Le patronat est aux anges

Le discours inaugural du premier ministre Jean Charest sème beaucoup d'espoir dans le monde patronal, qui suivra néanmoins de près ce nouveau gouvernement afin de vérifier si les réalisations seront conformes au discours.

Pour l'instant, les réactions sont unanimes. «Nous sommes très très heureux. C'est un discours qui colle beaucoup aux attentes et qui va dans le sens que nous souhaitions», dit Gilles Taillon, président du Conseil du patronat du Québec. Louise Marchand, porte-parole de la Chambre de commerce du Québec, affirme que ce discours sème beaucoup d'espoir et contient des engagements qui correspondent aux attentes exprimées son organisation dans un mémoire présenté au gouvernement. On peut d'ailleurs rappeler que Michel Audet, devenu un ministre influent sur le plan économique dans ce nouveau gouvernement, était le président de la Chambre de commerce du Québec avant de devenir candidat

libéral.

Mme Marchand n'en pense pas moins que la Chambre de commerce jugera l'arbre à ses fruits, une opinion entièrement partagée par Paul-Arthur Huot, président de l'Association des manufacturiers et exportateurs du Québec, qui, pour le moment, a l'impression que le discours de M. Charest contient à peu près tous les éléments importants soulevés par le monde patronal ces dernières années.

Fidèle aux engagements

Richard Fahey, vice-président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, constate pour sa part que ce discours est tout à fait en ligne avec le programme politique mis en avant pendant la campagne électorale. «Ça risque de rechigner à certains endroits, mais c'est ce que le peuple veut», ajoute-t-il en faisant allusion aux réactions négatives qui pourraient survenir dans les milieux syndicaux, lesquels auront certainement le gouvernement à l'oeil eux aussi.

Par ailleurs, M. Taillon, du CPQ, ne cache pas que le programme annoncé par le gouvernement libéral risque de toucher certains droits acquis, mais il pense qu'il y aura moyen de trouver des voies de passage qui ne remettront pas complètement en cause le bon climat des relations de travail au Québec, notamment en ce qui concerne l'article 45 du Code du travail, qui porte sur la sous-traitance. Il cite à cet égard le cas de la Nouvelle-Écosse, qui aurait trouvé un compromis acceptable de part et d'autre. M. Fahey considère que cette question est le principal défi du gouvernement dans le secteur de l'économie mais il mentionne aussi qu'il faut demeurer calme à ce propos, citant une étude menée aux HEC qui démontre que c'est seulement dans 4 % des cas qu'il y a perte d'emplois lorsqu'un mandat est donné à un sous-traitant.

Sous-traitance

Les porte-parole de toutes les associations patronales rappellent que les patrons demandent depuis des années des amendements au Code du travail pour permettre la sous-traitance sans devoir obligatoirement faire suivre l'accréditation syndicale. Ils s'entendent également tous sur l'objectif de valoriser l'entrepreneurship afin d'aider les PME à croître, notamment en réduisant les taxes et les impôts et en faisant le ménage dans les crédits d'impôt. L'élimination du dirigisme sonne comme de la musique à leurs oreilles, tout comme des solutions sur mesure qui pourraient devenir la norme dans l'économie et le tourisme régional.

Les grandes associations patronales québécoises se réjouissent également d'un allégement de la paperasse dans la réglementation et de l'élimination des effets pervers, comme elles le disent, dans la loi du 1 % destiné à la formation. À cet égard, M. Huot s'attend à ce que le plancher d'une masse salariale de 250 000 $ pour obliger une PME à contribuer 1 % soit porté à au moins un million. Il faut, insiste-t-il, mettre l'accent sur la motivation personnelle des employés plutôt que sur l'obligation des petites entreprises à verser l'argent.

Dans ce grand concert d'éloges, il n'y a eu qu'un seul bémol, émis par M. Huot, qui aurait aimé entendre M. Charest annoncer la révision du décret sur la machinerie de production, un sujet pour lequel le mouvement syndical a vivement réagi l'an passé.