Leadership: Marois sur la défensive

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, en conversation téléphonique hier à Saint-Hyacinthe, où se tenait le conseil national du parti. Des militants ont confié au Devoir être inquiets du fait que leur chef ne profite pas à plein de l’impopularité du gouvernement Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La chef du Parti québécois, Pauline Marois, en conversation téléphonique hier à Saint-Hyacinthe, où se tenait le conseil national du parti. Des militants ont confié au Devoir être inquiets du fait que leur chef ne profite pas à plein de l’impopularité du gouvernement Charest.

Saint-Hyacinthe — Même abandonnée par François Legault et critiquée par Bernard Landry, Pauline Marois a soutenu hier qu'elle était toujours bien en selle à la tête du Parti québécois (PQ). «Je ne suis pas inquiète sur mon leadership», a-t-elle dit hier au terme du conseil national du PQ à Saint-Hyacinthe.

Pressée de questions sur le mouvement de M. Legault auquel l'ancien ministre péquiste Joseph Facal pourrait se joindre dès vendredi, elle a répondu: «Vous concluez pas mal vite qu'il y a un problème de leadership. On va attendre, on ne le sait pas encore. C'est de l'ordre de la rumeur.»

Hier, Jean Charest et le chef adéquiste, Gérard Deltell, ont soutenu que Pauline Marois était une chef fragilisée. De Montreux, au Sommet de la Francophonie, le premier ministre a même soutenu que les réflexions de François Legault et de Joseph Facal équivalaient à une «répudiation» du leadership de Mme Marois.

Ce à quoi la chef péquiste a répondu: «Si je suis répudiée par deux ou trois personnes, alors que lui est répudié par la majorité de la population... Il me semble qu'il faut être assez culotté et sans gêne pour faire une telle affirmation de sa part.»

S'adressant à l'évidence à Joseph Facal, elle a souligné que la «proposition principale» (brouillon du programme qui sera mis aux voix au congrès de la mi-avril) est une plate-forme progressiste qui comprend toutefois une «obligation de rigueur» dans la gestion publique ainsi qu'une «une obligation d'efficacité». Deux principes qui ne sont pas le monopole de la droite, a-t-elle affirmé, mais de «gens responsables». Il s'agirait d'«une façon de renouveler la social-démocratie».

Vote de confiance

Dans les couloirs de l'Hôtel des Seigneurs à Saint-Hyacinthe, où le «mouvement» de M. Legault suscitait beaucoup de commentaires, certains n'hésitaient pas à parler du vote de confiance prévu pour le XVIe congrès péquiste, qui doit se tenir à la mi-avril. «C'est pas gagné, ce vote-là», a même glissé un membre du caucus péquiste sous le couvert de l'anonymat.

Samedi, Marc Laviolette, qui est président du SPQ Libre (club politique qui n'est plus reconnu par le PQ) a souligné que Mme Marois, dans les sondages, n'obtenait qu'un point de pourcentage de plus que M. Charest à la question sur le «meilleur premier ministre». «Il va falloir travailler là-dessus parce que les gens veulent avoir un leadership fort pour être capable de faire un pays, pas pour gérer une province.»

Prudente, Mme Marois a refusé de répondre aux questions sur le seuil minimal d'appui qu'elle souhaiterait atteindre pour rester à la tête du Parti québécois. «Si je m'en étais fixé un, je ne vous le dirais pas», s'est-elle amusée, avant de formuler cette évidence: «Je veux avoir les meilleurs résultats possible.» Les précédents au Parti québécois ne fournissent aucune indication claire et précise, a-t-elle souligné: «L'un à 76 % est resté et l'autre est parti.» Lucien Bouchard avait obtenu 76,7 % en 1996, mais avait décidé de s'accrocher, alors que Bernard Landry, en juin 2005, avait claqué la porte après avoir obtenu 76,2 %.

Des militants ont confié au Devoir être inquiets du fait que leur chef avait pratiquement plafonné dans les sondages et ne profitait pas à plein de l'impopularité du gouvernement Charest. À cette critique, Mme Marois a répondu hier que les chefs d'opposition obtiennent rarement des appuis considérables. Il s'agit d'une position ingrate; même René Lévesque, avant de devenir premier ministre, était moins populaire que Robert Bourassa, a-t-on noté dans l'entourage de Mme Marois. Or, argue-t-elle, ces difficultés ne sont qu'apparentes, car «demain matin, s'il y avait des élections, le Parti québécois formerait le gouvernement et un gouvernement largement majoritaire».

Les «pressés»

Un autre personnage a hanté le conseil national: Bernard Landry. La semaine dernière, l'ancien premier ministre avait soutenu qu'il fallait améliorer, dans le projet de programme, l'article numéro 1 sur la souveraineté afin de forcer un gouvernement péquiste à en faire plus pour préparer le référendum. La députée de Crémazie, Lisette Lapointe, a aussi soutenu à TVA que l'article 1, dans sa formulation actuelle, manquait de force. L'ex-président de la CSN et militant péquiste Marc Laviolette a indiqué samedi être d'accord avec M. Landry. Il a aussi plaidé pour le retour à la formulation du programme de 2005, qui contraignait un gouvernement à faire un référendum «le plus rapidement possible» dans un premier mandat du PQ.

Certains députés sont allés dans le même sens: «Ce n'est certainement pas Bernard Landry qui a le monopole de l'empressement», a pour sa part laissé tomber Jean-Martin Aussant (Nicolet-Yamaska) hier. «Je le comprends d'être pressé, et on est plein de collègues dans le caucus à être pressés. Je ne pense pas que la chef ne soit pas pressée non plus», a-t-il ajouté en précisant qu'il n'était pas venu en politique pour «gérer une province».

Mme Marois a soutenu que la proposition principale stipulant que le référendum doit se tenir «au moment jugé approprié», était déjà «très, très claire» et que le caucus en était «très satisfait» bien que la formulation n'en soit pas «achevée». Elle a affirmé qu'elle souhaitait qu'il y ait un référendum dans un éventuel premier mandat du PQ: «Je vais y travailler, mais je veux garder la porte ouverte», a-t-elle précisé.

Selon elle, le combat pour l'«indépendance énergétique» que mène le PQ illustre l'actualité du projet de souveraineté et ralliera les Québécois. «Comment se fait-il que le Québec ait besoin de la permission du fédéral pour exploiter ses propres ressources?», a-t-elle demandé dans son allocution de clôture, hier, au sujet de l'exploitation du gisement d'hydrocarbure Old Harry à 80 kilomètres au large des îles de la Madeleine. Quant au gaz de schiste, autre sujet relié au thème de la fin de la semaine, Les ressources naturelles, l'énergie et le développement durable, Mme Marois a annoncé qu'elle déposerait cette semaine un projet de loi pour suspendre temporairement les activités d'exploration et d'exploitation de cette filière.

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Avec La Presse canadienne

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Un compte rendu complet de la journée de samedi au conseil national du Parti québécois est disponible ici.

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