Gaz de schiste: la pression monte

Gaz de schiste<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Gaz de schiste

Au Québec, la très active industrie de l'exploration gazière peut opérer à sa guise sans qu'aucun débat ait lieu et sans que les élus municipaux ou les citoyens soient impliqués dans les discussions entourant cette filière de plus en plus controversée. Le message lancé hier par la Fédération québécoise des municipalités est sans équivoque. L'organisme presse d'ailleurs la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, de mettre fin au «laxisme» du gouvernement Charest dans la gestion du développement des gaz de schiste dans la province.

«On n'entendait à peu près pas parler de gaz de schiste il y a six mois et, maintenant, c'est devenu une filière qui va pratiquement sauver le Québec sur le plan énergétique. Ça va très vite, et on ne fait aucun débat, lance le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux. On est totalement dans l'inconnu. C'est comme si la machine était partie sans aucune forme d'encadrement, et je trouve ça très dangereux. Ce développement se fait sans les citoyens et, pourtant, la filière se développe dans le secteur le plus peuplé de la province.»

Il juge tout simplement inacceptable que, dans certaines municipalités, élus et citoyens aient été placés «devant le fait accompli» en voyant des entreprises d'exploration gazière venir effectuer des tests sans qu'ils aient été consultés ou informés. La semaine dernière, on apprenait que pareille situation s'était notamment produite à Mont-Saint-Hilaire et à Saint-Mathias-sur-Richelieu, deux municipalités situées de la Rive-Sud dans la région de Montréal. «On joue avec nos ressources naturelles et on n'aurait pas notre mot à dire?, questionne M. Généreux. Nous ne sommes plus au XIXe siècle. Nous sommes au XXIe siècle et on doit faire les choses avec transparence.»

Le président de la FQM interpelle plus particulièrement la ministre Normandeau, jugeant que le gouvernement fait preuve de «laxisme» dans sa gestion de cet épineux dossier qui a fait les manchettes à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. Bernard Généreux soutient ainsi que la Fédération — qui regroupe plus de 1000 municipalités locales et MRC — n'a absolument pas été interpellée pour prendre part aux discussions qui se tiennent en vue d'élaborer un projet de loi censé encadrer l'exploitation des hydrocarbures au Québec. Pourtant, soutient-il, lors d'une assemblée des MRC tenue en mai dernier, «la ministre Normandeau s'était montrée très ouverte à s'associer avec le milieu municipal pour le développement de cette filière. Mais on constate que ça se développe et que nous ne sommes pas consultés ou associés d'aucune façon. C'est le néant et c'est très préoccupant. On ne sait pas ce qui se passe et on ne sait pas ce qu'est cette filière».

Sans évoquer l'imposition d'un moratoire, il presse néanmoins Québec de se doter d'un «plan d'action» qui permette aux élus municipaux d'informer adéquatement les populations concernées. Le manque d'information «claire et objective» sur les impacts environnementaux et sur la sécurité publique soulève en effet bien des questions auprès de ses membres, particulièrement en ce qui a trait à l'utilisation de l'eau et à la contamination des nappes phréatiques. «Il n'y a rien pour contrer les prétentions de l'industrie, qui affirme qu'il n'y a aucun danger.» Si rien n'est fait pour rectifier le tir, «les projets vont se développer dans l'anarchie et la cacophonie», prévient-il.

M. Généreux n'est pas le seul à s'inquiéter de la façon dont se développe actuellement cette filière énergétique. Le maire de Mont-Saint-Hilaire, Michel Gilbert, qualifie quant à lui d'«arrogante» l'attitude de l'entreprise venue faire de l'exploration dans sa municipalité à l'aide de véhicules routiers. «Ils viennent chez nous et ils font de l'exploration sans aucune communication avec la Ville», et ce, «en plein milieu urbain». «Nous l'avons su parce que nous avons vu les camions», ajoute-t-il.

M. Gilbert précise d'ailleurs qu'il a été contacté la semaine dernière par des employés du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) et que ceux-ci ont été «étonnés» d'apprendre que l'entrepreneur chargé de cette première phase d'exploration n'avait pas contacté la Ville pour discuter des travaux à venir. Travaux qui inquiètent plusieurs citoyens, souligne-t-il.

Au cabinet de Nathalie Normandeau, on dit toutefois avoir réclamé plus de transparence de la part des acteurs de cette industrie, dont une majorité proviennent de l'extérieur de la province. «Ce que la ministre a demandé à l'industrie, c'est d'informer davantage les gens de leurs activités. Elle a toujours dit aux gens de l'industrie qu'au Québec, on travaille en collaboration avec les gens», explique son attachée de presse, Marie-France Boulay. Un mot d'ordre qui a été transmis «au cours des derniers mois», indique-t-elle, sans plus de précision.

Projet de loi

La ministre Normandeau déposera le projet de loi tant attendu cet automne, réitère aussi Mme Boulay. Celle-ci explique d'ailleurs qu'un «comité de liaison» comprenant des élus — dont des représentants de la FQM — et des employés du MRNF a été mis sur pied et qu'une première rencontre est prévue lundi prochain. D'autres discussions ont déjà eu lieu avec des représentants de groupes environnementaux et de représentants de l'industrie.

Fait à noter, l'Association pétrolière et gazière du Québec a recruté des lobbyistes pour plaider sa cause auprès des ministères impliqués dans l'élaboration de cette législation que la ministre souhaite «exemplaire». L'un d'eux, spécifie le «mandat» inscrit dans le Registre des lobbyistes du Québec, doit travailler «dans le but que le Québec soit reconnu comme une juridiction capable d'accueillir une industrie structurante en matière de shales gazéifères».

En entrevue au Devoir il y a quelques semaines, Nathalie Normandeau ne se cachait pas de travailler étroitement avec l'industrie. «On s'emploie, avec l'Association pétrolière et gazière du Québec, à développer des outils de communication pour faire tomber un certain nombre de préjugés, expliquait alors la ministre. On s'emploie à ce que les citoyens aient accès à la bonne information. Par exemple, dans le domaine du gaz, les gens se demandent si on cause un préjudice aux nappes phréatiques lorsqu'on fait un forage. La réponse est non. Est-ce que les substances auxquelles on a recours pour forer sont polluantes? La réponse est non.»

Aucune étude d'impact indépendante n'a encore été menée au Québec au sujet des gaz de schiste.
 
40 commentaires
  • Lepelletier - Inscrit 24 août 2010 00 h 37

    nationalisons le gas shiste.

    Pourquoi donner au privée ce qui nous appartient.Le privé frétille d'impatience,il doit y avoir anguille sous roche.Charest aurait-il des amis de cachés là aussi????

  • Michel Simard - Inscrit 24 août 2010 01 h 02

    Charest I de retour

    L'arrogrance du parti libéral-conservateur du Québec est revenue au galop. Entendez la ministre Normandeau : il s'agit de bien enrober dans un plan de communication pour que le peuple ignorant laisse tomber ses préjugés. Après cela, elle va faire semblant d'être surprise que plein de collectivités locales ruent dans les brancards !

  • Michel Simard - Inscrit 24 août 2010 01 h 05

    Si le lobbyiste le dit, ça doit être vrai

    La ministre Normandeau ne prend même pas la peine de commander une étude indépandante pour confirmer ou infirmer les prétentions des lobbyistes inscrits ou non de l'industrie gazière.

  • Dominic Ric - Inscrit 24 août 2010 06 h 11

    La santé avant le profit

    Donc d'après son aveu, la ministre est une agente de relations publiques au service des gazières et des pétrolières!
    Elle est passée où la démocratie?
    Il n'y a personne de sensé au Québec qui est en accord avec cette exploitation, bruyante, dangereuse pour les nappes phréatiques par le craquage du sous-sol, payantes seulement pour les étrangers.
    Sommes-nous devenu une république de banane?!?

  • Amie du Richelieu - Inscrit 24 août 2010 06 h 20

    Tests sismiques sur la 112 à Chambly, Richelieu, Marieville également

    "D'autres discussions ont déjà eu lieu avec des représentants de groupes environnementaux" avec la Ministre Normandeau au sujet des gaz de schiste? Je me demande bien lesquels.



    Johanne Dion
    Amie du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/