Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette -- Charest n'a pas de dauphin naturel

Jean Charest
Photo: Clément Allard - Le Devoir Jean Charest

Une majorité très claire de Québécois souhaite que le premier ministre Jean Charest démissionne, mais aucun remplaçant ne se démarque dans son sillage, selon un nouveau sondage Léger Marketing-Le Devoir mené en collaboration avec The Gazette. Un coup de sonde qui démontre par ailleurs que, malgré la pause estivale, les Québécois sont toujours fortement insatisfaits du gouvernement Charest.

Le marasme politique du printemps ne s'est pas évaporé pendant la belle saison, puisque 76 % des Québécois se disent «peu satisfaits» ou «pas du tout satisfaits» du gouvernement de Jean Charest, un taux record inchangé depuis notre dernier sondage, en juin. À peine 20 % des 1162 répondants affirment être «satisfaits» des actions du gouvernement.

Le rebond attendu du côté libéral n'a donc pas eu lieu. «Généralement, l'été est favorable au gouvernement, parce qu'il n'y a pas de controverse, et les partis d'opposition sont moins présents. Mais, visiblement, les Québécois ont pris des vacances de la politique, et c'est le statu quo qui l'a emporté. Une chance qu'on est encore loin des élections, parce qu'une insatisfaction aussi forte, c'est du rarement vu», affirme le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger.

Une insatisfaction qui amène 57 % des Québécois à montrer la porte de sortie à Jean Charest, alors que 26 % souhaitent qu'il reste premier ministre. Près de 17 % ne savent pas ou ont refusé de répondre. «Les gens veulent du changement, et c'est la figure principale du gouvernement qui écope. Il ne faut pas oublier que Jean Charest est en poste depuis 2003. Les gens estiment qu'il a fait son temps», explique Jean-Marc Léger.

La firme de sondage a soumis aux répondants les noms des successeurs potentiels qui ont circulé dans les médias dans les derniers mois, afin de voir qui partirait avec une longueur d'avance advenant un départ de Jean Charest. Résultat: personne ne se détache du lot, les chiffres étant très fragmentés.

En tête de la liste des remplaçants potentiels, on retrouve le médecin Philippe Couillard et le député libéral fédéral Denis Coderre, à égalité, avec 11 %, suivis de la vice-première ministre, Nathalie Normandeau (6 %), des ministres Claude Béchard (5 %) et Raymond Bachand (4 %). L'ex-ministre et sénateur conservateur Michael Fortier (3 %), les ministres Line Beauchamp (3 %), Jean-Marc Fournier (2 %), ainsi que le banquier Jacques Ménard (2 %) figurent aussi dans les choix des électeurs. Mais 24 % des répondants ont dit «aucune de ces personnalités» et 31 % ont dit ne pas savoir ou ont refusé de répondre.

«C'est la bonne nouvelle pour Charest, il n'a pas de dauphin naturel. Il a réussi à faire le vide autour de lui dans les dernières années, de sorte qu'il n'y a pas l'équivalent d'un Paul Martin qui attend que Jean Chrétien parte. La relève n'est pas évidente, alors Charest a du temps devant lui. Personne ne le pousse dehors. Et surtout pas dans son parti, puisque les ministres influents n'ont pas la cote», juge Jean-Marc Léger, qui fait remarquer que Denis Coderre et Philippe Couillard n'étant pas au sein du PLQ, ils n'ont pas une organisation prête à se lancer dans une course au leadership.

D'ailleurs, en posant la question des intentions de vote avec l'un de ces chefs potentiels, aucun ne fait mieux que Jean Charest actuellement. «Il n'y a pas de sauveur du PLQ», tranche M. Léger. Celui qui obtient les meilleurs résultats s'il était à la tête des libéraux est Denis Coderre, avec 30 % des intentions de vote dans la province. Mais le PQ en obtient 43 % avec Coderre en piste, ce qui équivaut à un gouvernement péquiste majoritaire. Les autres prétendants sont tous sous la barre des 25 % d'intentions de vote pour le PLQ en cas d'élections.

Meilleur premier ministre?

D'ailleurs, le désenchantement de la population envers la politique est tel que les chefs actuels ne parviennent pas à susciter davantage l'enthousiasme. Ainsi, à la question du chef qui ferait le meilleur premier ministre du Québec, Pauline Marois est en tête, mais avec un faible taux de 20 % d'appuis de la population. Une baisse de 7 % depuis avril. Jean Charest obtient 18 %, en baisse de 10 % depuis février.

Amir Khadir, de Québec solidaire, reçoit 12 % d'appuis, soit plus que le chef de l'ADQ, Gérard Deltell (8 %), et que le leader du Parti vert, Guy Rainville (1 %). Il est à noter que 40 % des gens ont répondu qu'ils ne savaient pas. «Les gens ont l'impression que tous les partis sont sales, ce qui plombe les résultats comme meilleur premier ministre, dit Jean-Marc Léger. Les gens sont désabusés.»

Le sondeur estime toutefois que la seule personnalité politique qui peut se consoler est Pauline Marois. «Au bout du compte, le plus important pour un parti, ce sont les intentions de vote. C'est la prise du pouvoir. Et si des élections avaient lieu maintenant, le Parti québécois serait majoritaire», dit le sondeur.

Après répartitions des indécis, le PQ obtient 41 % des intentions de vote, contre 31 % pour le PLQ. Un écart stable depuis des mois. «Rien ne bouge depuis le début de l'année. Le gouvernement est dans une crise de crédibilité profonde, et ça va en prendre beaucoup pour faire bouger l'aiguille», affirme Jean-Marc Léger. L'ADQ et Québec solidaire sont à égalité avec 9 % des intentions de vote, suivis du Parti vert, à 7 %.

Chez les francophones, qui déterminent les résultats de la majorité des 125 circonscriptions, le PQ domine, avec 51 % des intentions de vote, contre à peine 21 % pour le PLQ.

Pour Montréal, les deux principaux partis sont à égalité, à 37 % des intentions de vote. À Québec, le PQ est légèrement en avance, avec 32 %, contre 28 % pour le PLQ. C'est dans la capitale que l'ADQ obtient son meilleur résultat, tout comme les conservateurs au fédéral d'ailleurs (voir autre texte en page A 3). Ainsi, le parti de Gérard Deltell est crédité de 23 % des intentions de vote à Québec. Hors Québec et Montréal, le PQ domine, avec 48 % contre 25 % au PLQ.

Le sondage a été mené du 16 au 19 août, auprès de 1162 personnes. Le coup de sonde Internet a été réalisé selon une méthodologie fiable et éprouvée. Un échantillon probabiliste de la même taille présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.

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