FTQ-Construction - Les déboires d'un syndicat

La liste des problèmes à la FTQ-Construction s’allonge.<br />
Photo: Archives Le Devoir La liste des problèmes à la FTQ-Construction s’allonge.

Novembre 2008. Le Québec est en pleine campagne électorale. Pendant que Jean Charest et Pauline Marois bataillent, une autre campagne est menée dans les coulisses de la FTQ-Construction. Le puissant syndicat représentant plus de 70 000 travailleurs de la construction vit un changement de garde. Moment charnière s'il en est un, les élections laissent toutefois la FTQ-Construction écorchée vive.

Pour le scrutin, 122 délégués sont réunis en congrès à Montréal. Le président d'élection, Michel Arsenault, qui est aussi président de la FTQ, annonce les résultats. Pour le poste à la présidence, la majorité des 122 délégués ont élu Yves Mercure.

Mais il y a un hic. Et un gros. Un délégué se lève dans la salle et remet en question le décompte. Les votes enregistrés ne peuvent pas être au nombre de 122, dit-il, puisqu'il a choisi, lui, de ne pas voter; il le prouve en brandissant devant l'assemblée son bulletin de vote demeuré vierge.

Questionné récemment en conférence de presse au sujet de cette situation pour le moins inusitée, Michel Arsenault a répondu qu'il avait consulté son entourage immédiat pour conclure que, la différence des votes étant suffisamment importante, le résultat serait maintenu. Avec un petit haussement d'épaules, M. Arsenault a affirmé qu'il n'y avait eu aucun problème démocratique et que, non, le vote n'avait pas été arrangé.

Amertume et tourment

Il suffit pourtant de tâter le terrain pour réaliser à quel point plusieurs syndiqués en ont conservé de l'amertume. Mais le mot d'ordre syndical est le silence. Tout le monde se tient donc coi, comme ce délégué qui avait osé se lever. Joint par téléphone, il a confirmé le déroulement des événements, mais il n'a rien voulu ajouter.

D'autres syndiqués acceptent de faire des commentaires, mais sous le couvert de l'anonymat. Ainsi, un syndiqué explique les problèmes par une guerre de pouvoir, le pouvoir politique et économique. «C'est un concours entre gars pour savoir qui va pisser le plus loin», résume-t-il. Un collègue raconte que la campagne électorale s'est faite sous pression du côté de l'équipe Yves Mercure et Richard Goyette. Il y a au moins trois des syndicats affiliés qui ont refusé de rencontrer les adversaires, dont le syndicat des charpentiers-menuisiers (local 9) dirigé par Yves Mercure.

Puis, le comité exécutif a modifié l'ordre des élections, les délégués étant appelés à se prononcer d'abord sur la direction générale puis sur la présidence. «Yves Mercure a fait du chantage avec ça. Il menaçait de se retirer si Goyette n'était pas élu», raconte un syndiqué. Et c'est sans compter les supposées influences du crime organisé, rapportées dans les médias l'automne dernier, pour assurer l'élection de certains candidats.

Chose certaine, tous ces éléments ont fait des élections un cocktail inflammable. La guerre des clans qui se poursuit encore et met à mal la sacro-sainte solidarité en est une illustration claire, croit le professeur de relations industrielles à l'Université Laval, Jean Sexton.

«Il y aurait eu des interférences, mais est-ce vrai? En tout cas, beaucoup de membres n'ont pas accepté la façon dont se sont déroulées les dernières élections. Imaginez, s'il n'y a pas de démocratie à la direction de la FTQ-Construction, c'est bien difficile qu'il y en ait sur les chantiers», souligne-t-il.

Longévité ambiguë

Pour le professeur Sexton, les tourments de la FTQ-Construction ne sont toutefois pas nouveaux. Le climat tendu est le résultat notamment de la longévité des dirigeants de la FTQ-Construction. Jean Lavallée a présidé le syndicat pendant 33 ans, soit depuis sa fondation en 1981. Et Jocelyn Dupuis a été directeur général pendant 11 ans.

«Est-ce qu'on peut y voir une ressemblance avec le régime duplessiste? demande M. Sexton. Quelqu'un qui est longtemps au pouvoir peut être tenté par une certaine forme de dictature. Il développe des réseaux d'influence et y prend goût. Et dans les rangs, ces gens-là sont déifiés ou craints», analyse le professeur.

Pour Ken Pereira, directeur de l'Association nationale des mécaniciens industriels (local 1981), cela se résume à un manque d'intégrité généralisé. «Il n'y en a pas, de démocratie! Il y a des gens qui ont accaparé le système syndical dans leur propre intérêt. On se fout des travailleurs», disait-il récemment au Devoir.

Toutefois, celui par qui les problèmes de la FTQ-Construction ont été mis sur la place publique se montre plutôt discret depuis quelques mois. M. Pereira avait notamment dénoncé les dépenses luxueuses de Jocelyn Dupuis, ce qui a conduit à des accusations formelles de fraude à l'encontre de la FTQ-Construction. Notons toutefois que tous ceux qui ont eu connaissance de la situation, c'est-à-dire l'équipe de direction et les membres du comité exécutif, sont épargnés dans le processus judiciaire.

Pour Jean Sexton, le geste de Ken Pereira s'apparente à un acte de bravoure. «Il a osé [parler] et il est encore vivant!», lance-t-il sans ironie.

Pour régler la situation et tenter de tourner la page, Michel Arsenault a fait appel à son prédécesseur, Henri Massé. Mais là encore, rien ne semble calmer les tensions. «Massé devait régler les problèmes en rencontrant tous les locaux affiliés, mais il n'a parlé qu'aux quatre gros syndicats. Tout le monde n'a donc pas son mot à dire», affirme un syndiqué qui a demandé à ne pas être nommé.

Monopole

Ces dissensions fondées sur la mainmise des postes de pouvoir ne sont pas étrangères «au rêve historique» de la FTQ-Construction, selon Jean Sexton, d'«avoir le monopole des chantiers». «Il n'y a rien de neuf là-dedans. Ça remonte à la commission Cliche et à Dédé Desjardins. C'est toujours la même chose. L'industrie de la construction vit un paradoxe: c'est le quasi-monopole de métiers dans un contexte de pluralisme syndical», explique-t-il.

De là à dire que c'est dans l'ordre des choses qu'il y ait du brasse-camarade sur les chantiers, il n'y a qu'un pas. «Ça arrive qu'il manque de poésie dans la construction, laisse tomber M. Sexton. Il y a un réflexe normal en région de dire que les chantiers sur place leur appartiennent. Quand les gars de Montréal débarquent, ça fait des festivals de claques sur la gueule.»

Allégations de toutes sortes, démissions-chocs, congédiements, perquisitions et enquêtes policières. Récemment, on s'en est même pris au président Yves Mercure, dont le véhicule a été incendié à son domicile. La FTQ-Construction a banalisé l'événement sur la place publique, mais sa crainte de représailles est bien réelle. Le syndicat a fait installer des caméras de surveillance à la résidence de M. Mercure ainsi qu'à celle du directeur général, Yves Ouellet.

La liste des problèmes paraît sans fin. À la FTQ-Construction, on cache d'ailleurs de moins en moins son impatience de voir arriver les vacances de la construction au plus vite.
3 commentaires
  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 26 juin 2010 10 h 06

    À quand une enquête publique sur le monde du la construction du Québec Jean Charest premier ministre (juste le titre, il n’ jamais eu l’étoffe)!

    À quand une enquête publique sur le monde du la construction du Québec Jean Charest premier ministre (juste le titre, il n’ jamais eu l’étoffe)!

  • martin grenier - Inscrit 27 juin 2010 09 h 42

    Les voleurs

    Les voleurs sont en haut de l'echelle donc le petit en bas mange de la colle
    grenier.martin@videotron.ca

  • Andre Vallee - Inscrit 27 juin 2010 20 h 44

    Là, auk moins

    Là,au moins, le juge Bastarache ne perdrait pas son temps ni notre argent.