à réaliser la souveraineté. Gilles [Duceppe] fait un excellent travail de promotion et, surtout, lui et moi travaillons main dans la main à faire en sorte qu'on atteigne l'objectif. C'est celui de se donner un pays et de faire la souveraineté du Québec.» Gilles Duceppe, lui, a affirmé aussi que Mme Marois et lui travaillaient «tous les deux avec un même objectif de faire du Québec un pays», mais «sur des théâtres d'opération qui sont différents». Que l'ancien chef péquiste l'ait complimenté n'implique pas qu'il «dénigrait l'autre chef».

Les libéraux en général, et le premier ministre Jean Charest en particulier, ont voulu profiter de ce qu'ils considèrent comme une autre des nombreuses «chicanes» dans le mouvement souverainiste. «Tout cela va dans le sens de ce que j'entends et de ce que je vois au sujet de Mme Marois, qui semble de plus en plus isolée. Je constate des divisions profondes au PQ», a opiné le premier ministre.

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Avec La Presse canadienne
 
94 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 octobre 2010 01 h 59

    Siège éjectable

    L'opinion de M John James Charest sur le PQ a pour moi une valeur nulle. Qu'il se surveille lui-même, car il va bientôt se faire éjecter de son siège avec parachute ($$$).

    Bravo à M Duceppe. Il se comporte en vrai homme d’État. Son sens des responsabilités, son esprit démocratique et son respect du parlementarisme sont appréciés de tous. Il jouit d’une très bonne image même au Canada anglais.

  • Jean-François Trottier - Inscrit 29 octobre 2010 02 h 58

    Sont-ils tombés sur la tête?

    1) Gilles Duceppe ne ramènera pas Legault et Facal. Wake Up! C'est un ex-Marxiste-Léniniste qui a toujours prôné les idées de gauche au Bloc! Je n'ai rien contre la gauche, mais ce n'est pas ce qui va contenter les soi-disant "Lucides", ça c'est certain.

    2) Il se fera sortir des poux par Jean Charest comme Pauline, comme Boisclair avant elle, comme Landry et Bouchard.... Vous vous rappelez la soi-disante psychanalyse à distance de Lucien Bouchard? Les fédéralistes font de l'attaque personnelle leur arme de prédilection. En ce moment, il n'a pas d'angle pour attaquer Gilles Duceppe parce qu'il n'en ont pas besoin. Le jour hypothétique où il sera chef, ne vous inquiétez pas, ils en trouveront un. Les journalistes de La Presse et The Gazette vont éplucher ses factures depuis l'enfance s'il le faut.

    3) Enfin merde, le PQ est plus populaire que les autres partis! Pourquoi se mettre à taper sur son chef? Il est premier mais il n'est pas "plus plus" premier? So what! On est ENTRE deux élections!

    4) La Souveraineté ne peut pas se faire sans le peuple. L'indépendance Canadienne s'est faite à coups d'acquis et de précédents et ça semble marcher comme ça avec notre système. La stratégie Marois enclenche un processus de revendications graduel . Je comprends que ça demande de la patience et que c'est plus décourageant qu'un grand soir. Sauf qu'un référendum perdant ne donne rien. C'est bien beau de vouloir "toutte tusssuite tusssuite!", mais si on n'a rien au bout du compte, ça donne exactement ça: RIEN.

    5) Ça fait l'affaire à Jean Charest de trouver des contestations de leadership d'en face. Les Libéraux sont en train de chercher à monter un spin pour remonter leur cote à temps pour l'élection. De grâce! Ne leur laissons pas ce luxe!

  • Socrate - Inscrit 29 octobre 2010 04 h 11

    pays

    Pas facile de se donner un pays quand on en a déjà un.
    Pierre-Marc Johnson.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 29 octobre 2010 05 h 26

    Il y a pire pour Mme Marois, l'affaire Michaud

    Mme Marois a participé au vote de décembre 2000 pour blâmer M. Michaud d'être un antisémite et un raciste, ce qui est faux, jusqu'à preuve du contraire.
    `
    L’occasion de la sortie du livre "Mon exécution parlementaire" sur ce sujet, après 10 ans, ranime l'ignoble affaire qui éclabousse tous les députés participants qui ont voulu éclabousser M. Michaud. Un boomerang qui s'en vient frapper ses auteurs, à la vitesse de l'éclair.

    Ça oblige Mme Marois à s'expliquer ou à s'excuser parce que l'affaire est plus dangereuse que la création éventuelle d'un parti politique par M. Legault...selon moi.

  • Alexandre Dionne - Inscrit 29 octobre 2010 06 h 04

    Par-delà la question des personnes, un questionnement à méditer !

    Il demeure que la question du « Plan Marois » favorisant une dévolution sectorielle de la souveraineté paraît voué, c'est le grand sondage commandé par le Bloc Québécois sur un renouvellement du fédéralisme selon le Québec et le Reste du Pays qui nous l'apprenait au début de l'été, assez invraisemblable.

    Le sondage donnait cette indubitable et claire contradiction entre la volonté néofédéraliste consensuelle d'une large majorité de Québécois-es favorisant une sorte de Plan Allaire actuel et la volonté négative du Reste du Pays à toute rétroaction à l'encontre de l'ordre constitutionnel canadien dans la forme ! Sans pouvoir citer les nombre, ils étaient à la fois éloquents et sans équivoque cette fois, entre cette sempiternelle attitude du Québec à vouloir composer (en fait, à ne pas vouloir se destiner à soi !) et cette sempiternelle attitude du Canada anglais à ne rien vouloir concéder à la Province mécontente !

    Ainsi le Parti Québécois, s'il opte pour la dévolution sectorielle de la souveraineté et en fait provisoirement sa position constitutionnelle, ne pourra s'occulter qu'il investit dans l'improbable et dilapidera l'effort et mobilisera des personnes sérieuses envers un idéal selon un pronostic pour le moins discutable. Le sondage évoqué permet de douter que la fameuse pédagogie que l'on viserait d'abord avec l'actuel Plan dévolutionnaire, déjà accablé par la mauvaise foi passée de se prévaloir comme un échec programmé (martèleront des commentateurs « sonores »), soit une démonstration qui puisse passionner les Québécois-es sur le modèle du cycle de vie, de mort et du deuil de Meech !

    Du reste, les Québécois-es en sont-ils encore vraiment aux démonstrations ?