Dialogue de sourds autour des écoles passerelles

Quelques milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement, lundi soir, devant les bureaux du premier ministre Charest.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelques milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement, lundi soir, devant les bureaux du premier ministre Charest.

Québec — Le gouvernement de Jean Charest payera le prix politique de l'adoption de la loi 115 lors des prochaines élections générales, selon la chef péquiste Pauline Marois.

La défense de la langue française constituera d'ailleurs un des grands enjeux du prochain scrutin attendu d'ici deux ans, a prédit Mme Marois en conférence de presse, hier matin, peu après l'adoption du projet de loi 115. «J'espère que nous aurons de la mémoire à l'égard de ce gouvernement», a-t-elle dit, en considérant que la langue sera, assurément, «un enjeu important» de la prochaine élection.

À cette occasion, «il y aura un prix à payer pour ce gouvernement, mais actuellement ce sont les Québécois et les Québécoises qui le payent et ça, c'est grave», a-t-elle estimé.

Si elle prend le pouvoir aux prochaines élections, Mme Marois s'est engagée «formellement» à abroger cette loi, donc à étendre l'application de la Charte de la langue française (loi 101) aux écoles privées non subventionnées de langue anglaise.

Elle a dit qu'elle ne prendrait pas quantité d'engagements électoraux, «mais ceux que je prendrai, je peux vous assurer que je les tiendrai», a-t-elle ajouté, précisant qu'il fallait donner préséance aux droits collectifs sur les droits individuels dès qu'il est question de langue au Québec.

La loi 115 (qui a succédé au projet de loi 103), décriée par l'opposition péquiste, aura pour effet de légaliser l'accès à l'école anglaise pour les francophones et les allophones. Le dossier a une fois de plus rebondi en Chambre, alors que Jean Charest et Pauline Marois, chacun campé sur ses positions, se sont livrés à un dialogue de sourds.

La chef de l'opposition officielle a accusé le premier ministre de «faillir à ses devoirs et responsabilités», tandis que ce dernier a répliqué en jugeant que la preuve «de la radicalisation du PQ» était maintenant faite.

Quelques heures plus tôt, au terme d'un marathon de 15 heures de débat autour du projet de loi, la procédure de bâillon s'est soldée par un vote favorable à 7h23, avec un résultat de 61 députés pour et 54 contre.

Dans une mesure d'exception, le gouvernement avait convoqué les élus lundi pour forcer l'adoption immédiate du projet de loi controversé, de manière à respecter l'échéance d'un an fixée par la Cour suprême du Canada, en octobre 2009, en invalidant la loi 104 sur les écoles passerelles.

Les députés ont donc dû siéger toute la nuit.

Selon Mme Marois, le gouvernement a procédé ainsi non pas, comme il le prétend, en raison de l'urgence de la situation, mais bien pour tuer dans l'oeuf la colère de la population.

Le gouvernement cherchait donc à «faire oublier rapidement ce projet et à s'assurer, justement, que la contestation ne se manifeste pas davantage», selon elle.

Malgré cela, quelques milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement, lundi soir, devant les bureaux de Montréal du premier ministre Charest.

La loi 115 légalise l'accès aux écoles dites passerelles, qui servent de tremplin aux élèves francophones et allophones pour accéder au réseau public anglophone.

Leurs parents devront cependant accepter de payer leur passage par l'école privée non subventionnée de langue anglaise pendant trois ans avant qu'ils ait le droit de fréquenter le secteur anglophone public, donc gratuit.

De plus, en vertu de la loi 115, des fonctionnaires du ministère de l'Éducation devront d'abord confirmer que ces élèves ont effectué un «parcours scolaire authentique» avant de passer au secteur public.

Pour des raisons opposées, la loi 115 a été décriée autant par les anglophones que par les mouvements nationalistes de défense du français.

L'avocat Brent Tyler, qui s'est illustré dans le passé pour contester en cour avec succès les lois linguistiques du Québec, a dit que la loi 115 ferait elle aussi l'objet de contestations judiciaires.

Dans ce cas-ci, il s'est dit sidéré par le fait qu'une infime minorité de francophones et d'allophones pourra réellement obtenir le droit à l'instruction en anglais au Québec.

Selon lui, la loi 115 ne respecte pas l'esprit de la décision de la Cour suprême d'octobre 2009, et devra donc, elle aussi, avant longtemps, subir le test du plus haut tribunal du pays. «On va se retrouver devant la Cour suprême dans sept ans», a-t-il prédit, lors d'un entretien téléphonique.

De son côté, outré lui aussi par la loi 115, le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, a qualifié le premier ministre Jean Charest de «fossoyeur de la langue française» et de «petit premier ministre».
 
22 commentaires
  • Blatte - Inscrit 20 octobre 2010 06 h 38

    Encore bravo

    Entre nos deux paliers de gouvernement qui dénigre les droits de leur peuple, nos deux premiers ministres royales n'en font qu'à leur tête. Il est plus que temps, que nous petit peuple, reprenons le contrôle de nos vies avant qu'il ne reste plus rien des gains que notre société a accomplie depuis la révolution tranquille.

    http://www.unmondeblatte.com

  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 20 octobre 2010 07 h 13

    Que de mots pour rien

    On verra dans deux ans ce que cette loi aura fait ou pas fait comme tort à la langue française. D'ici ce temps là, cela alimente les conversations. Il semble bien que la politique soit dans nos gênes à un tel point que nous ne discutons que de cela. Pas d'autres sujets sauf quand le CH gagne. Madame Marois et son parti chiale sur tout. Alors, s'ils ont bonne mémoire ( le petit peuple en aura certes ) les péquistes devront abroger toutes les lois qui n'ont pas fait leur affaire, ils décrèteront des moratoires sur à peu près tout, ils donneront plus de places en garderies, donneront davantage à tous les pauvres. Au bout d'un an, on sera le pays le plus endetté et le moins industrialisé en Amérique du Nord. C'est ça le véritable visage de ce parti. En voulez-vous toujours?

  • T. Julien - Inscrit 20 octobre 2010 08 h 06

    Les habits ont changés mais le principe reste le même

    En empêchant les francophones à mieux s'éduquer, en BRIMANT le droit aux parents de faire éduquer leurs enfants où ils veulent, les Québécois francophones demeureront "le petit peuple".

    Avant, c'était l'Église qui défendait et encourageait l'ignorance des Québécois et aujourd'hui ce sont les Marois et cos. Les habit ont changés mais le principe reste le même! Absolument abérrant!!!

    La loi 101 BRIME beaucoup plus l'avenir économique des francophones que celle des anglophones et/ou allophones.

    La loi 115 elle, FAIT exactement la même chose puisque, ce sont surtout les francophones, en dehors de nos élites Parizeau et cos qui EUX font éduquer leurs enfants en anglais, qui n'ont pas les moyens de payer des cours à une école privée.

    C'est donc dire que, comme par le passé, les francophones du Qc de l'avenir demeurerons 'citoyens de deuxième classe'.

    Même avec une sécession, avec seulement 2% de francophones en Amérique du Nord, peu importe ce que serait les lois du Qc, les chances d'une "assimilation totale du français" deviendrait beaucoup plus prépondérante.

  • François Thivierge - Inscrit 20 octobre 2010 08 h 15

    Politique de terre brûlée

    Le conservateur ultra fédéraliste Jean Charest n'a rien à foutre de protéger la langue française au Québec. Sa mission était de foudre le bordel au Québec et il a réussi, les deux mains nous volant.
    Attendre à la dernière minute pour présenter son projet de loi sur les écoles passerelles visait à ce qu'il y ait un minimum de débat sur cette question cruciale. Une manière de cacher hypocritement ses gestes.
    Comme dans la construction, comme dans le gaz, comme dans ses nominations payantes des contributeurs de son parti, comme dans tout, il corrompt tout ce qu'il touche.
    En 60 ans d'existence, je n'ai jamais vu un politicien aussi sale, aussi nuisible pour le Québec. Je souhaite de tout coeur que le parti libéral du Québec ne se remette jamais de lui avoir permis de faire tant de dégâts.

  • Sanzalure - Inscrit 20 octobre 2010 08 h 24

    Celui qui le dit, c'est lui qui l'est !

    C'est Jean Charest qui est le plus radical dans cette affaire. Il est attaqué de partout, mais continue de n'en faire qu'à sa tête. Il est peut-être mesuré dans ses paroles, mais il est le plus radical de tous par ses actions.

    Serge Grenier