F-35: les libéraux promettent d'annuler le contrat

Les libéraux de Michael Ignatieff estiment ne pas avoir obtenu les raisons du gouvernement pouvant justifier l’achat de 65 avions F-35 sans appel d’offres.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Les libéraux de Michael Ignatieff estiment ne pas avoir obtenu les raisons du gouvernement pouvant justifier l’achat de 65 avions F-35 sans appel d’offres.

Ottawa — Troublé par le plus récent rapport de la vérificatrice générale révélant d'importants dépassements de coûts lors d'achats d'équipement militaire, le Parti libéral de Michael Ignatieff fait enfin son nid: s'il est reporté au pouvoir, il annulera le contrat d'achat des 65 avions de chasse F-35 pour lancer un appel d'offres. Piqué, le gouvernement rétorque que la «coalition» mettra en danger des milliers d'emplois.

«Nous étions déjà critiques de cet achat, mais ayant vu le rapport de la vérificatrice générale, ça devient franchement trop ridicule, a lancé M. Ignatieff. Elle dit que l'absence d'un appel d'offres a haussé les coûts pour les contribuables. Nous voulons éviter ça, surtout dans un contexte de déficit. [...] Je ne voudrais pas me retrouver en 2015 ou 2020 et être noyé par des coûts inattendus.»

Mardi, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, a déposé un rapport indiquant que les récents achats d'hélicoptères Cyclone (2004) et Chinook (2009) avaient dépassé les coûts prévus de manière très importante. Dans le cas des Chinook, les dépassements étaient prévus du ministère de la Défense, mais ont été cachés au Conseil du Trésor pour réduire la facture présentée au public.

Il y a deux semaines, les libéraux avaient menacé d'annuler le contrat des F-35 si le gouvernement n'expliquait pas à quels besoins stratégiques répondent ces avions dernier cri. Ils estiment ne pas avoir obtenu de réponse. Comme le contrat d'achat ne sera pas signé avant 2013, aucune pénalité financière n'est prévue.

Dans un discours devant le gratin de l'industrie aérospatiale, le ministre de l'Industrie, Tony Clement, a attaqué ses adversaires. «La mauvaise chose à faire serait d'hésiter et d'attendre que les autres partis au Parlement se réveillent. [...] Faire ce que Michael Ignatieff et ses alliés proposent mettrait en péril tous les emplois et emplois potentiels déjà en lien avec le F-35.»

Le ministre soutient que si le Canada n'achète pas les avions de Lockheed Martin pour remplacer les vieux CF-18, les entreprises canadiennes ne pourront pas en construire les composantes. «L'industrie me dit que si on annule ce contrat, ils seront évincés de la chaîne de production.» C'est l'avis aussi du président de l'Association des industries aérospatiales canadiennes, Claude Lajeunesse. «J'ai eu l'occasion de voir un de ces contrats entre Lockheed et cette compagnie. C'est écrit noir sur blanc que si le gouvernement canadien n'achète pas les appareils, le contrat sera révisé et les ouvriers vont en souffrir.»

Cette interprétation est contestée. Être membre du consortium de neuf pays qui conçoit le nouvel avion de chasse permet aux entreprises du Canada de soumissionner sur les contrats liés au F-35. L'entente n'oblige pas les pays membres à acheter les appareils.

Le gouvernement estime que le Parti libéral répète l'erreur commise en 1993, quand Jean Chrétien avait annulé l'achat d'hélicoptères et versé des centaines de millions de dollars en pénalité. Les Cyclone mentionnés mardi par Mme Fraser ont remplacé ces appareils mis sur la glace en 1993.

«La raison pour laquelle nous avons eu des problèmes avec cet hélicoptère, c'est qu'il y a 17 ans, le gouvernement libéral a annulé un contrat, a lancé Stephen Harper à la Chambre. Nous ne ferons pas la même erreur quand vient le temps de remplacer nos CF-18.»

Hier, 450 «mal-logés» ont manifesté devant les bureaux de Stephen Harper, à Ottawa, pour contester cet achat militaire. «Avec le coût d'achat et d'entretien d'un seul F-35, le gouvernement aurait pu subventionner jusqu'à 3500 logements sociaux», a illustré François Saillant, coordonnateur du FRAPRU.
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 13

    Le Canada

    Le Canada vaut-il la peine d'être défendu?