Le cancer a raison de l’ex-ministre Claude Béchard

Claude Béchard est décédé aujourd'hui à l'âge de 41 ans. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Béchard est décédé aujourd'hui à l'âge de 41 ans.

Après une longue et âpre lutte contre le cancer, l’ex-ministre Claude Béchard s’est éteint cet après-midi à l’âge de 41 ans. Plus tôt dans la journée, il avait émis un communiqué pour annoncer son retrait de la vie politique.

Autant sa vie politique aura été jalonnée de succès, autant sa vie personnelle aura-t-elle été marquée par des drames.

Même affaibli par la maladie, très amaigri et se sachant condamné, il avait choisi de poursuivre sa tâche jusqu’au dernier moment. C’est seulement ce matin qu’il avait officiellement quitté ses fonctions de ministre de l’Agriculture, ministre responsable des Affaires intergouvernementales et député de Kamouraska-Témiscouata.

Reconnu pour sa combativité — se qualifiant lui-même de «baveux» —, il a su appliquer ce trait de caractère autant à sa lutte acharnée contre le cancer qu’à sa façon très efficace de désarmer ses adversaires politiques.

Hyperactif et ambitieux

Pourtant, rien ne le prédestinait à une carrière politique. Fils d’agriculteur, cadet d’une famille de huit enfants, Claude Béchard est né le 29 juin 1969, dans le Bas-du-Fleuve, à Saint-Philippe-de-Néri.

C’est le seul enfant de la famille qui fréquentera l’université. Après un baccalauréat en science politique à l’Université Laval, il obtient une maîtrise en aménagement du territoire et entame des études de doctorat en administration publique, qu’il n’a jamais eu le temps de terminer car sa voie est déjà tracée.

Hyperactif et ambitieux, il rêve d’une carrière politique. Très jeune, il milite au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) et réussit à se faire embaucher, à 24 ans, en 1993, comme conseiller politique du premier ministre Robert Bourassa, qui est alors en fin de parcours. L’année suivante, les libéraux retournent dans l’opposition.

À cette époque, une tragédie le frappe de plein fouet: son frère dont il est le plus proche se donne la mort, sans fournir aucune explication. Il dira plus tard que son suicide l’aura hanté tout le reste de sa vie.

En 1997, l’occasion de sauter dans l’arène se présente. Il tente sa chance dans Kamouraska-Témiscouata, son coin de pays, lors d’une élection complémentaire, et gagne son pari. Il devient donc député à 28 ans et il est réélu à quatre reprises par la suite, en 1998, 2003, 2007 et 2008. En une décennie, il a su gagner le coeur de sa région: sa majorité est passée de 110 voix en 1998 à 6612 voix en 2008.

Les libéraux reprennent donc le pouvoir en 2003. Dans l’opposition, Jean Charest avait pu apprécier le potentiel du jeune député, et lui confie dès lors d’importantes responsabilités, malgré son jeune âge.

De multiples tâches

Entre 2003 et 2010, il a occupé plusieurs fonctions: ministre de l’Emploi, de la Famille, du Développement économique, de la Réforme des institutions démocratiques, membre du comité des priorités, leader parlementaire adjoint, ministre du Développement durable, des Ressources naturelles, et plus récemment de l’Agriculture et des Affaires intergouvernementales.

Cependant, comme il passe tel un éclair à chacun des ministères, son bilan paraît plutôt mitigé en termes de réalisations.

Il soulève un tollé, en 2004, en bafouant la promesse libérale de maintenir le tarif des garderies, qui passe de 5 $ à 7 $ par jour. Par la suite, il pilote une réforme majeure du régime forestier, qui sera menée à terme par Nathalie Normandeau, et laissera sur leur faim tant l’industrie que les écologistes.

Dans le dossier des terrains publics entourant le parc du Mont-Orford, le gouvernement fait finalement volte-face, en annulant sa décision controversée de les vendre à des promoteurs privés, en 2006.

À l’agriculture, il a promis de doter le Québec de sa première politique agricole, un projet resté en plan, tout comme la refonte du financement des partis politiques.

À son actif, on retiendra surtout son côté franc-tireur. C’est toujours lui que le premier ministre donnait en pâture aux journalistes quand le gouvernement voulait river son clou à un adversaire.

Reconnu pour ses qualités de stratège et son flair politique, il faisait aussi partie du petit cercle d’initiés qui élaboraient les stratégies de communication orchestrées au cabinet du premier ministre.

En Chambre, il se montre pugnace et redoutable. Il prend plaisir à la joute politique et il n’est pas rare de le voir souffler une réponse à un collègue ministre dans l’embarras.

Sympathique et d’un naturel affable, on ne lui connaît pas pour autant d’ennemis, d’un côté ou l’autre de la Chambre. Sur la colline parlementaire, à Québec, d’aucuns voyaient même en lui le dauphin de Jean Charest. Mais c’était avant que la maladie ne vienne lui couper les ailes.

Un long cauchemar


En avril 2008, il n’arrive plus à s’alimenter; en mai, débute son long cauchemar. Il doit être hospitalisé et opéré en juin pour une tumeur cancéreuse du pancréas, une forme de cancer particulièrement agressive. Dès lors, il sait que ses chances de s’en sortir sont minces, sur le plan statistique. Son espérance d’être encore en vie dans cinq ans est de seulement 20 pour cent.

Quand le premier ministre Charest décide de déclencher des élections générales en novembre 2008, il décide de faire campagne, même s’il subit toujours des traitements de chimiothérapie qui le laissent très affaibli. C’est alors un homme ébranlé qui se présente devant ses électeurs, miné par la maladie et encore sous le choc du décès brutal d’une employée de son bureau de comté, Nancy Michaud, sauvagement assassinée quelques mois plus tôt.

Ses médecins le préviennent: si le cancer se manifeste dans l’année qui vient, il pourra difficilement s’en sortir vivant.

Début janvier 2010, le mal réapparaît: il doit être opéré d’urgence pour des tumeurs à l’intestin. Il ne remettra les pieds au Parlement qu’en juin. Au total, en deux ans, entre 2008 et 2010, il aura été absent pendant pratiquement toute une année.

Il sait dès lors qu’il doit vivre avec le cancer et fonctionner grâce à ses traitements, qui le laissent très amaigri. Mais il a toujours le goût de se battre. Il reprend ses activités et conserve ses fonctions.

«Il faut vivre. Il faut vivre. On n’est pas là pour attendre que ça aille mal. On est là pour vivre. Il faut mordre à plein dans la vie», laissait tomber le ministre, fébrile, devant les journalistes, quelques minutes avant son ultime retour en Chambre, le 1er juin dernier. Il flotte dans ses vêtements, mais affiche l’air heureux de celui qui peut encore faire ce qu’il aime le plus.

Le 11 août, le premier ministre procède à un remaniement et le soulage de ses fonctions de leader adjoint et ministre de la Réforme des institutions démocratiques.

Depuis ce jour, on ne l’aura plus revu en public. Peu après, son état se dégrade et il doit être hospitalisé.

Claude Béchard laisse dans le deuil ses deux filles, Justine et Béatrice, nées d’une première union, ainsi que sa conjointe, Mylène Champoux, et les deux enfants de cette dernière.
5 commentaires
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 7 septembre 2010 18 h 40

    Mortel que nous sommes

    Quelle tristesse de voir partir un homme si jeune. La race humaine est faite d' embuches mais le grand départ peut être injuste à un si jeune âge. Et voilà tant de promesses non tenues et pour cause.

  • GAIAGENAIRE - Inscrit 7 septembre 2010 18 h 56

    Échec médical

    Ce décès prématuré DOIT déclencher une remise en question des dogmes de la médecine.

    Il y a un lien indéniable entre le suicide de son jeune frère et le meurtre de son assistante, déclencheur, qui a précédé le diagnostique en 2008. C'est le premier deuil non résolu, non résolvable, qui a été ignoré.

    Cet homme a su devenir immortel de son vivant. Bravo. Toutes mes sympathies à sa famille.

  • Vive le Québec libre - Inscrit 7 septembre 2010 18 h 59

    L'arène politique a perdu ce soir un homme courageux.

    Hors mis la politique, la maladie, la mort, ne fait aucune différence que nous soyons pour Charest ou pour Marois, nous avons tous ce code de conduite, de respect qui me fait dire aujourd'hui toute l'admiration que j'avais pour l'homme qu'était Claude Béchard, homme de convictions, homme de coeur.
    L'arène politique a perdu ce soir un homme courageux, impuissant devant cette maladie qui fait encore beaucoup trop de ravage.
    Toutes mes sympathies à sa famille.

    Bertrand Lefebvre

  • Trobadorem - Inscrit 7 septembre 2010 19 h 28

    La vie est fragile pour tous et cette terre nous est prêtée, raison de plus de faire attention à nos prochains et leurs environnement

    ...à tous les libéraux qui ont perdu un de leurs combattants, voyez la fragilité de la vie, soyez humbles et prenez soin de vos semblables. La vie est trop courte pour faire autrement.

    À la famille Béchard: mes bonnes pensées sont avec vous. Il est en paix là où il est. Écoutons k. Gibran, qui nous écrit sur la mort

    "Puis Almitra parla, disant : Nous voudrions vous interroger au sujet de la Mort.

    Et il répondit :

    Vous voudriez connaître les secrets de la mort.

    Mais comment le trouverez-vous sinon en cherchant au cœur même de la vie ?

    Le hibou dont les yeux perçant la nuit sont aveugles le jour, ne peut révéler le mystère de la lumière.

    Et si vous voulez vraiment apercevoir l'esprit de la mort, ouvrez grand votre cœur dans le corps de la vie.

    Car la vie et la mort sont une, de même que le fleuve et l'océan sont un.

    Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs, réside votre silencieuse connaissance de l'au-delà ;

    Et comme des graines rêvant sous la neige, votre cœur rêve du printemps.

    Ayez confiance dans les rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.

    Votre peur de la mort n'est autre que le frémissement du berger, alors qu'il se tient devant le roi dont la main va se poser sur lui pour l'honorer.

    Le berger n'est-il pas ravi, malgré son tremblement, de porter la marque du roi ?

    Pourtant, n'est-il pas plus conscient encore de son tremblement ?

    Car qu'est-ce que mourir, si ce n'est être debout, nu, face au vent et fondre dans le soleil ? Et qu'est-ce que cesser de respirer sinon libérer le souffle de ses marées tempétueuses, afin qu'il s'élève et se dilate et recherche Dieu sans entraves ?

    C'est seulement quand vous aurez bu à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.

    Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez votre ascension.

    Et quand la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment."

  • François Caron - Abonné 7 septembre 2010 22 h 54

    Que dire de plus ?

    A part de dire que ça prendrait beaucoup de PÉQUISTES comme lui était libéral, et nous repasserions tout près de l'Indépendance du QUébec si nous ne l'avions déja eue.

    Salut le saltimbanque de Kamouraska !