Charest s'inscrit en faux contre les déclarations de Bellemare

Le premier ministre Jean Charest s'est employé à démolir les déclarations de Marc Bellemare sur ses relations avec le collecteur de fonds Franco Fava.

À son premier jour de témoignage à la commission Bastarache, M. Charest a répondu aux questions du procureur de la commission, Giuseppe Battista.

Selon M. Charest, à écouter l'ancien ministre de la Justice, MM. Fava et Charest étaient presque des «jumeaux».

Or, le premier ministre a dit qu'il «aime beaucoup» M. Fava, qu'il avait de bonnes relations avec lui, mais que c'était une connaissance, sans plus, tout comme le collecteur de fonds Charles Rondeau.

Il a assuré que M. Fava n'a jamais eu un accès particulier à lui. Il ne se rappelle pas si M. Fava l'a déjà appelé, mais lui l'a peut-être déjà appelé. Chose sûre, il n'a jamais eu de rencontre seul à seul avec lui et il n'a aucun souvenir d'avoir reçu M. Fava dans son bureau.

M. Charest a indiqué que Fava était responsable de deux activités de financement par année. Il n'a jamais recommandé M. Fava comme spécialiste du financement à M. Bellemare.

Le premier ministre a assuré qu'il est impossible qu'il ait fait une telle chose. Il a affirmé que ceux qui le connaissent savent qu'il ne s'exprime pas ainsi.

L'allégeance sans importance

Aussi, l'allégeance politique n'est pas un élément important dans les nominations à la magistrature, selon ce qu'a affirmé le premier ministre au début de son témoignage tant attendu à la commission Bastarache, jeudi après-midi.

M. Charest a dit qu'effectuer des nominations selon l'allégeance politique serait une erreur et que ce serait mal servir la cour.

Il a assuré que le premier critère était la compétence. Il a toutefois ajouté qu'à compétences égales, on pouvait faire des choix, pour augmenter par exemple la proportion de juges féminins.

La responsable des nominations au cabinet, Chantal Landry, lui apportait des listes de noms, a-t-il relaté. Et si elle avait des informations sur les allégeances des candidats, elle pouvait lui transmettre ces informations. M. Charest soutient que l'âge était la première question qu'il posait.

Par la suite, il envoyait les recommandations au ministre de la Justice. Il ne se rappelle pas d'avoir été en désaccord avec son ministre sur des nominations de juges.

M. Charest a aussi précisé avoir été approché par des gens qui soumettaient leur candidature à la magistrature, par lettre ou de façon informelle dans des activités.

Il est arrivé rarement qu'un ministre ou un député du gouvernement suggère des noms, a-t-il dit. Parfois même des députés de l'opposition l'ont approché.

Sa réponse était toujours la même, a-t-il assuré. Il les renvoyait au processus en place.

Pas un enjeu

Au début du témoignage de M. Charest devant la commission Bastarache, Me Battista a demandé clairement au chef libéral s'il était au courant de la vingtaine de visites de l'organisateur libéral Charles Rondeau à son cabinet entre août 2003 et mars 2004.

M. Charest a plutôt parlé des tâches de Mme Landry, responsable des nominations à son cabinet.

Quand on lui a demandé s'il avait apporté des modifications au processus de nomination des juges, il a affirmé qu'il ne savait pas comment la procédure se déroulait avant son élection. Il a aussi admis que ce n'était pas un enjeu à son arrivée au pouvoir.

Selon lui, le processus fonctionne correctement et il a ajouté qu'il comprenait bien la «confidentialité de la démarche».

En déclaration préliminaire, Me Battista a indiqué que la commission avait obtenu le bottin téléphonique résidentiel de M. Fava.

Les procureurs ont constaté que les noms de M. Bellemare, de M. Charest et de Mme Landry n'y apparaissaient pas.

En revanche les noms du secrétaire général du conseil exécutif, Gérard Bibeau, et de M. Rondeau y apparaissaient.

Une filière

Plus tôt jeudi, on a appris qu'une filière avait été mise en place pour canaliser les candidatures aux nominations gouvernementales, après l'élection de M. Charest, il y a sept ans.

Dans son témoignage, M. Fava a indiqué que des responsables du Parti libéral du Québec avaient émis des consignes à ce sujet.

Le collecteur de fonds a affirmé que les curriculum vitae sont depuis 2003 remis à un permanent du PLQ, Marcel Leblanc, et à Mme Landry.

Selon M. Fava, l'aiguillage s'effectue en fonction des intérêts des candidats.

M. Fava a reconnu connaître des gens aux plus hauts niveaux politiques. Il a toutefois nié qu'il cherchait à obtenir de l'influence en recommandant des candidatures qui lui sont soumises.

Mercredi, M. Fava a nié toute intervention auprès de M. Bellemare, contredisant ainsi les déclarations de l'ex-ministre de la Justice.

L'avocat qui représente le Barreau, Pierre Bourque, a mis en doute la version de M. Fava.
12 commentaires
  • 54lili - Inscrit 23 septembre 2010 18 h 11

    ça, il n'a pas changé

    Pourquoi croirait-on celui qui riait quand Mario Dumont mentionnait des pertes de 30 milliard à la caisse de dépot et ce fut 40 milliard.

    Non, il n'y aura pas de déficit dans le budget..

    Oui, il y a eu débat pour l'exploitation des gas de schiste en 2005, c'est drôle, personne en parlait avant cet été, mais les pions libéraux ont eu le temps de se placer de 2005 à 2010.

    Ce ne sont que des allégations concernant les nominations de juges, pourtant M. Rondeau a bien confirmé pour le juge Simard, oups..

    Donc moi Charest, crédibilité 0
    Bien hâte de voir le contre-interrogatoire

  • Jean-François Trottier - Inscrit 23 septembre 2010 19 h 07

    La stratégie antipersonnelle

    Je note que la stratégie de Jean Charest ne change pas beaucoup entre ses campagnes électorales. Il avait le même aplomb pour qualifier André Boisclair d'immature. Ses commentaires sur Mario Dumont ou Pauline Marois relevaient aussi beaucoup d'attaques sur la "qualité de leur personnalité" et non de leurs compétences.
    Le choix de ses termes compte. Marc Bellemarre ne piaffait pas d'impatience, il "boudait". Il n'était pas intransigeant, il avait "plein de problèmes avec son entourage". Tout devient soupçon d'instabilité, presque de maladie mentale. Mais si on parlait de ce qu'on sait de Jean Charest?
    Il est bon menteur, ça, on le sait. Il sait utiliser contre eux les faiblesses de leurs adversaires, ça aussi on le sait. En accentuant les carences émotives alléguées de son ex-ministre, en en faisant le pilier de sa défense au poitn d'occulter tout le reste, il en montre encore plus sur lui-même.
    Ce type est un manipulateur. Et ça donne plus de crédibilité à la partie adverse que toutes ses insinuations ne leur en enlèvera jamais.

  • Augustin Rehel - Inscrit 23 septembre 2010 19 h 46

    Abaisser les autres

    «... s'attaquer à la personnalité de de ceux qui le critiquent plutôt que s'attaquer au message. »

    Dénigrer les autres n'est pas l'attitude à prendre pour se donner de la crédibilité. Ce n'est pas en abaissant les autres qu'on s'élève aux yeux des autres. Il me semble que Monsieur Charest n'ait pas compris cette vérité psychologique fondamentale.

  • Johanne St-Amour - Inscrite 23 septembre 2010 20 h 52

    Était-il au courant des visites? Oui ou Non ?

    J'espère qu'on répètera la question à M. Charest demain: Était-il au courant des visites de Monsieur Rondeau à son cabinet? Oui ou non?

    On appelle ça l'art de ne pas répondre!

    Peut-on avoir la liste téléphonique du téléphone de Monsieur Charest et des cellulaires de Messieurs Charest, Rondeau et Fava? Et leur agenda? Caviardé ou non?