FTQ-Construction - Intimidation et discrimination dans les relations de travail

Yves Mercure, président de la FTQ-Construction<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Yves Mercure, président de la FTQ-Construction

Le président de la FTQ-Construction, Yves Mercure, est forcé d'admettre que l'intimidation et la discrimination font partie du coffre à outils utilisé par certains de ses membres pour faire des relations de travail.

Après avoir clamé sur tous les tons que ces façons de faire n'avaient pas cours dans leurs rangs, la FTQ-Construction et ses dirigeants ont nuancé hier leur position lors d'une entrevue avec Le Devoir. En début d'entretien, M. Mercure et le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, ont répété la position du syndicat contre les manières fortes, soulignant que la justice s'appliquera là où c'est nécessaire.

Puis une discussion entre M. Mercure et un syndiqué au début de l'été, dont Le Devoir a une copie de l'enregistrement, est venue modifier quelque peu le discours du président. Sur cet enregistrement, Yves Mercure affirme au syndiqué venu demander de l'aide, puisqu'il était sans travail à ce moment-là, qu'il est difficile de lui donner un coup de pouce. Cela joue dur chez tous les syndicats pour tuer la concurrence, y compris au sein même de la FTQ-Construction, comprend-on des propos du chef syndical.

Dans la bataille intersyndicale qui se fait sur les chantiers industriels, chaque syndicat a la mainmise sur certains métiers et dans ce contexte, explique M. Mercure, les seuls syndicats qui pourraient permettre d'ouvrir les portes à d'autres corps de métier de la FTQ-Construction sont la Fraternité inter-provinciale des ouvriers en électricité (FIPOE) et l'Union des opérateurs de machinerie lourde. Mais il y a un hic. «C'est sûr que les électriciens et les grutiers font la même chose que le 2182 [syndicat affilié au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international)]. Comment veux-tu qu'ils t'aident quand ils font la même chose de leur bord?», déclare-t-il, se référant ainsi à l'intimidation utilisée comme moyen de persuasion.

En entrevue au Devoir, Yves Mercure souligne alors que le problème se vit tant du côté patronal que du côté syndical et que, si la FTQ-Construction fait de l'intimidation, c'est en proportion de sa représentation des travailleurs de l'industrie, c'est-à-dire 43 %.

«Il y a des gens qui font de l'intimidation. Possiblement. Il y a des gens qui font de la discrimination. À l'embauche, il y a des employeurs qui font de la discrimination. Il y a peut-être certains syndicats qui mettent de la pression plus forte que d'autres. Ça se peut. Mais on ne peut pas suivre les 200 représentants de la FTQ-Construction un par un, ni les employeurs, pour savoir qui est dans le tort», a-t-il soutenu.

Pour ce dernier tout comme pour son bras droit, Yves Ouellet, la présence assidue d'un représentant syndical dans une région permet de convaincre plus facilement les entrepreneurs d'embaucher tel ou tel groupe de syndiqués. «C'est l'effet de masse», disent en choeur MM. Mercure et Ouellet, qui assurent que les syndicats ont un meilleur contrôle sur le placement des travailleurs parce qu'ils sont regroupés.

«Plus tu as de membres, plus les compagnies vont faire affaire avec toi. Si l'entrepreneur a besoin de 300 électriciens d'un coup, il va faire affaire avec un syndicat capable de les lui fournir. Dans le milieu industriel, c'est fréquent, ces choses-là. Mais la façon dont c'est expliqué à la population, c'est que si un gars dit à l'employeur qu'il va fournir tous les travailleurs dont il a besoin, il l'intimide, il le force. Bien non, c'est sa job», a assuré Yves Ouellet.

En mars dernier, Radio-Canada rapportait plusieurs cas de travailleurs qui se disaient lésés par les façons de faire d'un des représentants de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord qui faisait «sa job». Les gens parlaient alors d'intimidation, de discrimination, mais également de taxage et de violence.

L'homme fort de la FTQ-Construction, c'est Bernard Gauthier, alias Rambo. M. Gauthier s'était défendu avec force lors d'une conférence de presse. Mais en juin dernier, des accusations pénales d'intimidation ont été déposées contre lui. S'il devait être reconnu coupable, il ne pourrait plus représenter la FTQ-Construction ou tout autre syndicat pendant cinq ans.

Hier, M. Mercure a pris ses distances de son collègue, précisant qu'il ne travaille pas pour la FTQ-Construction, mais plutôt pour un syndicat affilié à la FTQ-Construction. N'est-ce pas là jouer sur les mots? lui a-t-on demandé. Il a insisté pour dire que M. Gauthier ne reçoit pas sa paye de la FTQ-Construction.

Factures somptuaires

Ces problèmes d'intimidation ne représentent qu'une partie des tourments de la FTQ-Construction depuis deux ans. Ils ont toutefois provoqué la démission du directeur général, Richard Goyette, dont la défense enflammée du syndicat sur la place publique avait créé un malaise dans l'organisation.

D'autres dossiers continuent de tracasser la FTQ-Construction. Les accusations de fraude à l'endroit de l'ancien dirigeant Jocelyn Dupuis ne sont jamais bien loin. M. Dupuis aurait dépensé sans compter l'argent des syndiqués. La poursuite criminelle se base sur une période de six mois de factures.

Yves Mercure affirme que, lorsque le dossier criminel sera conclu, la FTQ-Construction verra à récupérer les fonds. De plus, M. Mercure assure que M. Dupuis n'a pas agi de la sorte durant les onze ans qu'il était directeur général. Mais il n'est pas question d'en faire la preuve. «On n'étalera pas les états financiers de la FTQ-Construction sur la table pour vous satisfaire. Tous les syndicats affiliés ont accès aux états financiers. Ils les ont vus pendant onze ans. Ils étaient déposés à l'assemblée des directeurs et des représentants. Et on a vu tranquillement la progression de la ligne des frais de représentation. C'est dans le dernier bout que c'est devenu excessif, et c'est là que les directeurs ont réagi», raconte M. Mercure.

Aujourd'hui, ce genre de dérapage est impossible, insiste Yves Ouellet. Les notes de frais de ce dernier sont déposées chaque mois et épluchées par ses collègues.

Les deux hommes soutiennent que le style de gestion de la FTQ-Construction a complètement changé. MM. Mercure et Ouellet se disent tournés vers l'avenir. Ils espèrent d'ailleurs que le prochain congrès de la FTQ, prévu à la fin de novembre, permettra de reconstruire l'image de la centrale et, par ricochet, celle de la FTQ-Construction.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

4 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 7 octobre 2010 10 h 38

    Bandits à saloppettes

    Il est curieux que le gouvernement ne met pas le nez dans ce panier de crabes. Ne serait-il pas le temps que le gouvernement exige de tout les syndicats au Québec l'obligation de déposer un bilant vérifié et audité par un CA. avec dépôt au gouvernement.
    Aussi prendre les moyens pour que tout les syndicats soient régis par les mêmes lois que sont les citoyens du Québec et sans passe-droit. Ce serait un début d'assainissement dans le milieux de la construction.
    N'est-ce pas ?

  • Marc Lemieux - Inscrit 7 octobre 2010 14 h 32

    Syndicat mafia

    Histoire vraie : le président du syndicat (métalos) dans la compagnie où le je travaille, qui n'est pas dans la construction, a été reconnu coupable de menace physique, de harcèlement moral et d'intimidation à répétition et n'a jamais été inquiété car on ne peut pas le mettre dehors.

    Il a été réadmis DEUX fois dans la compagnie suite à des mises à pied liées à ce évènements et de problèmes de discipline, à cause du syndicat qui est intervenu et a fait valoir qu'on ne pouvait pas le renvoyer en qualité de syndicaliste. Syndicat qui pour finir n'a jamais rien fait contre lui, car il est le seul syndicaliste (personne ne se présente contre - ou avec - lui, et il gardera son poste) et que dès lors la cellule syndicale serait dissoute, et que le syndicat perdrait cette entreprise et les cotisations syndicales.

    C'est une véritable honte, les syndicats sont une mafia, protéger les employés ne les intéresse pas, ils ne voient qu'à leur réélection et à percevoir des cotisations.

  • Marc Lemieux - Inscrit 7 octobre 2010 14 h 46

    Mr Charles F. Labrecque :

    Absolument d'accord avec vous, je serais aussi d'avis que les peines pour les syndicalistes soient multipliées par deux par rapport aux employés réguliers

  • Marie-France Legault - Inscrit 8 novembre 2010 17 h 30

    Depuis la CECO rien n'est réglé...

    dans la construction...les magouilles continuent, les pots-de-vin...

    Ne faudrait-il pas avoir une PERPÉTUELLE surveillance?

    ne pas attendre des années pour faire ENCORE le ménage???

    à mon avis, il y aura toujours du ménage à faire et cela quel que soit le gouvernement en place.

    On dirait que la construction est un secteur "propice" au vol, aux magouilles aux factures gonflées, aux primes illégales etc...

    L'opération Marteau nous informe que les MAIRES de certaines municipalités s'entourent de "copains" et font la passe...

    L'hommerie est toujours populaire.