Le passé du «nouvel homme» du PLQ

Le problème constitutionnel «persiste», concède difficilement le leader parlementaire libéral, Jean-Marc Fournier. «Mais ça ne nous empêche pas d’avoir une vie commune et de progresser.»<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Le problème constitutionnel «persiste», concède difficilement le leader parlementaire libéral, Jean-Marc Fournier. «Mais ça ne nous empêche pas d’avoir une vie commune et de progresser.»

Pendant six mois, Jean-Marc Fournier se retirera de la séance du Conseil des ministres si ces derniers ont à prendre une décision qui concerne SNC-Lavalin, a confié au Devoir le nouveau ministre de la Justice, jeudi, dans une entrevue exclusive. De mars à septembre 2009, peu de temps après avoir entrepris sa «pause de la politique» et avant d'entrer au service de Michael Ignatieff, M. Fournier avait travaillé pendant six mois à titre de vice-président principal, planification stratégique, de la division Socodec de SNC-Lavalin.

Socodec est la filiale «construction» de la firme montréalaise. Dans les années 80, elle a construit un des fameux toits du Stade olympique à Montréal. Plus récemment, elle a obtenu divers contrats en Espagne, mais aussi dans la région montréalaise: «concevoir et installer un nouveau tablier pour le pont Jacques-Cartier», peut-on lire sur le site Web; construction de l'Hôpital général du Lakeshore; réaménagement du rond-point de l'Acadie. Socodec note aussi qu'elle est chargée de la «gestion des coûts, de l'ordonnancement et de la qualité pour le Centre hospitalier de l'Université de Montréal».

Celui qui sera responsable, en tant que leader parlementaire libéral, de finaliser et d'adopter le projet de loi 48 sur l'éthique, insiste: «Dans l'état actuel des choses, il n'y a aucune règle qui me force à ça», c'est-à-dire à ne pas participer aux discussions des ministres qui toucheront à SNC-Lavalin. La confirmation est venue des «autorités de l'éthique au comité exécutif», dit-il en soulignant qu'il n'a pas d'action de SNC et n'est pas membre de son conseil d'administration. «J'ai aucun lien. Par contre, en discutant avec eux [les experts en éthique], je me suis dit que probablement, s'il y a des décisions à être prises concernant SNC, pour les six prochains mois je ne participerai pas aux prises de décision là-dessus.»

Je le fais parce que je crois que c'est important de dire à la population que je suis sensible aux perceptions qui amènent votre question.»

M. Fournier ne sera pas seul dans le couloir lorsqu'on discutera d'accorder un contrat à la firme SNC-Lavalin — comme l'autre prochain toit du Stade olympique, par exemple. Celle qui a précédé M. Fournier à la Justice, Kathleen Weil, y sera aussi, puisque son mari Michael Novak est vice-président de la même firme.

Les défusions

Jeudi, c'est un Jean-Marc Fournier souriant, la chevelure grise discrètement orientée par le gel, que Le Devoir a rencontré dans l'arrondissement Saint-Laurent, où il entame sa campagne pour succéder à Jacques Dupuis. Un «nouveau» Jean-Marc Fournier? En tout cas, le politicien dit être parti «suffisamment longtemps» pour voir «la vie d'un autre angle». Il insiste sur le «nouveau ton» qu'il veut instiller à la politique: «J'ai par exemple demandé de retarder l'affichage électoral d'une semaine. L'annonce du départ de Jacques [Dupuis] et le déclenchement de la partielle, ça s'est fait assez rapidement. J'ai donc dit: "Par fair-play, laissons aux autres le temps de s'organiser aussi."»

Jean-Marc Fournier a un passé; et pas seulement chez SNC-Lavalin. Fait cocasse, par exemple: le local où son organisation s'est installée, boulevard Marcel-Laurin, est précisément le même que les défusionnistes du coin — l'ancien maire, feu Bernard Paquet, en tête — avaient loué en 2004 lorsque les libéraux ont offert l'option «démembrement» aux anciennes villes fusionnées par le PQ. Dans Saint-Laurent, les défusionnistes avaient recueilli assez de signatures pour provoquer un référendum; mais pas assez de votes pour s'extraire de Montréal.

Le candidat libéral dans Saint-Laurent croit-il que cette ville aurait dû se détacher de Montréal? Jean-Marc Fournier, qui avait «accompli l'engagement» de Jean Charest sur la défusion en 2003, répond que «sur le terrain», personne n'a soulevé ce sujet-là. «Je ne dis pas que ça existe pas. Je présume qu'il y en a encore qui pourraient m'en parler», se repent-il. Au fait, les défusions ont-elles aidé ou nui à Montréal? «Ç'a corrigé les fusions forcées. C'est de l'ordre du remède. Est-ce que prendre un remède, c'est ce que les gens souhaitent? Ils souhaitent ne pas être malades», illustre-t-il.

Priorités


La défusion: un vieux débat, certes. Le regard du candidat libéral porte ailleurs. La campagne commence; on votera le 13 septembre. «La priorité de la campagne, c'est de se saisir des enjeux», dit-il de manière vague. Puis, il se reprend: «Mais ça ne veut pas dire que je tiens l'élection pour acquise», insiste-t-il.

N'empêche, on est ici dans une forteresse, la circonscription de Saint-Laurent, où Robert Bourassa lui-même était allé se réfugier en 1985 lorsque, majoritaire, il avait toutefois été battu dans Bertrand. L'adversaire péquiste du ministre Fournier, Philippe Leclerc, a d'ailleurs déjà admis qu'il perdrait; il vise une «victoire morale».

Malgré tout, Jean-Marc Fournier apparaît moins à l'aise dans Saint-Laurent qu'à Châteauguay, où il est né en 1959, une circonscription qu'il a représentée de 1998 à 2008 tout en y habitant. Dans Saint-Laurent, cette circonscription aux 61 communautés culturelles de l'île de Montréal, il semble chercher ses marques. Il arrive à cerner quelques «enjeux locaux» concernant le transport: un meilleur accès à l'autoroute 15, le boulevard Cavendish. L'ancien ministre des Sports (celui-là même qui nous avait donné Vazy, cette créature bleue qui nous disait de bouger) a aussi noté une préoccupation pour les infrastructures sportives, dans Cartierville, soulevée par un jeune conseiller municipal.

Un mémoire de maîtrise surprenant

Enfin, arrêtons-nous sur un élément très ancien du passé de Jean-Marc Fournier: son mémoire de maîtrise en droit public, rédigé en plein coeur du débat du lac Meech et déposé en 1991. Ce texte consistait en une critique étoffée de la formule d'amendement de la Constitution de Trudeau. Fournier affirmait que seule une assemblée constituante pouvait sauver ce pays éprouvé par le «coup de force» de 1982. Et si la constituante échouait? «Dans l'hypothèse où aucun consensus ne se dégagerait et où il faudrait alors conclure à l'impossibilité pour cette union de durer, il faudrait la rompre. Il ne faut pas craindre cette éventualité. Il ne faut surtout pas éviter de faire l'exercice en raison de cette éventualité. Si cette hypothèse se concrétise, la rupture ne sera que plus aisée si elle découle d'un examen sérieux des avantages et des inconvénients de l'union canadienne, si elle est la conséquence d'un constat non partisan et objectif qu'aucun intérêt commun ne retient certaines régions au sein de cette union», écrivait Jean-Marc Fournier.

Aujourd'hui, le leader parlementaire libéral dit qu'il voit les choses différemment. «Mon passage à Ottawa [comme conseiller d'Ignatieff] a une certaine importance là-dedans.» Le problème constitutionnel «persiste», concède-t-il difficilement. «Mais ça ne nous empêche pas d'avoir une vie commune et de progresser», insiste-t-il. Lui qui fustigeait dans son mémoire «les tenants de l'union à tout prix, ceux qui admirent la hauteur des Rocheuses et l'étendue des Grands Lacs», en serait-il devenu un? Certes, les suites qui ont été données au Non en 1980 et à Meech furent décevantes, mais «on ne peut pas laisser tomber tous les avantages que ce pays-là nous donne. Ni non plus les valeurs qui sont véhiculées, dont une fondamentale: celle d'être capable de vivre ensemble dans le respect de nos différences».
8 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 21 août 2010 06 h 45

    Un <nouvel homme> dans le bon vieux style libéral........

    Tout tient a l'image dans ce bon vieux parti libéral de Jean Charest ! Magnanime , Jean-Marc Fournier concède de retarder la mise de ses affiches électorales d'une semaine pour donner la chance a ses adversaires ...... Comme si cela pourrait changer quoique ce soit dans un comté refuge pour le PLQ ou Robert Bourassa était aller sauver la mise de premier ministre non-élu ......
    Ayant oeuvré chez Lavallin comme v-p durant six mois , J.M. Fournier décide de son chef de sortir du conseil des ministres durant six mois lorsque cela concernera Lavallin ! Pourquoi six mois , rien ou plus ? Lorsqu'un parti , son chef , ses ministres et ses membres pataugent dans la boue comme c'est le cas depuis 2003 , ce choix de Fournier est anachronique durant ces discussions d'éthique , de collusions , de magouilles , de commissions d'enquêtes et d'intégrité a moins que ce soit pour donner le point de vue et la manière de fonctionner de cette compagnie grande contributrice au PLQ ......
    Concernant le coup de force de 1982 , J.M. Fournier relatait que si la constituante échouait , il faudrait pas avoir peur de rompre le lien avec ce pays !!!!!! Presque vingt ans plus tard , rien n'est réglé , aucune solution fédéraliste a l'horizon , notre Jean Marc s'est écrasé et refuse d'en parler . Un vrai libéral a la Bourassa que l'on pourrait comparer a une carpette vivante qui aime mieux balayer la poussière sous la carpette au lieu d'affronter les problèmes et les régler ..... A ce niveau , il convient bien a Jean Charest qui a pratiqué le même style .... Plus ca change , plus c'est pareil dans cette bonne vielle famille libérale slérosée .....

  • Nunu - Inscrite 21 août 2010 07 h 25

    Stetégie?

    Quel différence qu'il se retire du conseil quand il sera question de snc Lavalin,il n'aura quà suggéer à ses p'tits amis libéraux comme d'habitude de pencher de tel côté.Ce sera du pareil au même qu'il soit au conseil ou pas.Encore une foie ils rient de nous ces libéraux.

  • Marcel Bourget - Inscrit 21 août 2010 09 h 22

    Un 360 degrés

    Une girouette se pointe à l'Assemblée nationale en passant par SNC-Lavalin, par PLC et par la Circonscription de Saint-Laurent. Il est fédéraliste, diffusionniste et confus. Il a même défendu à une certaine époque le droit à l'autodétermination. Il sera maintenant le nouveau pitbull de J.J. Charest à l'assemblée nationale ainsi que l'homme de confiance de SNC-Lavalin au sein du Conseil des ministres. Sa feuille de route lui permet donc de passer devant les "backbenchers" qui devront chercher leur fauteuil à la rentrée suite à la chaise musicale imposée par leur "chef" durant leur absence. Plus ça change, plus c'est pareil.

  • michel lebel - Inscrit 21 août 2010 11 h 34

    Des sous-entendus...

    Un article plein de sous-entendus. À ce que je sache, M. Fournier n'est pas membre de la mafia. Et travailler pour SNC-Lavalin n'est pas un crime. Quant ses orientations politiques, elles peuvent évoluer comme pour toute personne. M. Fournier n'est pas un politicien transcendant, j'en conviens. Mais qui peut dénicher dans le paysage politique actuel des transcendants? Et les transcendants ne font pas toujours de la bonne politique...

  • Ciceron Derome - Inscrit 22 août 2010 08 h 48

    La bonne vieille tactique séparatistes à l'oeuvre

    Toujours les mêmes "images" chez les séparatistes. Nos bons vieux amis péquistes proposent toujours et toujours de placer les projecteurs sur l'homme et non sur un argumentaire qui se tient à propos de l'oeuvre et des visées de cet homme. La destruction d'image bat encore son plein. Quand assistera-t-on à un argumentaire péquiste qui a de l'allure, à des contre-propositions qui sont intéressantes? C'est toujours ce vide d'idées qui se camouffle dans ces attaques à caractère personnel, au sens large du terme, afin de diaboliser à qui mieux mieux ceux qui n'adhèrent pas à la "religion" séparatiste.

    Concernant la thèse de maîtrise de monsieur Fournier, monsieur le journaliste Robitaille a-t-il oublié volontairement d'indiquer le contexte d'une autre époque, tant sur le plan politique que sur le plan intellectuel d'un exercice de maîtrise. Je crois que oui car il sait très bien que la portée d'une publication dans un contexte différent, celui d'aujourd'hui, est fort différente. N'est-elle pas partie d'une tactique de destruction d'image, plus ou moins subtile selon les circonstances et surtout soutenue dans la durée, qui a fait l'objet de l'aval des tacticiens pseudo-intellectuels séparatistes? Malheureux, surtout sur un filigrane argumentaire extrêmement pauvre qui semble coller aux péquistes.