Commission Bastarache - Bellemare contredit par Pierre Legendre

Québec — Pierre Legendre, alors directeur du bureau du sous-ministre à la Justice, n'a jamais caché qu'il était le frère du député péquiste Richard Legendre quand Marc Bellemare s'est montré surpris de sa présence et s'est offusqué qu'il ait accès à de l'information stratégique.

C'est que ce haut fonctionnaire, maintenant à la retraite, est venu dire hier à la commission Bastarache. Le sous-ministre Michel Bouchard, de qui il relevait, était bien au fait de la situation, de même que le directeur du cabinet de M. Bellemare, Michel Gagnon. «Je ne pense pas que Michel Bouchard, comme je le connais et comme il me connaissait, pouvait imaginer que je pourrais trahir l'organisation pour laquelle j'avais donné 27 ans de ma vie», a-t-il livré Pierre Legendre.

Dans la semaine du 5 mai 2003, un peu plus d'un mois après l'assermentation de Marc Bellemare comme ministre de la Justice, son chef de cabinet, Michel Gagnon, lui a demandé s'il était bel et bien le frère de Richard, a relaté Pierre Legendre, qui s'en est alors ouvert à son frère.

Or, Michel Gagnon était une vieille connaissance de Richard Legendre. «Le gros Mike, c'était un chum de jeunesse à Québec», a précisé hier au Devoir l'ancien ministre péquiste. C'est pour cette raison que Richard Legendre l'a appelé, «un appel complètement anodin». Il lui a effectivement dit à la fin de la conversation: «Fais attention à mon frère.» Mais c'était une boutade. En aucun temps, il ne s'est montré menaçant, comme l'a soutenu Marc Bellemare dans son témoignage. «Tout ça est absurde», estime Richard Legendre.

À la mi-juin, Michel Bouchard annonçait à Pierre Legendre qu'il était muté à la direction générale du ministère. «Une tonne de briques» lui est tombée dessus, a-t-il dit. «Le ministre est revenu à la charge plusieurs reprises» auprès du sous-ministre, a-t-il souligné.

Chose curieuse qui démontre que la haute ville de Québec est un bien petit monde, Pierre Legendre et son épouse sont des amis intimes de l'épouse de Marc Bellemare, Lu Chan Khuong, a signalé l'ancien haut fonctionnaire.

En matinée, l'actuelle coordonnatrice de la nomination des juges, Me Andrée Giguère, a révélé qu'à deux reprises, Chantal Landry, la responsable des nominations partisanes au sein du cabinet de Jean Charest, avait désigné le représentant du public au sein du comité de sélection des juges.

Dès l'ouverture des travaux, Me Rénald Beaudry a mené une charge vigoureuse contre la commission. «Les avocats du gouvernement, le premier ministre et le Parti libéral du Québec ont démontré [...] que leur préoccupation était de démolir la réputation de mon client», a-t-il affirmé. L'avocat a prévenu qu'il s'opposerait à toute question qui ferait de la commission «une séance de règlement de compte politique».

Cette intervention «est plutôt un plaidoyer politique», a répliqué le commissaire Michel Bastarache.

En outre, Me Beaudry s'est plaint de n'avoir que 6 des quelque 40 déclarations préalables (will say) des témoins. Le commissaire a précisé qu'il avait reçu, comme tous les autres avocats, les will say des témoins qui doivent être entendus cette semaine.

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