Corruption: l'escouade Marteau s'active en Montérégie

Michel Lavoie est maire de Saint-Rémi depuis 2005. Il a tenté sa chance sur la scène provinciale aux côtés de Mario Dumont, de l'Action démocratique du Québec. Il a mordu la poussière, se contentant d'une troisième place dans la circonscription de Huntingdon.
Photo: Michel Lavoie est maire de Saint-Rémi depuis 2005. Il a tenté sa chance sur la scène provinciale aux côtés de Mario Dumont, de l'Action démocratique du Québec. Il a mordu la poussière, se contentant d'une troisième place dans la circonscription de Huntingdon.

Le monde municipal de la Montérégie est dans la mire de l'escouade Marteau pour des questions de corruption et de collusion. Le maire de la petite ville de Saint-Rémi et préfet de la MRC les Jardins-de-Napierville, Michel Lavoie, est visé par l'enquête des policiers, a appris Le Devoir.

Au moins deux dossiers soulèveraient des doutes sur l'intégrité de M. Lavoie et de son entourage: la construction d'une résidence pour personnes âgées sur le territoire de la municipalité et la construction de la caserne de pompiers de Saint-Rémi. Pour tenter de faire la lumière, l'escouade Marteau a procédé en juillet dernier à des perquisitions, notamment à la résidence du maire Lavoie et à l'hôtel de ville de Saint-Rémi. Comme l'indiquent les documents de dénonciation rédigés par les policiers afin d'obtenir un mandat de perquisition, les dossiers laissent voir un réseau d'influence important.

Le projet de résidence pour personnes âgées à Saint-Rémi a été réalisé par Développement B&L. L'entreprise est dirigée par Yvon Boyer, qui a été accusé le printemps dernier d'avoir tenté de corrompre un fonctionnaire de la Ville de Québec. M. Boyer aurait versé un pot-de-vin de 5000 $ afin d'accélérer le projet immobilier La Seigneurie de Beauport, mais le fonctionnaire a porté plainte.

M. Boyer, qui a travaillé jusqu'en 2007 aux côtés de l'entrepreneur Tony Accurso à titre de vice-président de Construction Marton, aurait «donné des avantages à des fonctionnaires municipaux, sous forme d'emplois et de contrats dans le but d'obtenir de leur part des privilèges en matière de développement immobilier» à Saint-Rémi, peut-on lire dans les documents de la police.

Ainsi, Développement B&L a acheté un terrain à Saint-Rémi dont le propriétaire, Construction Dorais, est un partenaire d'affaires du maire Michel Lavoie.

Le projet a nécessité des dérogations au plan d'urbanisme qui ont été obtenues sans problème.

L'entreprise de M. Boyer a installé un bureau de ventes et de location dans un édifice appartenant à la conjointe du maire Lavoie. Pour procéder à la vente ou à la location des futurs condos, Yvon Boyer a embauché une conseillère municipale, Louise Trudeau-Lefrançois. Aujourd'hui, Mme Trudeau-Lefrançois est la directrice générale de la résidence, appelée Domaine Saint-Rémi.

Le fils de Mme Trudeau-Lefrançois, Martin Lefrançois, a obtenu le contrat d'excavation du terrain. Et c'est l'entreprise appartenant au maire, Transport M.J. Lavoie, qui a évacué les débris.

En avril dernier, la Sûreté du Québec a perquisitionné les bureaux de Développement B&L. Le serveur de la compagnie est entre les mains des policiers.

Caserne


Un autre dossier intéresse particulièrement les enquêteurs de l'escouade Marteau. Il s'agit de la construction de la caserne de pompiers, réalisée en 2008. La Ville de Saint-Rémi a accordé le contrat à Construction Dorais, dont les dirigeants sont liés au maire Lavoie. L'appel d'offres public a été lancé «à la demande du maire [...] la veille des vacances de la construction» pour une durée de seulement une semaine, ce qui est «nettement contraire» à la façon de faire habituelle, notent les policiers.

L'estimation des coûts faite par la municipalité s'établissait alors à 900 000 $ pour ériger l'édifice. Deux soumissions ont été reçues, l'une de Construction Dorais (1,27 million), et l'autre de Construction de Castel (1,4 million). Construction Dorais a obtenu le contrat selon la règle du plus bas soumissionnaire. Les policiers ont toutefois eu accès à des informations privilégiées leur permettant de croire qu'il y aurait eu collusion entre ces deux entreprises qui se seraient partagé le contrat de construction de la caserne de pompiers et celui du réaménagement de l'hôtel de ville.

Aussi, se sont ajoutés deux contrats, soit pour la peinture du plancher de béton de la caserne pour 3000 $ et la construction d'un cabanon pour une génératrice au coût de 10 000 $. Construction Dorais a fait ces travaux sans s'embarrasser du processus d'appel d'offres.

Par ailleurs, l'asphaltage du stationnement de la caserne a fait l'objet d'un appel sur invitation auprès des Pavages Chenail et de la firme Cintra. Seule l'entreprise Chenail a déposé une soumission. Elle a réalisé les travaux pour une somme de 86 000 $. Le mandat de perquisition souligne que Chenail et Dorais sont deux entreprises détenues par des amis du maire Lavoie.

Entreprises à numéro

Joint hier en fin d'après-midi, Michel Lavoie a dit se sentir «très à l'aise» de faire l'objet d'une enquête de l'escouade Marteau, bien que le ton sur lequel il a répondu aux questions du Devoir laissait paraître une certaine irritation. «On n'a rien à se reprocher», a-t-il déclaré.

M. Lavoie a d'abord réfuté quelque lien d'affaires que ce soit avec les dirigeants de Construction Dorais. Mais voilà que la déclaration des intérêts pécuniaires du maire indique la propriété d'entreprises à numéro. Vérification faite auprès du Registraire des entreprises du Québec, ces entreprises sont liées aux Immeubles Dorais, appartenant aux mêmes gestionnaires que Construction Dorais. Le maire Lavoie a finalement reconnu être copropriétaire avec les Immeubles Dorais du garage abritant son parc de camions.

«Je peux-tu gagner ma vie? Parce que tu es maire, tu ne peux plus travailler nulle part? J'ai aucun contrat avec la municipalité de Saint-Rémi. Le restant, je peux bien travailler avec les contracteurs de la place ou les entrepreneurs qui viennent bâtir et qui ont besoin de nos services. C'est de même que ça fonctionne», a soutenu Michel Lavoie.

Ce dernier dit avoir rencontré à quelques reprises les enquêteurs de l'escouade Marteau. Il souligne ne pas avoir besoin de la fonction de maire «pour brasser des affaires».

Michel Lavoie est maire de Saint-Rémi depuis 2005. Il a occupé les mêmes fonctions entre 1992 et 2000. Il est également préfet de la MRC les Jardins-de-Napierville, qui regroupe 11 municipalités de la Montérégie. En 2003, M. Lavoie a tenté sa chance sur la scène provinciale aux côtés de Mario Dumont, de l'Action démocratique du Québec. Il a mordu la poussière, se contentant d'une troisième place dans la circonscription de Huntingdon. Il demeure toutefois un contributeur assidu à la caisse adéquiste, avec près de 7000 $ versés depuis 2000. Il a également soutenu les libéraux pour près de 2000 $ au cours de la même période.
12 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 14 octobre 2010 07 h 13

    Le petit marteau .....

    Durant le temps que l'escouade marteau se concentre sur les quelques millions de fraudes qui se passent exclusivivement dans le monde municipal , les gros contrats de près de cinq milliards donnés accordés par Québec et Ottawa sont a l'abris de cette escouade petit marteau qui est une patente de l'inéfable ministre Dupuis avant qu'il démissionne .......

    Ils étaient proactif et tourné vers l'action comme Normandeau le disait a TLMP et cette patente du petit marteau invalidait une enquête publique !!!!! Une autre diversion comme Bastarache pour empêcher toutes enquêtes sur le financement du PLQ , des maux que cela cause et des surfacturations pour ces multiples contrats dont tous les contribuables font les frais ..... Ce gouvernement Charest est le plus fourbe et cynique de tous les temps .......

  • Claude Kamps - Inscrit 14 octobre 2010 08 h 46

    On cache la foret

    de gros contact, par des buissons municipaux ou des petites PME.

    On inquiétera pas les financiers illégaux du PLQ tant que ce parti sera au pouvoir...

    Et si Legault est pour automatiquement faire perdre le PQ pour remettre les libéraux au pouvoir, qu'il aille au diable...

  • François Dugal - Inscrit 14 octobre 2010 09 h 01

    Le petit marteau

    Le petit marteau cogne sur l'enclume des petits «maniganceux». N'oublions pas que la justice ne s'attaque pas aux riches.

  • Myrtisia - Inscrit 14 octobre 2010 10 h 04

    Un p'tit clou...

    Marteau se congratule : hourrah ! On vient de taper sur un clou...
    Et quel clou ?
    Oh! …Un p’tit clou municipal…
    Charest va nous mettre au tableau d’honneur et nous complimenter «Bravo, mes p’tits gars, vous avez bien compris votre leçon et vous faites très bien votre devoir»
    Des p’tis clous, des p’tits clous, toujours des p’tis clous…
    Après une enquête-bidon,
    Un marteau qui tape, tape, tape
    Tape, mai surtout pas sur tout...
    Juste sur des mini-clous.

  • MJ - Inscrite 14 octobre 2010 10 h 25

    Un Watergate québécois? Des similitudes troublantes...

    Depuis le temps que l’opposition et la population réclament une commission d’enquête sur le financement des partis politiques et sur l’industrie de la construction, le gouvernement libéral fait diversion,

    (“Le fait divers fait diversion”, selon le sociologue français, Pierre Bourdieu)
    Sur une biographie et la pensée de Pierre Bourdieu, voir ce lien:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bourdieu

    par la mise en place de la Commission Bastarache pour faire la prétendue lumière sur le processus de nomination des juges, en réponse aux allégations de pressions indues subies par l’ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, sous le gouvernement libéral de Jean Charest.

    Sur le scandale politique du “Watergate” américain de 1972 à 1974, et la procédure de destitution du président des Etats-Unis, Richard Nixon, consulter ce lien:
    http://www.reds.msh-paris.fr/communication/textes/