Discours inaugural - «Dérive ultralibérale», dénonce Landry

Le premier ministre, Jean Charest, applaudi par ses députés, hier après son discours à l’Assemblée nationale.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre, Jean Charest, applaudi par ses députés, hier après son discours à l’Assemblée nationale.

Québec - Avec son discours inaugural, le premier ministre Jean Charest a amorcé hier une «dérive ultralibérale» inspirée du programme de l'Action démocratique du Québec, estime le chef de l'opposition, Bernard Landry.

«Nous pensions que ce serait le jour de l'espoir, du projet de société, de la vision, mais ç'a été simplement la continuation, avec beaucoup de mots creux, de ce qu'on a vu depuis l'élection: la déconstruction de la société, le désinvestissement social, la dérive très nette vers le programme de l'ADQ», a affirmé hier Bernard Landry lors d'une conférence de presse tenue à la suite du discours inaugural de Jean Charest à l'Assemblée nationale.

Selon le chef de l'opposition officielle, Jean Charest rompt avec le Parti libéral des années 60. «Il n'y a aucun esprit d'innovation, de modernité et de nouveau souffle», a-t-il noté. Qui plus est, le discours inaugural ressemble comme «deux gouttes d'eau» aux rapports des députés libéraux Pierre Fortier (sur la privatisation), Paul Gobeil (sur la révision des structures gouvernementales) et Reed Scowen (sur la déréglementation), tous déposés au milieu des années 80 sous le gouvernement Bourassa. «Ils ont inauguré pour le Québec une période pauvre économiquement, budgétairement et socialement. La lancée des trois fameux rapports a conduit à six milliards de déficit quelques années plus tard et à 14 % de chômage», a souligné Bernard Landry.

Jean Charest fait «l'apologie du libéralisme et de l'individualisme», croit le chef de l'opposition. «Cette doctrine est très dangereuse. En matière régionale, les forces naturelles jouent contre les régions. Il faut s'opposer collectivement à ces tendances. Ce qu'on nous propose, c'est le laisser-faire», a-t-il dit. M. Landry a fait valoir «l'interventionnisme intelligent» dont aurait fait preuve son gouvernement en maintenant des entreprises au Québec et en en attirant d'autres grâce à des crédits d'impôt et à des mesures de soutien, comportement critiqué par Jean Charest dans son discours. «Pourquoi casser tous les mécanismes qui ont fait notre succès alors que le succès est justement au rendez-vous, pourquoi introduire une période d'insécurité et de rupture de nos solidarités fondamentales?», s'est-il demandé.

Bernard Landry estime que le discours inaugural ne mettra pas fin à «l'angoisse et l'incertitude» qui se manifestent depuis le 14 avril, notamment du côté des syndicats. «Ces gens se sont rendu compte qu'ils ont été floués», a lancé M. Landry. Le chef péquiste craint même une «rupture du consensus social». «Gouverner une société, c'est gouverner pour tout le monde, pas simplement pour des groupes d'intérêts économiques individuels», a-t-il dit.

«L'avenir qu'il nous présente ne m'apparaît pas être dans le meilleur intérêt de l'économie et de la société en général», a-t-il conclu.