Contrats de construction - La mainmise du génie-conseil est jugée «aberrante» à Laval

Le contrôle presque total des grandes firmes de génie-conseil sur le processus d'octroi des contrats de construction accordés par la Ville de Laval est «totalement aberrant», selon Robert Bordeleau, chef du Parti au service des citoyens de Laval (PSC). «Ça n'a pas de bon sens de tout donner au privé et de ne pas être en mesure de bien surveiller le travail et les prix», dit-il.

Hier, Le Devoir révélait que la mainmise des ingénieurs externes est si considérable que des fonctions stratégiques de la Ville de Laval sont entre les mains du privé. Ainsi, l'évaluation des projets, leur conception, l'analyse des sols, les plans et devis, l'estimation des coûts, la rédaction des appels d'offres et la surveillance des chantiers sont effectués par les firmes privées de génie-conseil. De plus, les ingénieurs internes à la Ville de Laval sont très peu nombreux pour surveiller le travail de ces firmes. La Ville compte une quinzaine d'ingénieurs.

Contrairement à la Ville de Montréal, qui a donné un coup de barre dans les derniers mois en embauchant massivement des ingénieurs pour surveiller les contrats municipaux, l'administration Vaillancourt ne souhaite pas encadrer davantage les firmes de génie-conseil. «Le modèle qu'on applique est celui d'un partenariat public-privé. [...] On considère que ce modèle a bien fonctionné», dit Marc Laforge, le porte-parole de la Ville de Laval.

Le maire Gilles Vaillancourt et les 21 conseillers municipaux contactés par Le Devoir hier n'ont pas souhaité commenter la situation.

M. Bordeleau, qui dirige le PSC depuis 2006, n'est pas d'accord. «Les taxes à Laval sont de 20 à 30 % trop élevées, alors dire que c'est économique pour la Ville de s'en remettre totalement au privé, c'est faux», dit-il, lui qui a terminé 3e lors des élections municipales de 2009 et n'a fait élire aucun conseiller, puisque le parti du maire Vaillancourt a raflé tous les sièges. Il n'y a aucune opposition à l'Hôtel de Ville de Laval. «Notre manque d'expertise interne fait qu'on est à la merci des firmes privées, alors contrôler les coûts et la qualité est plus difficile. Montréal s'en est rendu compte, Laval devrait en faire autant», dit Robert Bordeleau.

Sur les ondes du 98,5 FM, à l'émission Dutrizac l'après-midi, le porte-parole de Laval a soutenu «qu'il n'y a pas de raison de croire que le travail est mal fait». «On est satisfait de la situation», a dit Marc Laforge.

Sur une autre planète!


Une erreur, selon Pierre J. Hamel, chercheur à l'INRS-Urbanisation. «Laval vit sur une autre planète! Comme si les problèmes de Montréal, qui confiait tout au privé avant de constater les dérapages, ne pouvaient pas traverser les ponts!»

Laval est pourtant l'un des plus importants donneurs d'ouvrage au Québec, dit M. Hamel. «Ce n'est pas une paroisse! Pourtant, elle est la championne du laisser-aller au privé.» Lui aussi pointe du doigt le manque d'expertise interne. «Pour ne pas te faire avoir par une entreprise privée, il faut avoir un minimum de connaissances. L'ingénieur interne travaille uniquement pour que la Ville obtienne le meilleur rapport qualité-prix, alors que l'ingénieur d'une firme privée est là pour faire des profits.»