Remaniement ministériel à Québec - Charest brasse ses cartes

Une poignée de main entre le premier ministre Jean Charest et son nouveau leader parlementaire et titulaire de la Justice, Jean-Marc Fournier, à la cérémonie d’assermentation, hier, à Québec.<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard Une poignée de main entre le premier ministre Jean Charest et son nouveau leader parlementaire et titulaire de la Justice, Jean-Marc Fournier, à la cérémonie d’assermentation, hier, à Québec.

Québec — Plus ça change, plus c'est pareil, dit l'adage. Au lieu de faire de la place à de nouvelles têtes, Jean Charest a choisi de nommer des politiciens d'expérience dans le cadre du remaniement ministériel d'hier. Une occasion ratée, selon l'opposition, qui ne se réjouit pas outre mesure du retour de Jean-Marc Fournier comme leader parlementaire.

Une douzaine de ministres ont changé de portefeuille. Le seul à pouvoir prétendre au titre de nouveau venu est Jean-Marc Fournier, même s'il s'agit d'un ancien pilier de l'administration Charest dont le départ remonte à peine à un an et demi.

Pourtant, les Québécois n'ont jamais autant eu besoin de sang neuf, tonnaient hier les trois partis d'opposition. «Ce n'est pas parce que tu remplaces Lise Thériault par Dominique Vien que tu vas avoir plus de places en CHSLD, s'indignait le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Bernard Drainville. C'est un gouvernement qui sent le renfermé! [...] Ils espèrent enterrer les scandales en changeant les faces de place!»

Chez Québec solidaire, Amir Khadir s'en prenait à «cette culture de grande proximité entre le Parti libéral du Québec et les milieux d'affaires qui permet à une certaine élite économique de croire que le gouvernement lui appartient.»

Criant au «jeu de chaises musicales», le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, s'est même fait le porte-parole des députés libéraux d'arrière-ban. «Il laisse sur les bancs des gens de talent afin de ne pas mettre le Parti libéral en danger par des démissions de ses ministres.» Une allusion notamment au député libéral et ancien professeur de l'UQAM Alain Paquet, qu'il estime beaucoup, a-t-il précisé devant les journalistes.

Le remaniement d'hier a fait passer le Conseil des ministres de 26 à 24 membres. Jean Charest devait en priorité remplir les postes laissés vacants par les départs des ministres David Whissel (Travail), Tony Tomassi (Famille) et Jacques Dupuis (Sécurité publique, leader parlementaire). En donnant à ses ministres de nouveaux défis, le premier ministre a dit vouloir tabler sur les forces de chacun. «Cette équipe est composée de femmes et d'hommes qui ont appris à travailler ensemble. [...] Certains ministres assument de nouvelles responsabilités. La détermination du gouvernement reste la même.»

Courchesne au Trésor, Boulet quitte les Transports

Au Trésor, Jean Charest mise sur la poigne de Michelle Courchesne, dont la tâche consistera beaucoup à dire «non» aux demandes de ses collègues ministres dans un contexte de finances publiques serrées. Dans l'entourage du premier ministre, on faisait valoir hier que M. Charest souhaitait depuis longtemps voir Mme Courchesne à ce poste, mais qu'il attendait que Monique Gagnon-Tremblay règle le dossier des négociations dans le secteur public. Or, comme le faisait remarquer Mme Courchesne hier, le Trésor n'en a pas fini avec les négociations puisqu'il lui reste à s'entendre avec les infirmières et les médecins, notamment.

Mme Courchesne est remplacée à l'Éducation par Line Beauchamp, qui a effectué un passage apparemment sans fausses notes au Développement durable. Cette dernière, que des observateurs pressentaient à la Santé en remplacement d'Yves Bolduc, devra plutôt se plonger dans le dossier des frais de scolarité en vue du Forum sur l'éducation cet automne.

Autre modification d'importance, Julie Boulet change de place avec Sam Hamad et est rétrogradée du ministère des Transports vers l'Emploi. Le député de Louis-Hébert, qu'on disait condamné aux petits mandats après le fiasco du dossier du Suroît en 2004, a connu un passage plus heureux à l'Emploi qu'aux Ressources naturelles. En plus de veiller aux suites de l'enquête de Jacques Duchesneau sur les pratiques au ministère des Transports, il fera l'objet des demandes multiples des villes qui veulent investir dans le transport en commun.

Au Développement durable, le premier ministre a placé un ministre issu du milieu des médias et des affaires en la personne de Pierre Arcand, qui quitte les Relations internationales. L'économie était d'ailleurs au coeur du discours de M. Charest hier. «Cette équipe a permis au Québec de mieux traverser la crise économique que partout ailleurs. Je la redéploie pour le deuxième volet de notre mandat: réussir la relance», a-t-il dit.

On remarque en outre que ses ministres économiques Raymond Bachand (Finances) et Clément Gignac (Développement économique) conservent leur place, le premier héritant toutefois d'un mandat de plus au Revenu, où il compte lutter contre l'évasion fiscale.

Jean-Marc Fournier pèse déjà ses mots

Enfin, le retour au cabinet de Jean-Marc Fournier comme leader parlementaire et ministre de la Justice a beaucoup fait jaser. Avocat de formation, M. Fournier avait quitté l'Assemblée nationale à la fin de l'année 2008 dans le but de se «ressourcer». Quelques mois avant, le Vérificateur général lui avait reproché de ne pas être intervenu à temps dans le dossier de l'îlot Voyageur quand il était ministre de l'Éducation.

Mais hier, on insistait plutôt sur le changement de style que M. Fournier saurait apporter aux débats à l'Assemblée nationale comme leader. Alors qu'à Ottawa, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper vient de nommer à ce poste un John Baird jugé trop agressif, le gouvernement majoritaire de M. Charest opte pour l'approche inverse. Réputé plus diplomate et moins arrogant que Jacques Dupuis, M. Fournier a dit qu'il souhaitait des débats «vigoureux mais respectueux». D'entrée de jeu, il s'est montré courtois envers Jacques Dupuis hier en refusant de critiquer son style: «On a chacun notre personnalité. Je ne veux pas commenter les attitudes des uns et des autres.»

Fait notable, M. Fournier aura été nommé ministre avant même d'avoir été élu député. L'ancien député de Châteauguay a toutefois souligné hier qu'il ne tenait rien pour acquis et que les électeurs de la circonscription de Saint-Laurent le verraient bientôt faire campagne «sur les trottoirs» en vue de l'élection partielle du 13 septembre.

Contrairement au poste de ministre, la fonction de leader parlementaire relève du législatif. M. Fournier devra donc attendre d'être élu à l'Assemblée nationale avant d'être officiellement nommé à ce poste. Prié de dire si, sous sa gouverne, la députation libérale allait cesser d'esquiver les questions, il a rétorqué qu'elle n'avait pas à le faire quand les questions s'appuyaient sur des «insinuations». L'entourage du premier ministre a par ailleurs souligné que le nouveau ministre de la Sécurité publique et leader adjoint, Robert Dutil, était lui aussi réputé pour son calme.

Du côté de l'opposition, l'adéquiste Gérard Deltell a reproché à Jean-Marc Fournier d'être aussi l'un des leaders «les plus partisans de l'histoire de l'Assemblée nationale». Personne ne semble en outre vouloir baisser la garde dans les dossiers de la construction et des soupçons de collusion. Le député péquiste Bernard Drainville a promis qu'il allait continuer «à poser des questions sur l'attribution des contrats par le gouvernement», et Amir Khadir a déclaré dans un communiqué que «la crise de confiance dans laquelle est plongé le gouvernement» ne se réglera que si Jean Charest déclenche «une enquête publique sur les liens entre le financement des partis, la nomination des juges, l'octroi de permis et de contrats publics».

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29 commentaires
  • Vive le Québec libre - Inscrit 12 août 2010 01 h 36

    La spirale de l'hypocrisie.

    Plus ça change, plus c'est pareil. Nous sommes en pleine spirale de l'hypocrisie, la même gang mais avec en plus les sourires. Ces sourires qui en disent long sur le respect qu'a ce gouvernement envers le Québec.

    Je ne supporte plus les accommodements, les petits retour d'ascenseurs, qui de toutes façons seront à la charge des Québécois.

  • Serge Granger - Abonné 12 août 2010 03 h 02

    Un cabinet qui lutte contre l'évasion fiscale

    Je cite : On remarque en outre que ses ministres économiques Raymond Bachand (Finances) et Clément Gignac (Développement économique) conservent leur place, le premier héritant toutefois d'un mandat de plus au Revenu, où il compte lutter contre l'évasion fiscale.

    Les lucides évaluent l'évasion fiscale des cigarettes à 300 millions. Cannabis: 0$

    Nos lucides sont aveugles, suivons-les.

  • Serge Granger - Abonné 12 août 2010 03 h 05

    Rien n'arrête l'immobilisme

    Edgar Faure - « L'immobilisme est en marche, et rien ne pourra l'arrêter »

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 août 2010 03 h 52

    Vous avez quoi contre ces gens qui sont déjà des initiés au système de Charest?

    Avec des nouvelles têtes, ce serait tout de même délicat. Rien de mieux que l'expérience, surtout avec des gens qui sont initiés à la chose à bien des points de vue.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 12 août 2010 06 h 14

    A qui donne-t-on l'immigration?

    A l'ancienne d'Alliance-Québec. Requiem pour un peuple mort bientôt de bêtises.