Présence de collecteurs de fonds au cabinet du PM - Charest se dit «à l'aise»

Jean Charest<br />
Photo: Jean Charest

Québec — Qu'un collecteur de fonds, Charles Rondeau, soit venu à répétition dans ses bureaux pour travailler avec la responsable des nominations, Chantal Landry, ne met pas Jean Charest «mal à l'aise». C'est ce que le premier ministre a indiqué, hier, lors du contre-interrogatoire mené par Jean-François Bertrand, avocat de Marc Bellemare, à la commission Bastarache. Alors qu'il s'annonçait long et houleux, l'exercice n'aura duré qu'une demi-journée et s'est déroulé sans intervention ou presque de la part des avocats du gouvernement, du PLQ, de M. Charest ou même de la part du commissaire Bastarache.

Dans son contre-interrogatoire, M. Bertrand a insisté sur les liens étroits entre Mme Landry et le collecteur de fonds Charles Rondeau. Mme Landry, qui a été candidate libérale en 1998, témoignera à la commission lundi. Elle est depuis 2003 responsable des nominations au cabinet du premier ministre. En mars, elle a été promue directrice adjointe de cabinet du premier ministre. Jean Charest a répété hier que Mme Landry avait accès à la liste courte qui émane des comités de sélection des juges. Mais Charles Rondeau a certifié n'avoir jamais parlé de nomination de juge avec elle.

Le registre à l'édifice Honoré-Mercier indique toutefois qu'il a visité Mme Landry 19 fois d'août 2003 à mars 2004 pour constituer des banques de noms pour des nominations (excluant la magistrature). «Je connais monsieur Rondeau, je connais madame Landry et je ne suis pas mal à l'aise du tout [avec le fait] qu'ils puissent avoir ce contact-là», a affirmé M. Charest, qui a précisé ne pas avoir su à l'époque que Mme Landry consultait M. Rondeau. Le premier ministre a soutenu que le gouvernement devait être jugé sur les «résultats», bref, que les nominations, notamment pendant la première année du mandat, ont échappé en grande partie aux préoccupations d'allégeances partisanes: «Nous avons reconduit ou renouvelé 65 % des personnes qui étaient en poste», a-t-il insisté.

M. Bertrand a voulu savoir quelle compétence particulière M. Rondeau avait, comme comptable, pour participer à ces nominations. M. Charest a fait valoir qu'il «est très connu dans la région de la Capitale-Nationale et [dans celle de] l'Est-du-Québec, puis il est en mesure de pouvoir suggérer des gens pour les banques de candidatures».

M. Bertrand a aussi demandé à M. Charest si c'était «grâce à des personnes comme messieurs Fava puis Rondeau», qui ont ramassé jusqu'à 1,5 million pour le Parti libéral, que celui-ci était en mesure de lui «verser un salaire» annuel de 75 000 $. La question a paru déplaire au premier ministre, qui a rétorqué en disant «pas du tout, vous avez tort» et en soulignant que «vingt mille [20 000] personnes par année» contribuent à la caisse du PLQ.

Le règlement est respecté ou pas?


M. Bertrand a du reste passé de longues minutes à questionner Jean Charest sur le processus de nomination des juges, ainsi que sur le sort réservé de la liste courte qui émane des comités de sélection. L'avocat de Marc Bellemare a soutenu que M. Charest, en se donnant le droit d'examiner cette fameuse liste et d'en discuter avec Chantal Landry, viole le règlement sur la nomination des juges. Il a soutenu que cette méthode rompait avec une interprétation passée du règlement, laquelle imposait que seul le ministre de la Justice soit mis au courant du contenu de la liste courte. Des membres de gouvernements antérieurs à celui de M. Charest, notamment les péquistes Paul Bégin et Bernard Landry, ont toujours soutenu que depuis Marc-André Bédard en 1977, le ministre de la Justice seul faisait le choix d'un nom dans la liste, choix qui était présenté au Conseil des ministres.

M. Charest a soutenu ne pas être au courant des processus antérieurs à son arrivée au pouvoir: «Lorsque nous sommes arrivés au gouvernement, on a fonctionné comme ça. Comment ça fonctionnait auparavant? Je n'étais pas là, évidemment.» À ses yeux, le fait qu'il voie la liste courte ne contrevient pas au règlement, car selon celui-ci, c'est le gouvernement qui nomme les juges et «le premier ministre fait partie du gouvernement». Il a assuré que, contrairement à ce qu'avaient laissé entendre en avril sa vice-première ministre Nathalie Normandeau et l'attachée de presse de Kathleen Weil Sarah Pilote lors d'une entrevue au Devoir, la liste courte ne circule pas dans les mains des autres ministres.

Comme un enfant

M. Charest est encore revenu sur «l'échec» que M. Bellemare a connu en politique en 2003 et pour qui il a dit avoir ressenti beaucoup «d'empathie». Il a soutenu n'avoir jamais voulu de mal à M. Bellemare, au contraire, et prétend l'avoir aidé. Parlant des ministres, il a déclaré: «Il y en a qui fonctionnent moins bien que d'autres, il y en a qui ont des difficultés, c'est un peu comme un enfant dans la famille qui a plus de difficultés que d'autres. [...] J'essaie de les aider, c'est ce que j'ai fait avec Marc Bellemare.»

En contre-interrogatoire avec l'avocate Chantal Chatelain, qui représente la Conférence des juges, M. Charest a encore une fois voulu infirmer la thèse, formulée par Marc Bellemare, selon laquelle il ne «s'intéresse pas à la justice». Il a profité de l'occasion pour souligner que la création d'une Direction des poursuites criminelles et pénales n'avait rien «d'étranger au passage de monsieur Bellemare comme ministre de la Justice». Ses interventions dans le procès des Hell's Angels et dans l'opération Scorpion, à Québec, sur la prostitution juvénile, ont amené le gouvernement «à vouloir créer une unité qui allait être plus indépendante de la dimension politique».

Jean François Bertrand, qui défend aussi M. Bellemare dans la cause en diffamation de 700 000 $ — déposée par les avocats de Jean Charest le 14 avril — a semblé, à certaines occasions, avoir en tête cette cause plutôt que la commission Bastarache. Il a par exemple posé quelques questions précises au premier ministre, notamment sur la rencontre du 2 septembre (M. Charest nie qu'elle ait eu lieu). «Le 2 septembre 2003, en soirée, où étiez-vous? À Québec, Montréal, Sherbrooke, Tokyo?» M. Charest a répondu qu'il était bel et bien à Québec, mais qu'il ne se souvenait plus ce qu'il avait fait ce soir-là. M. Bertrand a aussi fait dire au premier ministre qu'il n'avait pas de souvenirs de ce qu'il avait fait pendant la journée du 2 mai. Dans l'interrogatoire préalable à la poursuite en diffamation du 14 juillet, M. Bertrand, citant une entrevue de M. Charest avec Le Devoir, avait rappelé que le premier ministre soutenait ne pas avoir une «mémoire parfaite».
41 commentaires
  • Michel Simard - Inscrit 25 septembre 2010 01 h 12

    Morale douteuse

    Dire qu'il y en a qui votent pour cela.

  • CLOUTIER - Inscrit 25 septembre 2010 01 h 48

    ENFIN je sais qui est Bonhomme Carnaval

    Il y a longtemps que je me demandais qui cela pouvait être eh bien une revu anglaise nous l'as dit discrètement dit c'est Charest. Au Québec depuis quelques années c'est un vrai cirque. La corruption est présente à tous les niveaux municipal et provincial. Lui même l'as déclaré le gouvernement, c'est le premier ministre donc, le chef du cirque c'est surement le bonhomme carnaval....

  • Normand Carrier - Inscrit 25 septembre 2010 06 h 54

    Triste constat !

    Les électeurs en sont a déterminer qui ment entre un ancien ministre de la justice libéral et un premier ministre libéral selon le critère de celui qui ment le mieux ...... Il y a un autre critère que les électeurs devront prendre en considération sera de déterminer qui ment et a menti le plus souvent ? Il faudra donner la palme a Jean Charest qui nous a continuellement menti depuis 2003 ..... Rappellons les plus récents gros mensonges de nier que la CDPQ ferait un déficit , que son gouvernement subirait une récession car madame sacoche avait bien des réserves cachées et que son gouvernement aurait un déficit .....

    Les contribuables se retrouvent avec des augnentations de tarifs a répétition , une contribution en santé et deux augmentations successives de la taxes de vente ... Ce gouvernement est prêt a mentir effrontément pour se faire élire et Jean Charest est capable de mentir comme il respire et va le faire en souriant ..... Alors faire un faux témoignage s'il n'a pas trop de chance de se faire prendre le dérange guère lui qui a une concience élastique très grande ......

  • meme moi ici - Inscrite 25 septembre 2010 07 h 07

    tout est "normal" pour charest

    il ne se sentait nullement mal à l'aise non plus avec le fait qu'il recevait un surplus d' au moins 75,000$ non déclaré... il avait aussi pleine confiance en son ministre tomassi... il a trouvé aussi normal de ne pas parler des pertes de la caisse de dépôt, ben oui pour charest tout est normal, la corruption aussi...
    non mais, envoyez moi ce criminel en prison svp chu pu capable

  • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2010 07 h 55

    Il Divo

    Notre premier ministre défend l'intégrité de ses collecteurs de fonds; il est «à l'aise» avec le népotisme.
    Eh ben, cou donc